Universal lance un nouveau format : le Blu-Ray Pure Audio

Universal annonce le lancement d'un nouveau format hautement qualitatif, le Blu-Ray Pure Audio. En phase ou décalage avec l'industrie musicale ? 

Blu-Ray Pure Audio

Le Blu-Ray Pure Audio lancé par Universal Music

Pascal Nègre se délecte de son gadget. Enthousiaste, il confie au journaliste du Monde : "Pour la première fois on va entendre ce que l'artiste a entendu, quand il a crée son oeuvre en studio". 

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Le Blu-Ray Pure Audio c'est un peu son bébé du moment : rumeur de longue date, testé avec l'album de Mylène Farmer (pour près de 70.000 Blu-Ray écoulés, tout de même), confirmation définitive, il devrait arriver prochainement avec un catalogue réduit dans les magasins Fnac de France et de Navarre.

Une commercialisation au Japon devrait suivre si le format fait ses preuves. Vraie innovation ou fausse bonne idée ?

Une qualité pas en question

Comme le rappelle le président d'Universal France dans la citation ci-avant, l'arrivée de ce nouveau format procède d'abord d'une innovation technologique. Pour ce Blu-Ray Pure Audio on annonce une qualité proche du vinyle, rondeur et pureté du son sans les frottements, ce qui réjouira, on en est sûr, les plus puristes d'entre nous.

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Le dernier album de Mylène Farmer "Monkey Me" a été aussi lancé en Blu-Ray

Si Universal joue petits bras pour le lancement (le format ne devrait initialement concerner qu'une trentaine d'albums : jazz, classique, variété internationale et française), Pascal Nègre précise que 90% des enregistrements pourraient à terme être convertis, soit entre 20.000 et 30.000 titres.

Une manne financière, un lancement en grande pompe qui se base sur un constat intelligible de l'industrie musicale et devrait engager une rafraîchissement des enregistrements d'une bonne partie du catalogue d'Universal, ce qui ne peut pas lui faire du mal.

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Blu-Ray Pure Audio : un format aristocratique

Et la stratégie d'Universal peut se comprendre si l'on regarde de plus près les dernières études sur l'industrie musicale.

Le lancement en France d'abord : un pays férue de technologie où un tiers des foyers sont équipés de lecteurs Blu-Ray et un marché du physique en expansion où le vinyle a connu un regain d'intérêt non négligeable.

Pascal Nègre, président d'Universal France

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Mais outre cette phase de test, le lancement d'un tel format n'est pas complétement abscons, toujours si l'on s'en tient aux chiffres. En 2012, le physique représentait 50% des ventes. De là naît la volonté de créer de nouveaux débouchés pour la musique enregistrée, misant sur la qualité du format, et il faut le dire une certaine vue aristocratique du marché.

Si l'analyse ne provient nullement de la bouche des officiels d'Universal, on peut sans nul doute imaginer que c'est une cible au pouvoir d'achat important que vise la major : un prix prohibitif (19,99€), l'impossibilité de copier le disque, et une écoute conseillée sur un système son digne de ce nom, pour un aspect physique qui n'a pas le côté charnel du vinyle.

La froideur matérialisée de l'avancé technologique.

Une vue erronée sur les conditions d'écoute de la musique enregistrée

Et l'on en revient finalement là où on avait commencé. La véritable question qui se pose est de savoir, non pas si cela est intéressant de pouvoir avoir la même qualité de son que le compositeur dans son studio, mais plutôt si cela correspond à une évaluation correcte des conditions d'écoute de la musique enregistrée.

Capture d'écran des charts iTunes

Et là malheureusement, il semblerait que les visions  de Pascal Nègre et Universal soient érronées. En 2013, tout semble indiquer une évolution vers une écoute nomade (pour preuve les ventes toujours impressionantes de lecteurs MP3), en ligne (les annonces concernant la généralisation des plates-formes de streaming vont dans ce sens) ou, mais très marginalement, sur une galette noir qui a les faveurs des puristes.

Finalement le Blu-Ray Pure Audio c'est ça : un format aristocratique pour des ni-ni de la musique. Ni numérique, ni vinyle, il apparaît comme une avancée élitiste, rationnelle économiquement, mais court-termiste et se basant sur une évaluation éronnée du secteur de la musique.

Par Tomas Statius, publié le 17/05/2013

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