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Le mangaka Tetsuya Tsutsui est de retour avec Poison City

Publié le

par François Oulac

Le mangaka japonais Tetsuya Tsutsui sera à Paris à la fin du mois pour le prochain Salon du Livre. L'auteur de Duds Hunt et Prophecy est de retour avec une nouvelle série, Poison City, au thème très d'actualité : la liberté d'expression. Petite présentation avant l'interview.

Détail de la couverture du premier tome de Poison City. (Crédits image : Ki-Oon)

Testuya Tsutsui est de retour. Ce nom vous est peut-être familier si vous êtes fan de mangas. Édité en France depuis 2012 chez Ki-Oon, Tsutsui enchaîne depuis ses débuts les séries courtes et les one-shot dans un style adulte et très contemporain. Ses thèmes de prédilection : les effets du virtuel et des réseaux sociaux sur nos vies (Reset, Prophecy), la violence et la destruction du lien social (Manhole, Duds Hunt)...

Polar biologique, thriller techno ou même remake de Fight Club à la sauce japonaise, le mangaka ne se refuse aucun genre. Le point commun de toutes ses œuvres : anticiper les dérives de notre société moderne. Avec, si possible, un suspense insoutenable, une dose de fantastique et de l'action bien badass.

Le pitch de Poison City place la série dans la droite lignée de ses aînées :

Tokyo, 2019. À moins d’un an de l’ouverture des Jeux olympiques, le Japon est bien décidé à faire place nette afin de recevoir les athlètes du monde entier. Une vague de puritanisme exacerbé s’abat sur tout le pays, cristallisée par la multiplication de mouvements autoproclamés de vigilance citoyenne. Littérature, cinéma, jeu vidéo, bande dessinée : aucun mode d’expression n’est épargné.

C’est dans ce climat suffocant que Mikio Hibino, jeune auteur de 32 ans, se lance un peu naïvement dans la publication d’un manga d’horreur ultra-réaliste, Dark Walker. Une démarche aux conséquences funestes qui va précipiter l’auteur et son éditeur dans l’œil du cyclone...

Un manga qui évoque l'actualité

Le thème de Poison City fait naturellement penser au débat post-Charlie Hebdo autour de la liberté d'expression. Mais il entre aussi en résonance avec le parcours personnel de son auteur. En 2013, Tsutsui apprend que le premier tome de sa série Manhole a été censuré dans la région de Nagasaki. La raison : des images jugées inappropriées par la Section des affaires sociales et de la santé de la province. N'ayant appris cette décision que cinq ans après les faits, le mangaka n'a pas pu défendre son œuvre. Testuya Tsutsui se bat désormais pour que le tome soit de nouveau disponible.

Et nourrit son œuvre de sa frustration. Il réaffirme à 20 Minutes le danger de telles censures pour la liberté d'expression :

Je ne pense qu’il faille abolir toute notion de droit de regard du législateur sur les œuvres de l’esprit. Il peut arriver que des éditeurs ou des auteurs dérapent, une simple autorégulation du milieu éditorial n’est pas suffisante.

Cependant, la décision du législateur est tellement importante et lourde de conséquences, qu’elle ne peut pas être prise sans une réflexion intense. Elle ne peut par exemple pas être prise en réponse à un événement ou à un fait divers aussi traumatisant soit-il pour l’opinion publique. C’est ce que je crains le plus.

On aura le temps de reparler de cela lors de la venue de Tetsuya Tsutsui au Salon du Livre, qui se tient à Paris du 20 au 23 mars.