UNiiQU3 est la nouvelle reine du jersey club

Sa première mixtape sortie sur Lil City Trax et son envie affichée d'exporter le jersey club loin des côtes de Newark prouvent que UNiiQU3 est la "next big thing" en provenance du New Jersey. Elle nous raconte ses ambitions. 

UNiiQU3 OKLM pour True Laurels - Crédit Image Ryan Lyons

UNiiQU3 OKLM pour True Laurels - Crédit Image Ryan Lyons

Le jersey club, genre né dans l'Etat du New Jersey et dérivé de la ghetto house, n'est pas mortDerrière les pionniers DJ Tameil et Tim Dolla, une nouvelle génération d'artistes propage le genre au-delà des frontières de son berceau. Dans un climat social tendu (selon CNN, Newark, la capitale du Garden State, est la sixième ville la plus dangereuse des États-Unis), les basses et les a cappella sont toujours l'une des curiosités artistiques les plus fameuses d'un Etat qui vit à l'ombre de son voisin : l'Etat de New York. 

Publicité

Dans cette meute aux dents longues, la productrice UNiiQU3 tire son épingle du jeu. Signée depuis peu sur Lil City Trax (label du défunt DJ Rashad), elle peut se targuer d'une couverture presse conséquente (le très "arty" Dazed And Confused et plus récemment The Fader) et d'un style reconnaissable entre mille. Contactée par mail, elle nous a parlé de la popularité grandissante du genre et de la vitalité de la scène locale.

"Le jersey club a changé ma vie"

La musique a toujours été présente dans la vie de UNiiQU3. "Je joue du piano depuis que je suis tout petite", précise-t-elle dès le début de l'interview. Tôt, Cherise Alexandria Gary, de son vrai nom, a croisé la route du jersey club, courant qui anime le paysage monotone de Newark dit "Brick City" depuis le début des années 1990.

À Newark, le jersey est la bande-son du quotidien. On l'entend dans les clubs, les écoles, au coin des rues, à la porte des épiciers. C'est comme si "les enfants grandissaient sur un énorme dancefloor" ironise même Aimee Cliff dans un article pour Dazed Digital. UNiiQU3 se souvient de l'avoir croisé enfant alors qu'elle se rendait à son cours de danse.

Publicité

Et cette rencontre l'a transformée :

La première fois que j'ai entendu du jersey club, c'était dans le centre-ville de Newark. Un groupe vendait des CDs à un coin de rue. Après avoir écouté, j'en ai acheté un. Et ça a changé ma vie.

UNiiQU3 pour The Fader - Crédit Image The Fader

UNiiQU3 pour The Fader - Crédit Image The Fader

Publicité

À 18 ans, UNiiQU3 finit par passer derrière les platines. Après avoir animé les soirées de l'underground et dégoûté plus d'un par son aisance, elle se met à la production. La mixtape The New Klassiks sortie en avril dernier est son premier coup d'éclat. La productrice offre un coup de lifting et introduit certains "tubes" jersey club aux néophytes. De DJ Tameil à DJ D-wizz, elle laisse sa patte sur des classiques qui lui sont chers :

Alors que j'apprenais à mixer, je m'amusais à produire des voix pour des titres "clubs". J'avais tellement d'idées que j'ai décidé d'apprendre à produire.

[The New Klassiks] a pour but d'être pédagogique. J'ai adoré faire le remix du titre "D Mac" de DJ D-wizz mais aussi de "Heartbroken".

En 2015 UNiiQU3 devrait sortir un EP qu'elle dorlote depuis quelque temps déjà. "Ça va valoir le coup, promis juré !", lâche-t-elle au détour d'une phrase. Comme s'il fallait nous en convaincre...

Publicité

Explosion médiatique rime avec renouvellement artistique

Comment UNiiQU3 est passée du statut de DJ en devenir à véritable héraut d'un mouvement qui prend d'assaut les côtes de l'Europe et plus récemment de l'Australie ? 

D'abord, comme le notent les nombreux articles qui lui sont consacrés, UNiiQU3 est à la fois un talent brut et une personnalité hors norme. Touche-à-tout, charismatique et pétillante, la musicienne s'amuse à donner des conseils de beauté dans les colonnes de The Fader, joue avec les clichés d'un genre qui reste masculin, tout en multipliant les appels à l'unité et la solidarité dans les rangs des soldats du jersey club. Elle tient depuis peu une résidence au sein de la galerie d'art Life Lab à Newark avec l'ambition affichée de rassembler la scène. Elle pourrait être la pièce manquante d'un milieu qui s'est longtemps enferré dans des guerres d'égos fratricides.

Elle le souligne : si le jersey club "est installé du côté de Newark", son audience grandit partout ailleurs. Cashmere Cat, Trippy Turtle ou encore Sam Tiba n'ont de cesse de le citer comme source d'inspiration, tout comme Diplo qui a signé le oldtimer DJ Sliink sur Mad Decent. Dans un autre registre, The Fader a récemment tenté de reconstituer les morceaux de l'histoire du genre en interrogeant ses acteurs. Tout cela conduit à un même constat : le monde s'intéresse de plus en plus au jersey club et la jeune femme fait partie de ceux qui surfent sur la vague : 

Grâce à Internet et aux médias sociaux, de plus en plus de personnes découvrent le jersey club et ceux qui le font. C'est génial. Les artistes de ma génération ont ouvert pas mal de lieux où il est possible de créer, en toute tranquillité. Ça a vraiment aidé la scène.

Tous ne goûtent pourtant pas à cette popularité naissante. Comme le rappelle Noisey US dans un article paru en octobre : "Si collaborer avec un DJ de Newark continue à t'apporter de la reconnaissance  [...], les artistes sur place peinent en général à sortir de Newark". 

Enfin, si elle maîtrise son jersey club, UNiiQU3 n'hésite pas à piocher dans le continent bass music pour construire sa propre grammaire. On ne s'étonne pas de la voir citer des artistes issus du hip-hop ou de la soul comme influences. Et de sauter de genre en genre quand elle parle de ses coups de coeur :

Je me sens proche d'autres genres comme le footwork, la New Orleans bounce ou le ballroom. Récemment j'ai écouté pas mal d'artistes de grime comme Skepta ou Jammer mais aussi du hip-hop : Travi$ Scott, Kendrick Lamar et Little Simz. Je suis amoureuse de footwork mais aussi d'artistes soul comme SZA ou Doja Cat. Et bien sûr j'écoute du jersey club... Tout le temps.

Récemment en tournée en Australie en compagnie de Sam Tiba, on lui a demandé si elle comptait venir en France. "Bien sûr que j'aimerais venir à Paris et si tout fonctionne, je devrais y être d'ici peu". Pour propager la bonne parole jersey club ? 4SURE.

Par Tomas Statius, publié le 26/11/2014

Copié

Pour vous :