AccueilÉDITO

Docu : les premières femmes pilotes du Moyen-Orient sont palestiniennes

Publié le

par Naomi Clément

Elles s'appellent Betty, Marah, Mona, Rhana et Noor. En Palestine, on les surnomme les Speed Sisters. Elles sont les premières femmes du Moyen-Orient à participer à des courses automobiles, aux côtés des hommes. Un documentaire leur est aujourd'hui consacré.

Malgré les pressions du gouvernement, la Palestinian Motor Sports and Motorcycle Federation s'efforce depuis cinq ans d'ériger des circuits de course de fortune à travers la Cisjordanie (région du Proche-Orient au cœur du conflit israélo-palestinien). Des champs de légumes de Jenin au tarmac de l'antique ville de Jericho en passant par l'ancien héliport de Yasser Arafat à Bethléem, on peut voir s'engouffrer à pleine vitesse des BMW retapées, battant pavillon palestinien.

Ces courses, qui font entrer en compétition les différentes villes de Palestine, sont devenues un véritable rendez-vous pour les jeunes du pays. Échappatoire d'un quotidien souvent difficile, elles réunissent des centaines de personnes qui s'entassent derrière des barricades et s'amassent sur les toits des immeubles. Les quidams sont bien décidés à capturer le parfait cliché à l'aide de leurs smartphones : les évènements sont très populaires. Mais, jusqu'aujourd'hui, exclusivement réservés aux hommes.

Avides d'adrénaline et de cylindrés, cinq Palestiniennes ont décidé de se joindre à ces compétitions masculines. Elles s'appellent Betty, Marah, Mona, Rhana et Noor, ont entre 22 et 32 ans, et en Palestine, on les surnomme les Speed Sisters. Premières femmes à participer à des courses automobiles, elles défient les hommes sur le circuit dans le but de décrocher le titre de la femme la plus rapide de Palestine, et de prouver aux yeux du monde que la femme est l'égale de l'homme. Une histoire unique en son genre que se devait de raconter Amber Fares.

Éviter les check-points militaires

Ancienne disc-jockey, Amber Fares s'installe en Palestine en 2008, où elle apprend seule à manier la caméra et finit par se reconvertir en réalisatrice. Après avoir travaillé pour une ONG locale pendant quelques temps, elle est engagée par le Consulat Britannique de Jérusalem pour réaliser un court film. Le sujet ? Les pilotes féminines en Palestine.

Accompagnée de Helen Eltrop et Sue Sanders, deux anciennes pilotes, ainsi que d'une vieille BMW, Amber Fares débute alors un voyage émotionnel complètement inattendu qui durera quatre ans. Quatre années de vitesse, de donuts et de virages serrés au cours desquelles elle s'immerge entièrement dans le monde des Speed Sisters.

"Si elles n'ont pas de place pour conduire, elles se débrouillent quand même pour en trouver", expliquait Amber Fares à Cool Hunting. Une tâche finalement assez complexe quand on sait que le pays est quadrillé de check-points militaires – et qu'une femme au volant d'une voiture filant à toute vitesse est quelque chose d'assez peu commun dans la région.

Lutter contre les stéréotypes du genre dans le monde arabe

Aujourd'hui, la réalisatrice est en train de finaliser son documentaire sobrement intitulé Speed Sisters. Un film qui raconte le parcours de Betty, Marah, Mona, Rhana et Noor dans cette pratique masculine qu'est le sport automobile, mais aussi sur leur vie personnelle. Sur le site dédié au film, Amber Fares raconte :

La course est un petit challenge comparé à celui de la vie quotidienne, qui se déroule dans un État naissant qui a du mal à gérer le conflit et l'occupation. Ces jeunes femmes doivent vivre avec le développement de leur pays, sa politique, ses tensions. Et dans le même temps, elles doivent gérer leurs propres attentes sociales et leurs choix personnels au niveau de la famille, de leurs vies professionnelle et amoureuse.

Petit à petit, le combat de ces femmes commence à résonner à travers le monde. Le mois dernier, Marah Zahalka, la benjamine des Speed Sisters qui détient le titre de "Femme la plus rapide de Palestine", s'est envolée pour New York pour participer à la conférence TEDxTeen, organisée par Nile Rodgers. À travers son histoire, sa passion pour conduire (et gagner), la jeune Marah s'est attaquée à l'occupation palestinienne ainsi qu'aux stéréotypes du genre véhiculés par les médias concernant son pays, et la maigre place qui y est attribuée aux femmes.

Pour l'instant, le documentaire d'Amber Fares n'a pas encore de date de sortie, mais une campagne de financement pour l'aider à finaliser ce projet est en ligne jusqu'au 21 mai 2014. Pour en savoir plus sur les Speed Sisters, rendez-vous sur leur site ou sur la page Vimeo de SocDoc.

À voir aussi sur konbini :