Sous la menace, Sony annule la sortie de The Interview

Après les menaces d'attentats dans les salles de cinéma qui diffuseraient The Interview, Sony a décidé de ne pas sortir le film sur grand écran aux États-Unis.

Les rebondissements dans l'affaire du piratage de Sony sont loin d'être terminées. Après la cyberattaque de Sony lors de laquelle plusieurs documents confidentiels et cinq films ont été piratés, la mise en ligne de la scène finale de L’Interview qui tue !  censurée par Sony et les cinémas qui oseraient diffuser le film réalisé par Seth Rogen et Evan Goldberg, menacés d’attentats par les hackers, nous n'avons pas encore fini d'entendre parler de cette comédie farfelue.

Il faut croire que cette fois-ci, la menace d'une représaille digne "du 11 septembre 2001" pour quiconque irait voir le film où Seth Rogen et James Franco, mandatés par la CIA pour interviewer Jim Kong-Un et mettre fin à ses jours, a porté ses fruits.

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Sony s'est visiblement résigné face aux menaces revendiquées par le groupe de hacker "Gardiens de la Paix" en annonçant ce mercredi 17 décembre dans un communiqué :

Au regard de la décision prise par une majorité de cinémas de ne pas présenter le film L'interview qui tue !, nous avons décidé de ne pas le sortir en salles.

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Alors que le film devait sortir officiellement le 25 décembre aux États-Unis (le 11 février en France), il s'agit pour la plupart des médias une victoire des hackers face à une si grande firme. Plusieurs cinéastes ont montré leur soutien aux réalisateurs en les encourageant à ne pas lâcher prise, surtout face à des hackers dont l'origine n'est pas tout à fait claire.

La Corée du Nord n'est peut être pas derrière le hacking...

Selon le journaliste américain Wolf Blitzer de CNN, dont les propos ont été repris par de nombreux médias : "Les enquêteurs américains ont déterminé que les attaques contre Sony sont le travail de hackers qui travaillent pour le compte du gouvernement Nord-Coréen". Si pour l'instant aucun communiqué officiel n'a pas été dévoilé, certaines personnes restent méfiantes quant à cette origine.

C'est notamment le cas du site The Wired qui développe dans un article plusieurs arguments dénonçant des preuves trop légères pour accuser le gouvernement de Kim Jong-Un d'avoir fomenté la cyberattaque. L'État de la Corée du Nord serait en fait l'accusé parfait, quelques semaines après les menaces déjà vociférées quant à l'idée même d'un film mettant en scène le dictateur nord-coréen.

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Un de ses porte-paroles avait en effet déclaré : "produire et sortir un film décrivant une attaque à l’encontre de notre plus haut dirigeant est l’acte le plus flagrant de terrorisme et de guerre, et il ne sera pas toléré".

Mais pour The Wired, plusieurs choses ne collent pas. Tout d'abord, de bons hackers auraient fourni de fausses adresses IP pour brouiller les pistes. Or, toutes les pistes semblent converger vers la Corée, le coupable facile, pour ne pas dire évident.

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Ensuite, le magazine rappelle que dans le premier courriel envoyé à Sony par les pirates informatiques, les termes "Corée du Nord" ou "L'interview qui tue !" n'étaient pas mentionnés. Ce n'est qu'après l'emballement médiatique que ces sujets seraient apparus. Aussi, il semblerait que les volontés soient davantage économiques que diplomatiques, avec une demande de rançon à la clé :

Nous voulons une compensation monétaire. Payez les dommages ou Sony Pictures sera bombardé dans son ensemble. Vous nous connaissez très bien. Nous n'attendons jamais longtemps. Vous feriez mieux de vous comporter avec sagesse.

Difficile pour l'instant de déceler qui se cache derrière toute cette affaire. Néanmoins, L'Interview qui tue ! a peut être encore une chance d'être diffusé.

La solution, mettre le film en ligne ?

"Internet n'est pas seulement la meilleure option, c'est désormais la seule" assure le site The Verge, qui incite grandement Sony Pictures à mettre en ligne le film. Si le média émet l'hypothèse d'une énorme coup de pub très élaboré, les menaces ne lui paraissent pas pour autant invraisemblables et ne doivent pas être prises à la légère par les propriétaires des cinémas.

Alors que le film est déjà réalisé et prêt à être diffusé, il semble très peu probable qu'il disparaisse du jour au lendemain sans laisser de trace. Pour remédier à cette censure et à cette atteinte à la liberté d'expression, la diffusion par Internet semble la manière la plus simple.

L'article conclut alors :

Les pirates, quels qu'ils soient, ont utilisé Internet pour attaquer Sony Pictures. Ils l'ont utilisé pour intimider Sony Pictures. Maintenant Sony peut utiliser ce même internet pour se battre et diffuser The Interview à travers le monde.

Étant donné que les hackers ne pourront pas s'en prendre à tous ceux qui regardent cette comédie loufoque tranquillement installés dans leur canapé, le seul risque serait qu'ils se défoulent sur les locaux de Sony. Il faudra certainement attendre la trêve de Noël  pour qu'un processus se débloque et qui sait, Sony Pictures fera peut-être même un petit cadeau en proposant le film gratuitement...

Par Anaïs Chatellier, publié le 18/12/2014

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