AccueilÉDITO

Vu à Cannes : Risk, une plongée fascinante au plus près de Julian Assange

Publié le

par Charles Carrot

On a vu le nouveau documentaire de Laura Poitras, qui n'a toujours peur de rien : oscarisée pour Citizenfour, la réalisatrice passe d'Edward Snowden à Julian Assange dans Risk, présenté cette semaine à la Quinzaine des Réalisateurs.

Julian Assange, le seul et unique, dans <em>Risk</em> de Laura Poitras (© Praxis Films)

Après Edward Snowden dans le brillant Citizenfour, à qui Laura Poitras pouvait-elle consacrer un documentaire tout en restant dans le thème de la méfiance anti-gouvernementale et des lanceurs d'alerte ?Le nom de Julian Assange s'impose comme une évidence et, de facto, Poitras n'a pas hésité : elle a pris sa caméra et a suivi au quotidien le fondateur de WikiLeaks pendant cinq ans. Le résultat ? Risk, un objet filmique imparfait mais fascinant, présenté cette semaine à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes.

Passionnant mais un peu bancal

Réalisatrice engagée, vidéaste tout-terrain, Poitras n'hésite pas à suivre les membres de WikiLeaks dans leur travail. Assange au téléphone avec des officiels américains, Assange en conférence de presse, Assange dans son intimité : assez d'images pour commencer à cerner un personnage qui reste mystérieux pour la majorité, paranoïaque selon ses anciens proches, brillants d'après ses soutiens. Cela, dit, il n'est pas seul au casting : Sarah Harrison (porte-parole de WikiLeaks) et Jacob Appelbaum (expert informatique pour WikiLeaks et journaliste indépendant) jouent un rôle presque aussi important dans cette histoire de combat pour la liberté d'information.

Assez proche des membres de WikiLeaks, Poitras multiplie les images uniques et les moments qu'elle seule est autorisée à filmer. On a souvent l'impression d'assister à des scènes secrètes, d'être mis dans la confidence. C'est passionnant mais aussi un peu brut : découpé en petits chapitres, Risk forme un ensemble relativement décousu de ces courtes séquences. Il semble structuré par défaut, sans génie, dans un ordre tranquillement chronologique. Si cela ne ternit en rien la qualité des images que Poitras nous montre, quelle histoire veut-elle nous raconter ? On se désole que le film ne soit pas un peu plus ambitieux dans son montage.

Un léger manque d'objectivité ?

Risk est aussi un film pour initiés et spectateurs avertis : il n'explique pas grand chose, et il vaut vraiment mieux le regarder en étant bien informé au préalable sur l'histoire - les hauts et les bas - de WikiLeaks.

Cela lui évite en un sens de devenir redondant ; le documentaire se place ainsi sur un autre créneau que les dizaines de projets existants sur l'ONG, à des années lumières du biopic Le Cinquième Pouvoir avec Benedict Cumberbatch. Il contient également une scène qui mérite à elle seule un visionnage : une interview surréaliste d'Assange par Lady Gaga (!) dans l'ambassade d'Équateur à Londres où il est cloitré depuis des années.

Fascinant et utile, Risk est aussi parfois étrangement lacunaire sur certains aspects de la vie de Julian Assange. Il montre sans fard les qualités et défauts du personnage, son intelligence comme son égocentrisme, sans en faire un super-héros. Mais il en épouse le point de vue sans trop de recul, souvent au risque d'une certaine perte d'objectivité face au "cas Assange". Un film important qu'il convient donc de regarder en conservant, en arrière-plan, un soupçon d'esprit critique.

À voir aussi sur konbini :