Une condamnation symbolique vient conclure l'affaire des faux JonOne

Le procès qui opposait JonOne au collectionneur d'art Warren Levy a pris fin mercredi 8 octobre avec la condamnation du second à 12 000 euros d'amende, trois mois de prison avec sursis, et l'interdiction d'exercer sa profession pendant 5 ans. Reconnu coupable de trafic de faux, il avait dix jours pour faire appel.  

JonOne à la Fondation Cartier à l'occasion de l'exposition "Né dans la rue" en 2009

Depuis le début des années 1990 et son arrivée à Paris (en 1987 exactement), John Perello aka. JonOne en a fait des toiles. Pour cause l'artiste originaire de New-York est un des premiers et des plus illustres représentants de la scène graffiti parisienne à avoir peu à peu délaissé la rue pour la surface lisse d'une toile blanche.

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Prolifique (il se targue de produire plus de 200 toiles par an), JonOne a peu à peu réussi à conquérir le monde de l'art. Au début des années 2000, entre expositions solo et ventes dédiées, sa côte grimpe jusqu'à devenir l'une des plus élevées du marché. Comme le rappelle justement le Quotidien des Arts dans son édition d'hier, une pièce de l'élève de Phase 2 et A-One a ainsi atteint 71.240 euros en février dernier lors d'une vente dédiée chez Drouot. La toile, Rest In Peace, datait de 1991.

JonOne : "Je pensais que les fausses toiles, c’était pour César"

Cette production foisonnante (et de qualité) ajoutée au défaut des mécanismes de contrôle dans le milieu ont pourtant fait de JonOne une proie facile pour les faussaires.

Selon les conclusions d'une investigation menée suite à une plainte déposé par l'artiste en décembre dernier, d'octobre 2010 à octobre 2011 le marchand d'art parisien Warren Levy s'est associé à un graffeur (dont le nom reste inconnu) pour produire des faux JonOne. Peu scrupuleux, des témoins interrogés dans le cadre de l'investigation expliquent même que celui-ci se présentait aux acheteurs potentiels comme agent de l'artiste. Ce qu'il a formellement nié lors du procès.

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23 tableaux ont ainsi été identifiés comme faux (et saisis) pour un pactole s'élevant à plus 230 000 euros.

Crédit Image JonOne

Loin de se cantonner à des ventes de particulier à particulier, on retrouvait ces toiles dans les circuits classiques du monde de l'art contemporain : de galerie en salle des ventes, et même, plus insolite, dans les mains d'un proche de Claude Bartolone, actuel président de l'Assemblée Nationale, comme l'expliquait JonOne à Art Presta :

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Un autre exemple, j’ai été invité à manger à l’Assemblée nationale par Claude Bartolone, parce qu’il aime bien mon travail et habite aux Lilas. Il avait invité un ami qu’il était content de me présenter parce qu’il avait acheté des toiles de moi. (...) Quand j’étais à ce dîner, à l’Assemblée, ce monsieur est venu vers moi et il m’a expliqué que son fils avait acheté une toile de moi, le père n’en avait payé que la moitié. Son fils s’est privé de vacances un été pour acheter la toile. Il était très fier, il m’a montré la toile, c’était une fausse… Ah fuck ! Cela me suit.

Cette saga judiciaire a pris fin hier avec la condamnation de Warren Levy par le Tribunal de Grande Instance de Paris à 12 000 euros d'amende (10 000 pour l'artiste, 2 000 pour les frais engagés), trois mois de prison avec sursis, et l'interdiction d'exercer le métier de collectionneur pendant cinq ans.

Une décision symbolique selon le Quotidien des arts (l'avocat de JonOne chiffrait le préjudice moral à 50 000 euros) mais qui contribuera à "assainir le milieu". Le spécialiste et directeur des ventes chez Art Curial, Arnaud Oliveux, constate quant à lui que, malgré le manque d'une certification automatique, dans le street-art le "ménage se fait naturellement".

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Et ils sont où les experts ?

Pourtant c'est bien ici que le bât blesse.

La vente de ces faux prouve bien que l'art urbain manque d'une expertise artistique armée pour ce type de défi. Celle-ci doit s'appuyer sur des sources de références – encore manquantes – qui devraient lui permettre de s'exprimer. L'art urbain n'est pas sans histoire. Il est encore probablement trop plein de légendes et d'approximations.

JonOne, pinceau à la main

Un artiste comme Banksy a réglé les choses en créant son propre bureau d'expertise ; une voie que d'autres pourraient suivre pour répondre à la cacophonie des acteurs de l'art. Et aux inanités qu'elle permet.

Article publié initialement le 2 janvier 2014, et mis à jour le 9 octobre 2014. 

Par Tomas Statius, publié le 10/10/2014

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