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Aux États-Unis, la Women’s March part à la reconquête du pouvoir politique

Ce week-end, la seconde édition de la Women’s March a eu lieu aux États-Unis. Le mot d’ordre : encourager à voter en vue des élections de mi-mandat du mois de novembre, afin d’élire un maximum de femmes et de candidats progressistes et ainsi bloquer la politique intérieure de Trump.

Le samedi 21 janvier 2017, le lendemain de l’investiture de Donald Trump, la première Women’s March était organisée et se transformait en un mouvement mondial, avec des marches dans 60 pays et sur 7 continents ayant rassemblé près de cinq millions de manifestant·e·s.

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Devenue depuis un mouvement aux visées politiques, la Women’s March Global s’est notamment mobilisée pour soutenir les Françaises et les encourager à aller voter lors de l’élection présidentielle de 2017, grâce au hashtag #LesFemmesOntLePouvoir.

Le 20 janvier 2018, un an après la naissance de la Marche, des femmes sont à nouveau descendues dans la rue, aux États-Unis et dans certaines villes d’Europe, avec un nouvel objectif. La ville de référence était cette année Las Vegas, dans l’État du Nevada, et le mot d’ordre était "Power to the Polls" (le pouvoir aux urnes").

Les organisatrices de la journée ont expliqué qu’il s’agissait du coup d’envoi d’une "tournée nationale de mobilisation et d’inscription sur les listes électorales visant les États clés pour inscrire de nouveaux électeurs sur les listes, intéresser les communautés concernées, exploiter notre énergie collective pour prôner des politiques et des candidat·e·s qui reflètent nos valeurs et collaborent avec nos partenaires pour élire plus de femmes et de candidat·e·s progressistes aux postes de pouvoir".

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Pour le premier anniversaire de l’investiture de Donald Trump, environ 600 000 personnes sont allées manifester contre sa politique dans les rues de Los Angeles, 300 000 à Chicago, ou encore 200 000 à New York, comme The New Yorker le rapporte. Des dizaines de milliers de manifestant·e·s se sont également rassemblé·e·s à San Diego ou encore à Oakland, souligne NBC News.

Les discours étaient porteurs du même message : "Nous marchons, nous nous présentons aux élections, nous votons, nous gagnons", comme la démocrate Nancy Pelosi (qui siège à la Chambre des représentants) l’a déclaré à Washington.

Le lendemain, même discours à Las Vegas, "un État clé qui déterminera la composition du Sénat en 2018", et "le foyer d’un réseau d’activisme fort", ce qui en fait pour les organisatrices du mouvement "le lieu parfait pour commémorer la Women’s March et continuer à construire notre pouvoir électoral".

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Tamika D. Mallory, coprésidente de la Women’s March, a précisé en amont du rassemblement que "le puissant mouvement qui a enflammé des milliers d’activistes et nouveaux dirigeants" devait en 2018 être transformé en "action en vue des élections de mi-mandat". Ces dernières se tiendront le 6 novembre, et renouvelleront l’ensemble de la Chambre des représentants ainsi qu’un tiers du Sénat, déterminant donc la politique intérieure du président Trump.

Il y aurait déjà eu un "effet Trump" sur l’engagement politique des citoyens américains, selon une étude menée par deux universités en 2017, rappelle The New Yorker. Même si les hommes actifs politiquement restent selon cette enquête les plus susceptibles de se présenter aux élections, les femmes démocrates détenant un diplôme universitaire se seraient plus engagées en politique depuis l’élection de Donald Trump.

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Elles ont par exemple été 389 (314 démocrates, 75 républicaines) à se dire candidates à la Chambre des représentants en novembre prochain, soit plus du double des femmes s’étant présentées en 2016 selon le Center for American Women in Politics de l’université Rutgers.

Les organisatrices de la Women’s March comptent bien continuer leurs efforts, et le mouvement a été ouvert pour être plus inclusif et aussi progressiste que possible, notamment avec les femmes immigrées et issues de minorités.

Libération rapporte ainsi qu’à Morristown (New Jersey), l’association de défense des migrants Wind of the Spirit était l’une des principales organisatrices de la Marche. Karol Ruiz, sa vice-présidente, a expliqué qu’elle n’avait "jamais participé à une marche des femmes avant", n’ayant "jamais eu le sentiment que ces marches parlaient de [ses] problèmes" :

"Le harcèlement sexuel est un problème pour toutes les femmes et bien sûr, il faut s’y attaquer. Mais ce n’est pas, à mes yeux, le problème principal. Je marche pour les droits des immigrées, le droit à l’éducation, à se nourrir, au logement, le droit de ne pas être séparée de sa famille et de ses enfants par une procédure d’expulsion."

À Washington, Renata Mauriz, l’une des "dreamers" – ces jeunes arrivés illégalement aux États-Unis avant l’âge de 16 ans et qui ont pu recevoir des papiers, en remplissant certaines conditions –, a insisté auprès de Libération sur l’importance de ne pas limiter le mouvement aux femmes blanches nées aux États-Unis, alors que "les femmes les plus durement affectées par les politiques de Trump sont les femmes de couleur, les immigrées, les travailleuses pauvres" : "Ce sont elles qui risquent d’être privées d’assurance santé, d’être exploitées ou expulsées."

Comme le rapporte CNN, Dina Titus, élue du Nevada à la Chambre des représentants, a résumé la nouvelle donne dans un discours prononcé ce dimanche à Las Vegas :

"Aujourd’hui nous marchons dans les rues, puis nous marcherons pour aller voter, et ensuite nous marcherons dans les salles du gouvernement — dans les chambres d’États, les conseils d’administration des écoles et le Congrès des États-Unis. Il y a tellement en jeu, et les femmes peuvent faire la différence pour nos enfants, nos dreamers, notre environnement et notre économie."

Par Mélissa Perraudeau, publié le 22/01/2018

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