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On a testé MindOut, la première salle d’arcade en réalité virtuelle de Paris

Publié le

par Thibault Prévost

Dans le IIIe arrondissement de la capitale, la salle d’arcade MindOut propose de s’éclater sur des simulations en réalité virtuelle. Une expérience inédite à Paris.

(© Thibault Prévost/Konbini)

Autour de moi, le silence. Les rues de la ville sont désertes, et il ne manque plus qu’une touffe d’herbes tourbillonnante pour s’imaginer dans un western. Autour de moi, des gratte-ciel de dimensions fantastiques obstruent partiellement le ciel, accentuant l’impression générale de danger. Quelque part, une sirène résonne. La situation va dégénérer, d’un instant à l’autre. Je tourne la tête dans tous les sens, les deux mains serrées sur les crosses de mes armes. Malgré ma vigilance, le premier coup m’atteint dans le dos : un robot humanoïde et patibulaire, souple comme un félin, vient de m’envoyer une mandale. Je vide un chargeur sur son torse, me téléporte à quelques mètres, recharge, relève la tête – la horde est sur moi.

En un instant, la situation vire à la pétaudière. Les balles sifflent autour de ma tête tandis que je mitraille à 360 degrés, esquivant comme je peux des sortes de cafards mécaniques hypertrophiés déterminés à me sauter au cou, renvoyant les balles de la crosse de mon fusil à pompe, arrachant des circuits électroniques à mains nues, mais rien n’y fait. Ma vue se brouille et se remplit de carmin alors que je succombe sous les coups des machines tueuses.

Juste avant le long tunnel lumineux, j’ai le temps d’apercevoir deux mots, inscrits en grosses lettres flottantes au centre de mon champ de vision : GAME OVER. J’arrache le casque de réalité virtuelle et desserre les mains sur mes contrôleurs sans fil, pantelant. En réalité virtuelle immersive comme celle-ci, le game over laisse vraiment une sensation désagréable… et l’envie, lancinante, de retourner tout de suite en découdre. Ça tombe bien, c’est désormais possible : la première salle parisienne de réalité virtuelle, MindOut, a ouvert ses portes le 11 mai.

Réalité mixée, Oculus et HTC Vive

Dans le calme bourgeois du IIIe arrondissement, au 35 rue de Turbigo, un espace immaculé se dévoile derrière la vitre de la façade. Disponibles en early access depuis le 21 avril, les stations de jeu – des boxes blancs de 3,80 mètres carrés, séparés entre eux par des barrières de tissu — monopolisent la moitié de l’espace. Dans les coins pendouillent des casques de réalité virtuelle et leurs contrôleurs, reliés à des tours fixées au-dessus des boxes. Le système mis au point par les gérants de MindOut est ingénieux : en accrochant le fil qui relie le casque (les technologies sans fil existent mais font encore débat) au PC sur un rail métallique fixé au-dessus du joueur, la liberté de mouvement est totale dans le box individuel.

"L’idée, c’est de ne pas emmerder les gens, d’éviter qu’ils n’enlèvent le casque, explique Romain, 32 ans, l’un des créateurs de MindOut. On cherche à fournir la meilleure immersion possible en restant accessible." Pas de tapis omnidirectionnel, de combinaisons haptiques ou d’autres technologies encore trop difficiles à appréhender pour un public de noobs, simplement curieux de voir à quoi ressemble cette réalité virtuelle dont on lui rebat tant les oreilles.

À partir du 11 mai, du mardi au dimanche, les joueurs défileront donc dans les boxes selon un fonctionnement de salle d’arcade. Sauf qu’en guise de pièces à insérer, on recharge une carte à puce NFC à la caisse que l’on passe sur un lecteur pour lancer le jeu, et le temps est ensuite décompté du crédit, avec des tarifs à l’heure (30 euros pour le tarif plein pot) ou la demi-heure (indice : la demi-heure ne suffira pas).

Pour le moment, MindOut propose huit stations de jeu réparties sur deux espaces – l’espace blanc du rez-de-chaussée et un espace en sous-sol, bleuté et sombre, au design géométrique inspiré de Tron — qui permettent de s’éclater, au choix, sur l’Oculus Rift ou le HTC Vive. À terme, selon l’un des responsables, MindOut devrait proposer "14 stations" dont certaines assises – pour accueillir des simulations de vaisseaux spatiaux – et "un espace de réalité mixée" aux murs verts, qui permettrait à un joueur d’évoluer dans un univers virtuel "peint" directement sur le réel. C’est encore en travaux, mais les possibilités laissent déjà rêveur.

Exploration, shooter et escalade

Côté catalogue, MindOut propose actuellement un éventail d’une dizaine de titres couvrant une bonne partie du paysage VR. Du shooter robotique aux graphismes époustouflants Robo Recall à la paisible simulation d’escalade The Climb, de la survie jouissive en coopération (au sabre ou à la paire de flingues) de Raw Data aux escapades exotiques de Google Earth VR, les expériences sont suffisamment variées et prenantes pour y passer des jours. Seul grand absent : le jeu d’horreur, pas en phase avec la philosophie fédératrice de la structure. Quand on voit la réaction de l’une des joueuses – visiblement arachnophobe —, qui se met à hurler en voyant l’araignée mécanique de Robo Recall, on peut comprendre que les hordes de saloperies répugnantes tapies dans les couloirs fétides du dernier Resident Evil ne soient pas la priorité d’une salle d’arcade qui se veut avant tout familiale.

Pour choisir leurs titres, les deux associés à temps plein de MindOut, Max et Romain, respectent un cahier des charges très clair : "Le jeu doit permettre un replay infini, m’explique Max. Ensuite, il doit proposer un principe de scoring ou du multijoueur. Enfin, s’il ne possède pas ces caractéristiques, l’histoire doit être exceptionnelle." Les graphismes ? Pas besoin d’en faire sa priorité, assure Max. L’immersion et un bon gameplay suffisent. À terme, en continuant d’acheter les licences aux développeurs à mesure des sorties, l’équipe prévoit de mettre à disposition un catalogue d’une vingtaine de titres. Et sachant que l’offre de titres VR ne fait qu’augmenter, ça ne sera pas trop difficile.

"Agir comme un vecteur de diffusion"

À l’heure où les casques de réalité virtuelle sont déjà bien en place sur le marché de l’électronique mais que les ventes ne décollent pas comme prévu (la faute, en partie, à des prix encore élevés et la nécessité d’avoir l’ordinateur qui va avec), le choix du modèle de la salle d’arcade peut se révéler payant. Il y a trois mois, Nolan Bushnell, le créateur de Pong et d’Atari, annonçait outre-Atlantique la création de Modal VR, une chaîne de salles d’arcade qui suit peu ou prou le même modèle que MindOut. Si la création d’une franchise n’est pas à l’ordre du jour, les associés de la salle parisienne (qui ont investi 300 000 euros au total) espèrent rentrer dans leur frais d’ici un an et demi, en pariant à fond sur le côté addictif de l’expérience, que nous avons totalement constaté lors de notre test – et de participer à la démocratisation de la technologie dans les foyers.

"Notre but, c’est d’agir comme un vecteur de diffusion", annonce Romain, qui assure qu’il n’y a "pas de déçus" et que "les gens ont déjà commencé à revenir". Si les enfants, à la fois curieux et parfaitement habitués à la virtualité, comptent pour "30 % des visiteurs", le public est étonnamment familial – lors de notre visite, un couple de quinquagénaires vient tester la réalité virtuelle pour la première fois – les exclamations étonnées surviendront en quelques minutes. Conscients de fournir un service à des noobs, Romain, Max, Nicolas et Lou-Anne guident leurs visiteurs pas à pas, de l’installation du matériel aux conseils de jeu. Mais rien de ce qu’on vous décrira ne remplacera l’incroyable sensation d’immersion totale dans la virtualité. Si vous aimez les jeux vidéo, le numérique ou simplement les expériences époustouflantes, allez-y (même en jurant que vous n’irez qu’une seule fois). Il y a un "avant" et un "après".

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