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1050.6 (c) : la mise à mort légale des danseurs du métro new-yorkais

Avec 1050.6 (c), le réalisateur britannique Scott Carthy a entrepris de filmer le quotidien des danseurs du métro new-yorkais. Un documentaire en forme d'hommage à une sous-culture menacée de disparition. 

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Selon la section 1050.6 (c) du "guide de bonne conduite" du MTA, réseau de transport new-yorkais, il est formellement interdit qu'un passager empêche un autre passager de jouir pleinement, et en toute tranquillité, de son voyage en métro.

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Dans le même règlement il est précisé, plus loin, que toute activité à visée "commerciale" est interdite dans les rames et, de fait, que les contrevenants s'exposent à des amendes. Un cadre législatif classique qui s'applique depuis peu à l'ensemble des activités artistiques qui égayent (ou pèsent, au choix) les trajets des quelque cinq millions d'utilisateurs qui empruntent le réseau chaque jour. Même les danseurs.

En effet, pour Bill Bratton, nommé préfet de police dans la Grosse Pomme en décembre 2013, les gens "sont en droit d'attendre un voyage calme et sans embêtement" comme il le précise à NBC . Selon la théorie de la vitre brisée (un bien public est plus exposé aux dégradations s'il est déjà "abîmé"), l'administration entend réduire la criminalité en s'attaquant aux petits larcins et rendre ainsi l'espace public plus propre, plus calme. Et au final plus ennuyeux.

1050.6 (c) : Hip-hop et acrobaties dans le métro

Dommages collatéraux de cette "tolérance zéro" à l'égard de ceux qui font du métro un espace festif, les danseurs du MTA sont durement touchés par ce durcissement législatif. Selon NBC, ils étaient près de 50 en 2014 à s'être faits arrêter pour pareille forfaiture contre deux au cours de l'année précédente. En cause, la nuisance qu'ils peuvent représenter, bien-sûr, mais également la quête à la fin de chaque performance. Et ça, la NYPD, elle n'aime pas du tout.

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Face à tout ça, mais également, il faut le dire, parce qu'il semble avant tout être fasciné par cette "sous-culture" originale, Scott Carthy, encore étudiant à l'université de Kingston en Grande-Bretagne, a décidé de se rendre sur place pour offrir une couverture digne de ce nom à cette émanation de la culture urbaine.

Armé de son 7D et de ses bonnes idées, Scott fait rapidement la rencontre d'un groupe de danseurs en plein coeur de Manhattan, mené par deux frères, Shariffe et Junior. Après une prise de contact timide, il se propose de les suivre pendant 48 heures afin d'offrir un véritable documentaire à leur "art". Et pourquoi pas en changer la perception populaire comme il l'explique au site Business Insider :

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Quand tu peux voir la taille de leur corps, et puis surtout  ce qu'ils parviennent à faire autour de la barre, la distance qu'ils prennent, c'est à ce moment, je pense, que tu le vois comme une forme d'art. (...) Les gens vont apprécier ce mouvement différemment, je pense. C'est un sentiment agréable d'aller quelque part et de se dire, "ça peut devenir quelque chose d'autre, grâce à un film".

C'est ici que le film 1050.6 (c) naît.

Une suite en cours de financement

De leurs échauffements aux performances dans les rames de métro, Scott a voulu rendre hommage mais également conserver quelque chose qui semble menacé. Il ne coupe rien, ni les regards désabusés de certains usagers, ni même l'hostilité des forces de l'ordre quand Shariffe et ses comparses occupent par leurs amples mouvements une arcade bondée de New York.

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À noter que si 1050.6 (c) se distingue par la qualité de son propos, et l'intérêt manifeste du sujet, il faut croire que le résultat n'est pas suffisant pour Scott Carthy qui a entrepris, peu après la parution du court métrage, de poursuivre le projet par un second épisode. Un Kickstarter est par ici si vous désirez exprimer pécuniairement votre soutien.

Par Tomas Statius, publié le 23/06/2014

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