Avec "The Motherload", Mastodon introduit le twerk dans le metal

"The Motherload", le nouveau clip de Mastodon, introduit dans le metal une pratique pop culture aussi haïe qu'adorée : le twerk. C'est inédit.

Bah ouais, Mastodon est trop fort.

Bah ouais, Mastodon est beaucoup trop fort

Quel est le point commun entre le hip-hop de Nicki Minaj et le metal de Mastodon ? Le twerk. Béh oui. Alors que la vidéo "Anaconda" de la première a enflammé Internet voilà quelques semaines avec son ode aux gros culs, les quatre musiciens originaires d'Atlanta ont décidé que la chanteuse n'en aurait pas l'apanage. La preuve avec leur nouveau clip.

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Oubliez le headbanging, l'air guitar ou le pogo. Pour la vidéo de la chanson "Motherload", extraite de son dernier album Once More 'Round the Sun, le groupe de metal d'Atlanta veut vous voir twerker. Tout en twerk, ce clip signé Adult Swim (hum hum) montre des dizaines de naïades qui ondulent la cellulite de leurs fesses en slow motion, au son du martèlement des fûts et des riffs acérés... avec même une compétition de twerk à la clé. On regarde.

Sur Facebook et Twitter, de nombreuses réactions interloquées sont déjà apparues. Mastodon se moque-t-il de notre société du spectacle ? Ou bien le groupe a-t-il embrassé la cause du twerk ?

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Rappelons que cette esthétique est absolument inédite dans le metal, un genre de moins en moins sexualisé avec le temps (c'était pourtant souvent le cas avant), et que même si faisant partie de la culture hip-hop, le twerk est connu du monde entier un peu grâce (à cause ?) de chanteuses telles que Miley Cyrus. Autrement dit le Mal incarné pour un metalhead qui se respecte.

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Passées les blagues des fans (comme "ASS-todon", lol), on peut se demander ce qui légitime l'apparition de tant de paires de fesses in motion dans cette vidéo de metöl. En attendant, c'est réussi : en produisant ce clip, Mastodon sait qu'il ne laissera pas indifférent. Absent pour ainsi dire du vocabulaire des metalheads, le twerk devient petit à petit emblématique de la pop culture des années 2010, cette génération qui abhorre ou adore des icônes telles que Miley Cyrus ou Beyoncé.

Twerk, culture geek et personnes âgées

Ce n'est pas la première fois que Mastodon s'écarte de la forme classique de l'univers metal, genre musical conservateur s'il en est – et aux codes quasi-inamovibles en plus de quarante années d'existence. Plus tôt pour la promotion de leur album de 2014, le quatuor avait dévoilé une vidéo tout aussi peu evil pour la chanson "High Road", troisième piste de l'excellent Once More 'Round the Sun. 

On y découvrait un attachant petit geek et sa grand-mère obligés d'affronter une horde de fans de jeux de rôle grandeur nature. Pas de trace de sang, exit les pentagrammes, les zombies et autres joyeusetés du genre qu'on croise habituellement dans les visuels metal (coucou le dernier clip de Slipknot, par exemple). Cette vidéo rafraîchissante se déguste juste là.

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Mais les métalleux n'ont pas attendu leur sixième album pour produire des clips où l'imaginaire heavy metal se frotte à d'autres références culturelles. Dès 2004 et l'album Leviathan, Mastodon produisait le clip de "Blood & Thunder", où de curieux personnages de cirque assistaient à un concert de la formation chapeautée du fez marocain très seyant. Mention spéciale à ce clown triste qui rappelle forcément le terrifiant Captain Spaulding des films de Rob Zombie. En fait, il suffit de fouiller leur vidéographie pour comprendre qu'ils prennent soin de ne pas ressembler aux autres.

Le metal, ce genre musical de réacs

Attitude d'outsiders fans de la culture geek, songwriting de talent, discographie en béton et collaborations tant avec des membres du groupe de post-metal Neurosis qu'avec la délicate Feist ou ce cher Josh Homme... Mastodon est sans aucun doute l'un des meilleurs groupes de metal aujourd'hui.

Or, ce genre musical pèche par sa tendance à la nostalgie infinie, et donc au non-renouvellement des mêmes artistes qui squattent encore et toujours les têtes d'affiches des festivals. Ce phénomène est un véritable frein pour que de nombreux artistes metal contemporains connaissent plus de succès, y compris ailleurs que dans l'exclusivité des colonnes des publications spécialisées.

Sinon, dans 20 ans, nous nous retrouverons à headbanguer mollement devant des grabataires dont la gloire passée écrasera toujours de son ombre les talents du moment.

Par Théo Chapuis, publié le 29/09/2014

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