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Test : on s’est éclatés comme en 1998 avec N. Sane Trilogy, le reboot de Crash Bandicoot

Publié le

par Thibault Prévost

Avant la sortie de Crash Bandicoot N. Sane Trilogy, hommage à la franchise chère à la PS1, nous avons pu nous faire la main sur cette version remastérisée.

En l’an de grâce 1998, la France "black-blanc-beur" soulève la Coupe du monde de football sur les Champs-Élysées, l’UE frappe la première pièce de sa nouvelle monnaie, Omar Bongo est réélu à la présidence du Gabon, Pol Pot et Éric Tabarly passent l’arme à gauche, Pinochet est arrêté, Paris accueille la première Techno Parade, et la communauté PlayStation s’éclate sur Warped, le troisième (et meilleur) volet de la saga Crash Bandicoot, apparue deux ans plus tôt sur la console et considérée comme une franchise culte avant même le bug de l’an 2000 évité.

La bestiole orange vif, d’un naturel à faire passer Taz des Looney Tunes pour un moine bouddhiste, venait de faire entrer le jeu de plateformes dans le XXIe siècle avec deux ans d’avance sur l’horaire grâce à un level design innovant, un gameplay élémentaire et, surtout, un univers graphique cartoonesque qui rendrait agréable un game over (pardon, des game over successifs). La formule est addictive, les ventes suivront et la franchise vivra tranquillement sa petite décennie de succès avant de s’incliner face aux nouveaux monstres du jeu vidéo réaliste. Pour quiconque était en âge de tenir une manette entre ses mains entre 1995 et 2000, Crash Bandicoot résonne forcément comme une madeleine de Proust – si lesdites madeleines étaient farcies de speed et de pixels gros comme des briques.

Trois titres en un, une expérience intacte

Avance rapide de la VHS jusqu’à mai 2017 et la sortie prochaine de Crash Bandicoot N. Sane Trilogy sur PS4, sorte de résurrection des trois premières aventures (Crash Bandicoot, Cortex Strikes Back et Warped) et concentrées en un seul titre boosté aux processeurs contemporains et à la 4K. Depuis 2002, le studio Naughty Dog a filé la garde de son bébé hyperactif à Vicarious Visions, qui nous conviait le 26 mai à une petite séance de test pour retrouver le jeu vidéo de notre adolescence. Des retrouvailles un peu nerveuses au début, comme lorsque l’on retrouve une vieille connaissance perdue de vue, puis finalement agréables, la complicité entre le gameplay et nous s’opérant en quelques minutes. À partir de là, c’était gagné. Plaisir intact, sensations naturelles, et une délicieuse sensation d'anachronisme à voir le monde de la PS1 greffé sur celui de sa descendante.

Si plusieurs journalistes avaient déjà eu l’occasion de se chauffer les pouces sur deux des trois titres regroupés sous la bannière "N. Sane Trilogy", restait quand même à tester le meilleur des trois opus, Warped, qui nous baladait à travers les époques et les lieux en incarnant successivement Crash, Coco et le tigre Pura, et nous permettait de nous équiper de véhicules terrestres, maritimes et aériens pour des courses d’obstacles complètement barrées. C’est désormais chose faite, et qu’on se le dise, ça fait un bien fou de retrouver un gameplay aussi instinctif avec la fluidité des machines actuelles. Attaques tourbillonnantes, glissades, double sauts, bazookas à pommes, pièges mortels et grenouilles harceleuses sexuelles : tout y est, comme en 1998, sauf que l’on ne se pète pas les rétines devant un écran cathodique poussif.

Un hommage réussi

Du côté de Vicarious Visions, on nous explique avoir conservé "toute la structure du jeu original", du design des niveaux aux décors, en passant par les textures, le gameplay et les PNJ (personnages non-joueurs), mais avoir entièrement repensé les environnements sonores, les bruitages et les petites animations, avec le souci de "rendre justice à la franchise originelle" – pour preuve, les bugs du jeu utilisés par les speedrunners ont été recréés à l’identique. Un moteur changé, un coup de peinture, mais une carrosserie identique, en somme. Ou presque : grâce au progrès technique, nous informe-t-on, Crash Bandicoot possède désormais une fonction de "difficulté dynamique" : en gros, plus vous êtes nul, plus le jeu vous rend la vie facile, et inversement. Pas forcément évident sur les phases à pied, mais on sent la différence dans les modules véhiculés (sur l’épreuve de course à moto, cette saloperie de virage en S devient étrangement bien plus compliquée à gérer lorsque le jeu sent que vous avez compris comment vous diriger).

En bref, Crash Bandicoot N. Sane Trilogy est un hommage réussi à une franchise culte du jeu vidéo, qui transmute un vieux classique du 32-bits en titre séduisant sur les consoles next gen, pourtant taillées pour des jeux monumentaux rivalisant de mondes ouverts et de modes multijoueurs démesurés. Oubliez tout ça, branchez vos manettes et laissez-vous porter par le souvenir d’un temps innocent où le fun pur et instantané était la seule récompense des heures de jeu vidéo, assis en tailleur sur le tapis du salon et un bol de bonbons devant soi.

Sortie du jeu prévue le 30 juin – et pour 40 euros, difficile de ne pas se laisser tenter.

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