Ubisoft a remporté son combat contre Vivendi pour son indépendance

Game over pour le groupe de Vincent Bolloré, qui cherchait à acquérir l’éditeur des franchises Rayman, Assassin’s Creed et Far Cry.

(© Ubisoft)

Yves Guillemot, cocréateur et PDG d’Ubisoft, respire à nouveau. Après de longues années de bras de fer avec le groupe Vivendi, la société française de jeux vidéo a définitivement gagné la rude bataille pour sa liberté. Menaçant la société d’OPA hostile depuis fin 2015, Vincent Bolloré projetait d’en devenir progressivement l’actionnaire majoritaire. Il a finalement renoncé à ses plans, malgré ses 27,27 % du capital d’Ubisoft.

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Le puissant groupe Vivendi (qui contrôle Canal+ et Universal Music) a en effet annoncé dans un communiqué qu’il renonçait définitivement à ses parts dans Ubisoft (estimées à 2 milliards d’euros). Le géant de la communication et du divertissement a également déclaré qu’il n’achèterait pas d’actions de l’éditeur français pendant les cinq prochaines années. Soulagé, Yves Guillemot a exprimé sa joie sur les réseaux sociaux et n’a pas manqué de remercier toutes les personnes qui, de près ou de loin, ont défendu la liberté créative d’Ubisoft :

"On y est arrivé ! Merci et bravo aux fabuleuses équipes Ubisoft pour leur passion et leur détermination sans faille. Merci également à nos fantastiques communautés de joueurs, ainsi qu’à tous nos partenaires et amis à travers le monde. Votre soutien et votre affection pour Ubisoft ont été une aide précieuse. Nous sommes tellement plus forts ensemble, et grâce à votre soutien, il n’y a aucune limite à ce que nous pouvons atteindre dans les années à venir !"

Yves Guillemot fier de ses valeurs

Pour rappel, Yves Guillemot s’est toujours opposé au projet de Vincent Bolloré de prendre le contrôle de son entreprise. "Nous ne laisserons pas Vivendi casser Ubisoft", avait-il affirmé au Monde en 2016. L’éditeur des Assassin’s Creed et des Far Cry tient particulièrement à son indépendance. En juin dernier, lorsqu’un internaute l’interrogeait sur un potentiel rachat, au cours une séance de questions-réponses sur Reddit rapportée par Jeuxvidéo.com, Yves Guillemot avait répondu :

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"La liberté et l’indépendance sont la clé de ce que nous faisons – c’est ce qui nous permet de prendre des risques, d’essayer de nouvelles choses et de créer des jeux comme ceux que nous avons présentés à l’E3 cette année. Nous nous battrons pour être toujours capables de le faire dans le futur."

Vincent Bolloré n’a ainsi jamais réussi à atteindre le seuil de 30 % des actions de la société, un taux qui lui aurait permis d’en devenir l’actionnaire principal. Néanmoins, le prix de la liberté est cher payé pour Ubisoft, puisque Vivendi touchera tout de même 1,2 milliard d’euros de plus-value, après avoir investi 800 millions en 2015. Un dénouement bénéfique pour Vincent Bolloré, qui pourrait bien être le résultat d’une habile stratégie pour toucher un gros chèque.

Mais favorable aussi pour Ubi qui a enfin retrouvé une grande part de son indépendance, tout en voyant son action grimper en bourse suite à ce feuilleton. Vivendi de son côté est clair : la firme n'en a pas terminé avec le jeu-vidéo et compte bien, à l'avenir, créer un pôle digne de ce nom en étudiant de nouvelles acquisitions. N'oublions pas qu'ils possèdent déjà Gameloft, une société également fondée par Yves Guillemot. Autrement dit, Bolloré n'a pas dit son dernier mot.

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Yves Guillemot et son équipe. (© Ubisoft, via Facebook)

Quel avenir pour Ubisoft ?

Après deux ans de bataille, le ciel s’éclaircit enfin du côté de l’éditeur français. Mais que lui réserve désormais l’avenir ? Le communiqué publié par la société vidéoludique précise que deux nouveaux investisseurs vont faire leur entrée dans le capital d'Ubisoft : le fonds de pension Ontario Teachers et le géant chinois du jeu-vidéo Tencent.

Concernant le propriétaire du studio Riot Games a acheté pour près de 400 millions d’euros d’actions d’Ubisoft (soit 5 % des parts). Les plus sceptiques se diront alors : "À quoi bon se libérer du joug de Vivendi, si c’est pour se faire manger demain par un autre gros poisson ?" Ce à quoi Ubisoft a déjà répondu que Tencent n’achèterait pas de nouvelles actions d’Ubisoft dans le futur. De son côté, l’éditeur français semble plus que satisfait de ce nouvel actionnariat. Un tremplin qui lui permettra d’ancrer ses licences sur le marché chinois, comme l’explique Yves Guillemot :

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"L’évolution de notre actionnariat est une excellente nouvelle pour Ubisoft. Elle a été rendue possible par l’exécution remarquable de notre stratégie et par le soutien déterminant de nos talents, de nos joueurs et de nos actionnaires. Je voudrais les en remercier chaleureusement. Le partenariat stratégique que nous avons signé nous permettra d’accélérer dans les prochaines années notre développement en Chine, et d’exploiter un marché dont le potentiel est considérable."

Au vu de son bilan 2017, Ubisoft peut se permettre d’être optimiste sur son avenir. En effet, l’éditeur a rencontré des gros succès l’année dernière, avec des jeux comme Assassin’s Creed Origins, Mario et les Lapins crétins ou encore For Honor.

Par Jérémie Léger, publié le 21/03/2018

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