Par Lucille Bion

Le nouveau film d’Anne Fontaine sort aujourd’hui en salles et on vous explique en trois points, pourquoi il ne faut pas le manquer.

(© Mars)

On avait laissé Anne Fontaine avec Les Innocentes, en 2016. La voilà de retour, avec Marvin ou la belle éducation, un très beau film qui retrace le parcours initiatique d’un jeune garçon homosexuel, blâmé par son entourage prolétaire, qui voit en sa différence, une maladie étrange.

L’écart social n’en finit pas de se creuser, à tel point que le héros, un Marvin tantôt jeune (Jules Porier), tantôt vieux (Finnegan Oldfield) finit par partir à la conquête de nouveaux défis. Ceux de la création, de l’affirmation de soi. Mais forcément, lorsque l’on change si brutalement d’univers, sans en avoir les codes et les repères, on fait des erreurs. Partir, se perdre, se reconstruire, regarder en arrière. Voilà le destin de Marvin raconté avec justesse – et "spoilé" au spectateur – par Anne Fontaine.

Avec son casting délicieux et ses messages poignants, Marvin a plus d’une corde à son arc pour nous séduire. On vous donne justement trois raisons de vous blottir dans une salle de ciné, ce week-end.

1#. Une "adaptation" intelligente

Librement inspiré d’En finir avec Eddy Bellegueule (célèbre roman autobiographique d’Édouard Louis), Marvin donne un second souffle au désormais classique paru en 2014. Anne Fontaine reprend le point originel du roman, à savoir le parcours d’un homme qui a pris sa revanche sur la vie.

Ici, le jeune héros roux a vécu l’enfer au bahut, entre victimisation et agressions quotidiennes. Lorsqu’il découvre le théâtre, il se découvre une fureur de vivre. Marvin se sert de ses fêlures pour devenir une version accomplie de lui-même.

La plus grande liberté de cette "fausse" adaptation consiste en effet à développer son histoire autour de la création théâtrale, de la mise en scène et non plus de la création littéraire. Une initiative qui rend alors la pellicule encore plus splendide. Le tout, supervisé par une des plus grandes actrices de notre époque : Isabelle Huppert, jouant audacieusement son propre rôle.

2#. Finnegan Oldfield : meilleur espoir ?

(© Diaphana)

Tony Gatlif et Clément Cogitore ont posé leur regard singulier sur lui, dans respectivement Geronimo et Ni le ciel ni la terre. Mais c’est grâce à Thomas Bidegain (Les Cowboys) et Bertrand Bonello (Nocturama) qu’il a tapé dans l’œil d’un public plus large. On peut maintenant noter dans son CV en or, une rencontre capitale : Anne Fontaine.

Elle vient de lui offrir un rôle brillant, où il peut laisser parler ses tripes et exprimer tout son talent. L’appétit de conquête est aussi neuf que dans le film, on le sent. Il vient de passer un cap en incarnant ENFIN un personnage profond, mélancolique. Ni lisse, ni trop sage, Finnegan Oldfield fait beaucoup de bien au cinéma français.

Pour preuve, il est pour la seconde fois pressenti pour être la révélation 2018 des César.

3#. On est fan de Vincent Macaigne

(© Diaphana)

Entre son premier film Pour le réconfort et ses seconds rôles touchants, dans Le Sens de la fête et maintenant Marvin, il n’a jamais eu autant d’actualité cinématographique. Depuis qu’on l’a découvert, Vincent Macaigne nous ravit de son spleen si singulier. Devenu un clown-triste de référence, il entretient ici son débit de provoc' en se faisant le mentor du personnage principal.

La main sur le cœur, la tête dans les bouquins, Vincent Macaigne fait du Vincent Macaigne, et on ne s’en lasse pas. Mais sous la direction pointue d’Anne Fontaine, il campe un rôle d’homosexuel très convaincant, et marque le spectateur à coups de scènes inoubliables, terriblement drôles.

L’alchimie a tellement bien fonctionné entre la cinéaste et l’acteur qu’ils feront à nouveau équipe dans un Blanche-Neige érotique, a-t-on récemment appris.