Qui sont les Young Fathers, vainqueurs du Mercury Prize ?

Rencontre avec les Young Fathers, trio écossais qui a remporté le prestigieux Mercury Prize en octobre dernier. 

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Les Young Fathers lors de leur concert aux Vieilles Charrues. (Crédit Image : Anaïs Chatellier)

Nous avions rencontré les Young Fathers lors de leur passage aux Vieilles Charrues cet été. Un peu déçus par une interview express, parasitée par le son ambiant, un accent écossais très prononcé et un manque d'enthousiasme de la part des membres du groupe, c'est légèrement à reculons que nous nous dirigions vers le concert.

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Pourtant, une fois sur scène, l'énergie du trio hip hop était telle qu'elle nous faisait rapidement oublier les a priori. Entre les voix, la présence sur scène, les jeux de lumières, le genre de concert qui vous prend aux tripes.

Alors lorsque nous avons appris que Young Fathers avait remporté le Mercury Prize, qui récompense depuis 1992 le meilleur album britannique, le mercredi 29 octobre, la nouvelle ne nous étonna pas tant que ça. Après PJ Harvey en 2011, Alt-J en 2012 et James Blake en 2013 et en compétition avec Damon Albarn, Anna Calvi, FKA Twigs ou encore Bombay Bicycle Club, Young Fathers joue désormais dans la cours des grands et c'est bien mérité.

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Les débuts de Young Fathers

Quand les Young fathers se sont rencontrés, ils étaient encore de jeunes adolescents. Alloysious Massaquoi, Kayus Bankole et Graham «G» Hastings fréquentaient alors le Bongo Club à Edimbourg, une sorte de club qui organisait toutes les deux semaines des soirées réservées aux moins de 16 ans. Le courant passe rapidement et les trois adolescents commencent à se retrouver régulièrement chez Graham pour composer.

"À cette époque là, je bidouillais des sons sur mon ordi, je me rappelle que la première fois, on avait mis un CD dans une machine pour karaoké et on a commencé à rapper dessus", nous confie-t-il.

L'envie de la scène est alors rapidement apparu sauf qu'en tant que mineurs, il leur était impossible de jouer dans des clubs. En participant à plusieurs battles de rap à la 8 miles et en jouant régulièrement devant des jeunes de leur âge, le projet Young Fathers commençait alors à prendre forme. Devant ce public jeune, les membres du groupe commencent à ressentir le décalage avec leur génération. Alors qu'on ne les prend pas toujours au sérieux et qu'ils paraissent plus vieux que leur âge, le trio décide de s'appeler "Young Fathers", "jeunes pères" en Français, histoire de montrer qu'ils sont assez matures.

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Si le groupe est ainsi bien formé depuis 2008, il faut attendre 2011 pour qu'ils sortent leur premier EP, Tape One, puis 2013 pour Tape Two. La logique aurait voulu que leur troisième projet s'appelle Tape Three, mais cette fois-ci, le groupe décide d'appeler son premier album Dead, sorti le 4 février 2014pour marquer leur passage vers un hip hop plus dark. "Musicalement et lyriquement, ça nous semblait complètement différent", confirme Alloysious.

De gauche à droite : Graham, Kayus, Allo

Graham Hastings, Kayus Bankole et Alloysius Massaquoi.

"On ne peut pas qualifier notre musique"

Après s'être séparés de leur premier label qui leur laissait peu de marche de manoeuvre, les Young Fathers signent chez le label américain Anticon basé à Los Angeles.

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On s'est d'abord dit : un label américain, les Etats-Unis c'est grand et comme on n'a jamais voulu être un groupe local, surtout qu'à Edimbourg le hip hop fait partie du milieu underground et qu'on avait une ambition beaucoup plus universelle, on a saisi cette chance", nous raconte Kayus.

"On a commencé à bosser en studio, pour essayer de faire des choses que les personnes n'avaient jamais entendues". Leur originalité, ils la tirent, entre autres, de leurs origines diverses. En effet, Alloysious a vécu jusqu'à ses quatre ans au Libéria , Kayus a des parents nigérians , et Graham est d'Edimbourg.

Entre pop, reggae, rap, trip hop, hip hop, soul et sonorités africaines et électroniques, les Young Fathers piochent dans tout ce qu'ils écoutent, sans jamais s'inspirer vraiment d'un groupe ou d'une personne. D'ailleurs, lorsqu'on les appelle "les Massive Attack du hip hop", on sent un petit goût d'amertume :

Beaucoup de médias se sont amusés à nous appeler comme cela ou à nous comparer à ce groupe, mais on ne veut pas appartenir à une case en particulier. Les gens disent ce qu'ils veulent, il y a sûrement des personnes qui adorent Massive Attack et nous détestent et inversement.

En fait, on ne peut pas qualifier notre musique, si on te disait, notre musique est comme ça, ce serait un mensonge.

Ce refus de se conformer à un genre unique est certainement ce qui fait la force de ce groupe. "Quand on est en studio, on se coupe complètement du reste, on s'écarte de tout. On essaye vraiment de faire quelque chose qui n'a jamais été fait avant. Nobody sounds like us", lance modestement Graham.

Leur premier album s'est ainsi fait d'une traite, sans que le groupe ne réécoute réellement les morceaux déjà composés, nous raconte Kayus :

Quand on a réécouté, on s'est dit : ah ouais en fait il y a des morceaux qui paraissent vraiment lourds, sombres. On pense que c'est pour cela que tout le monde nous dit que cet album est plus dark. Mais en fait ce que les gens perçoivent comme quelque chose de sombre, je le vois plutôt comme un espoir.

"Même si on s'est inspirés des processions funérales de la New Orléans pour des chansons, on a essayé d'amener la lumière là où c'est sombre. Dead, c'est plus une sorte de célébration par rapport au passé et pour cet album on est allés sur des territoires où on n'était pas allés avant", complète Alloysious. Pour la suite, le trio a déjà plusieurs idées, "on en a même trop ! On est constamment inspirés mais il nous faut plus de temps", lâche Graham.

Et alors que Dead s'est écoulé à quelques 2400 exemplaires seulement, on espère que les 20 000 livres qu'ils ont reçu en remportant le Mercury Prize, leur permettront de poursuivre et sortir un deuxième album prochainement.

Par Anaïs Chatellier, publié le 26/11/2014

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