Vu à Cannes : Mean Dreams, une plongée glaciale dans les tréfonds du Canada

On poursuit notre rencontre avec la programme de la Quinzaine. Cette fois-ci, place à un thriller romantique canadien, Mean Dreams.

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Si la Quinzaine des réalisateurs comporte cette année une sélection sentimentale, elle est aussi incarnée par une fuite en avant de ses personnages. Far'Hook dans Tour de France ? Il se casse de Paris pour échapper à un clash mortifère avec un autre rappeur. Donatella et Beatrice dans Folles de joie ? Elles se barrent d'un asile pour mieux accomplir leur folie.

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Dans Mean Dreams, du Canadien Nathan Morlando, même topo pour différentes raisons. Jonas, un jeune fermier d'un patelin plus-perdu-tu-meurs, tombe amoureux de Casey, sa voisine qui vient de débarquer. Cette dernière n'a rien pour elle : une mère morte et un géniteur (coucou Bill Paxton) à la fois flic corrompu, père violent et, cerise sur poulailler, trafiquant de drogue. Sympa comme début de vie.

Alors que Jonas débute une relation avec Casey, il tombe sur un bon paquet d'oseille dans la voiture de son père. De cette découverte, il va en faire la possibilité d'une fuite vers un avenir meilleur, les conduisant, façon duo romantique, à fuir Bill Paxton qui veut récupérer son fric.

Et voici trois raisons qui nous poussent à défendre ce deuxième long métrage d'un réalisateur canadien en devenir.

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Le Canada en thriller

Une ferme en fin de vie, des forêts froides, des motels glauques, des cités sans vie : à travers le destin de Jonas et Casey, Nathan Morlando peint un Canada sombre et pluvieux dans lequel il ne fait pas bon vivre.

À cette image peu avenante qui casse la carte postale d'un pays accueillant, le cinéaste adjoint une brutalité froide (lorsque le personnage de Jonas est coincé au fond d'un truck, aveugle dans une situation effrayante) et pure, amenant de jeunes personnages innocents à répondre à la violence par la violence. Si certaines facilités scénaristiques sont de mise, la scène finale rompt avec les conventions.

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Sophie Nélisse

C'est la très bonne surprise de Mean Dreams. Si Bill Paxton peut parfois surjouer le bad guy qui n'hésite pas à (presque) noyer le petit copain de sa fille, Sophie Nélisse, aka Casey, porte une bonne partie du film sur ses épaules, incarnant un personnage tiraillé entre la figure du père, seul parent qui lui reste, et la possibilité de quitter un monde qui ne lui a jamais fait de cadeau.

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Nathan Morlando n'a pas écrit un personnage féminin soumis aux évènements, telle une princesse qui se ferait sauver par un prince charmant bien décidé à la défendre. C'est tout le contraire, et c'est la bonne idée de Mean Dreams : inverser les rôles.

La musique de Son Lux

Mean Dreams n'aurait pas le même goût sans un certain compositeur qu'on connaît bien à Konbini, Son Lux. Grâce à des nappes sonores en adéquation avec l'ambiance glaciale d'un périple sous tension, le compositeur originaire de Denver sublime l'histoire d'amour qui se joue en parallèle des efficaces scènes de thriller. Un bon choix de casting qui fait de Mean Dreams un film de genre à part.

Par Louis Lepron, publié le 17/05/2016

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