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3 raisons de kiffer Mandy, la vengeance gore et WTF de Nicolas Cage

Publié le

par Mehdi Omaïs

Trois ans après son passage au Festival de Cannes (mais pas en salles), le film sera bientôt disponible sur Netflix.

© SpectreVision

Entre Le monde est à toi de Romain Gavras et Climax de Gaspar Noé, la Quinzaine des réalisateurs a placé en 2018 une autre œuvre jusqu’au-boutiste et jubilatoire : le psychédélique et génialement maniériste Mandy du Canadien Panos Cosmatos, accessoirement fils de George Cosmatos, le réalisateur de Rambo 2.

Aussi présenté au festival du film de Sundance, ce deuxième long-métrage, débarqué huit ans après Beyond the Black Rainbow, serait né à la suite de la mort du père de son metteur en scène. Il constituerait par ailleurs un hommage au rock’n’roll et au metal, des genres musicaux que l’on retrouve dans l’intrigue et qui semblent faire partie intégrante de la religion artistique du jeune Cosmatos. Konbini vous donne trois bonnes raisons de succomber au délire, alors que le long-métrage sera disponible sur Netflix à partir du 6 février prochain.

1. Des références à foison

Évidemment, une pluie de références n’est jamais un phénomène très agréable. Surtout quand celles-ci ne font office que de faire-valoir. Fort heureusement, dans Mandy, Panos Cosmatos digère toutes les œuvres qu’il a dévorées à travers les années, tout en témoignant d’un sens de la mise en scène qui en fait un auteur immédiat. Il cite volontiers Crystal Lake – bonjour Vendredi 13 et Jason Voorhees –, fait hurler des tronçonneuses – Leatherface aurait souri –, instille du Sailor et Lula… On ne peut pas tout compiler, il n’y aurait guère la place.

Pour autant, par-delà ce contexte bourré de clins d’œil et de joyeuses passerelles (qui raviront les fans du cinéma de genre), Mandy possède son histoire propre. Certes pas très original, le scénario de Cosmatos, coécrit avec Aaron Stewart-Ahn, joue la carte du classicisme et de l’efficacité.

Nous sommes précisément dans la région du Nord-Ouest Pacifique où verdoie une forêt de pinèdes et autres conifères. C’est là qu’habite Red Miller (alias Nicolas Cage), un bûcheron qui file le parfait amour cosmogonique avec sa chérie Mandy Bloom. Hélas, tout dérape quand les membres d’une secte les kidnappent et brûlent la jeune femme. Vous l’aurez compris : il ne fallait pas énerver le Nico !

2. Un Nicolas Cage absolument dingue

Qui d’autre que lui ? Difficile d’imaginer, en sortant de la projection, qui aurait pu offrir ce regard halluciné et hallucinant à un héros aussi transcendantal. Nicolas Cage, toujours enclin à rallier de petits projets arty, s’en donne en tout cas à cœur joie sous les traits d’un homme qui n’a plus rien à perdre et qui, à l’image d’un croque-mitaine indestructible, se lance dans une croisade vengeresse où il devra défier des monstres et des fous de religion. Et pour cela, il ne lésinera sur aucune arme, aussi perverse et sophistiquée puisse-t-elle être.

On adore forcément ce sourire de joker fou, presque diabolique, de Nicolas Cage. Ce sourire à la fois menaçant et flippant, drôle et glaçant. Il le distille ici au gré d’une intrigue où culminent quelques grands moments férocement what the fuck. Parmi eux : une séquence durant laquelle le protagoniste vient d’échapper à ses ravisseurs après la mort de sa bien-aimée et s’enfile une bouteille de vodka, en slip, recouvert de terre et de suie, beuglant (façon marché à la criée) dans une salle de bains au papier peint 100 % kitsch. Un must. Déjà culte, ou presque.

3. Une atmosphère fascinante

Lorsque son nom est apparu au générique de début, les applaudissements ont été vifs. Mandy n’aurait certainement pas revêtu la même aura sans le travail du compositeur islandais Jóhann Jóhannsson, décédé en 2018, quelques mois avant la projection à Cannes. Ses partitions planantes fusionnent totalement avec les images de Cosmatos au point de les transcender et de leur insuffler, dans leur étirement, ce cachet mystique et onirique tant escompté. Par ailleurs, à l’image (signée Benjamin Loeb), on retrouve ce délicieux grain poussiéreux, hommage à l’incomparable Massacre à la tronçonneuse – dont les héros (une famille de cinglés) font aussi penser à ceux de Mandy.

Avec son allure hirsute et son sourire de petit garçon qui a échafaudé un sale coup, Panos Cosmatos a clairement enfiévré le Festival de Cannes. La projection de son film a été ponctuée de rires et d’applaudissements, nourrissant les nombreux morceaux de bravoure d’une histoire gore, rock et dont le grand-guignolesque assumé se transforme en quintessence. Nul doute que nous suivrons cet auteur avec constance et curiosité. Et nous serons toujours partants (et consentants) pour qu’il nous catapulte du côté le plus obscur de ses cauchemars, de ses démons et de ses croyances.

Article publié le 14 mai 2018, mis à jour le 11 janvier 2021

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