SOUFIEN 3000, un mec qui fait des beats de rap

De Lille au top du Hip-Hop sans se donner l’air de trop y toucher. Soufien 3000 fait des beats de rap, mais pas pour n’importe qui : A$AP Rocky l’a enrôlé pour en faire l’un de ses beatmakers, presque attitré. L’interessé a composé pour Live.Love et LONG.LIVE. Plutôt méconnu par ici, il est venu lever un peu le voile, et nous parle influences, rencontres, travail et avenir. L’interview d’un mec qui a le hip-hop au coeur et les idées en place.

SOUFIEN 3000, un mec qui fait des beats de rap

HAVE YOU MET SOUFIEN ?

Passé la barrière du contrôle d’identité, on va pouvoir taper dans le vif du sujet et procéder à une fouille un peu plus rapprochée. Avec un déclic hip-hop en base de création, Soufien 3000 balance quelques noms pour nous éclairer sur ses influences d’hier et d’aujourd’hui. Vingt-quatre longues années au cours desquelles la consommation de la musique a radicalement muté.

Publicité

"J’ai toujours écouté du rap. Aujourd’hui ça parait normal pour tout le monde, mais il y a de ça une dizaine d’années, le Hiphop US était encore un peu nouveau pour les français. J’écoutais beaucoup de mainstream, les productions de Timbaland ou des Neptunes par exemple. Ensuite, ces mecs là m’ont ouvert à d’autres styles musicaux parce qu’ils ne produisaient pas uniquement du rap, mais le croisaient avec d’autres styles comme la pop ou l’electro. Ils m’ont donné l’envie de comprendre comment marchait le beatmaking, et c’est à ce moment là que j’ai eu envie de rentrer dans le jeu. C’est la curiosité pour la musique qui m’a amenée à étudier la chose de façon ludique en fait, mais je prenais tellement de plaisir à en faire que depuis, je ne me suis jamais arrêté."

SOUFIEN3000

À la croisée de différentes influences musicales, le style de Soufien 3000 ne saurait se réduire à un unique qualificatif. Trop réducteur. Pour schématiser, ce serait plutôt un ménage à trois heureux : les pieds clairement dans le mouvement du Cloud Rap, nourri aux beats des producteurs mainstream du début des années 2000, les yeux tournés vers ce qui se fait à Atlanta et à Londres en terme de métissage entre rythmiques bien grasses et scansion des mots.

Publicité

"A l’époque j’aimais bien la musique synthétique qui ne ressemblait pas à ce qui pouvait se faire humainement. J'ai donc commencé par les synthétiseurs. Après, il y a eu l'émergence de producteurs comme Clams Casino et Lil B qui ont changé la musique. Ca m'a surement influencé. La Trap d’Atlanta c’est aussi un style que j’ai beaucoup écouté. Du rap sur des beats futuristes. Des gars qui parlent de vendre de la drogue, de tirer sur des gens, comme Young Jeezy ou Waka Flocka Flame."

Il aime les mecs dont la musique ne vient pas de nulle part, sédimentée dans un terrain fécond de références. C'est ce qu'il appréciait dans la Grime. Par la même occasion, c’est un manque d’inventivité qu'il reproche au rap français.

"Le rap français ne répond pas aux codes du rap US et à la limite et c’est un mal pour un bien. Par exemple j’aime pas trop le rap français fait à l’américaine. Le rap français qui a le plus de crédit c’est celui qui n'aurait jamais pu exister dans n’importe quelle ville des Etats-Unis, celui de Despo Rutti par exemple ou de Seth Gueko. Dans un autre registre, à Londres par exemple, c’est pareil avec la Grime. Avant que ce mouvement n’existe, ce qui se passait en Angleterre ne m'intéressait pas. Maintenant c'est différent."

Publicité

Quand on lui parle de musique électronique, on trouve lettre  presque morte. La soi-disant proximité musicale avec la scène électronique, il ne la conteste pas, mais elle n'est pas générale. C’est plutôt une histoire de rencontres. Comme avec Brodinski :

"Brodi passe toujours des morceaux de rap ou de la Trap, et c’est ça qui fait sa force je trouve. Il s’y connait vraiment bien en Hiphop, et de tous les DJs que j’ai vu c’est sûrement celui qui maitrise le mieux ce domaine. Dans un set il arrive à mettre tout le monde d’accord.

Au fil du temps, mes influences ont beaucoup changées, tout comme le beatmaking. Aujourd’hui ma collection de disque c’est Youtube, et je jongle de morceaux en morceaux sans aucune logique d’écoute. Ca peut passer de Gucci Mane à Nelly Furtado en un éclair."

Publicité

Tout a changé donc. Et la fabrication des beats, elle aussi, a subi des modifications évidentes. Il est loin le temps de la fame des beatmakers, même si le futur prend parfois les traits du passé. La faute à un truc qui s’appelle le Net.

"C’est vrai que sans Internet je ne serais pas là où j’en suis aujourd’hui. Donc je ne peux pas me permettre de dire que le web a tué le beatmaking. Je pense pas que les beatmakers soient plus effacés que dans les nineties. Les beatmakers stars ça existe toujours, mais leur domination est moins longue. Et puis le net permet aussi l’accès rapide à tous les contenus, mais l’évolution des moyens de communication n’a pas forcément amélioré la qualité générale de l’offre si tu vois ce que je veux dire…

En fait je ne pense pas trop au net etc. Je fais des beats, et quand ils sont bien je les envoie à des gens que j’aime bien. Je fais ça très spontanément."

DU PLAISIR AU BUSINESS

Peut-être que Soufien est une de ces exceptions qui confirment les rêgles. Car c’est grace aux immenses possibilités d’inter-connections sur Internet qu'il a pu gravir les échelons. Un jeu du sort qui l’a amené jusqu’à A$AP Rocky par le biais de... Facebook ! Un artiste qui représente aujourd’hui un niveau de l’echelle aux allures d’inaccessible. Retour sur une rencontre avenante d’accomplissement et porteuse d’espoir pour les années à venir.

"L’histoire de ma rencontre avec A$AP Rocky est assez basique en fin de compte. Je trainais beaucoup sur RealNigga, le Tumblr de A$AP Yams, le mec qui s’est chargé de faire monter Rocky. Il y postait de la musique, des trucs collectors de New York, et un jour il a posté le morceau Purple Swag, c’était bien avant qu’il n’y ait le clip. Il y avait genre 500 vues sur youtube.

Gros coup de coeur, je me suis dit “Ouah ça tue !”. Le type arrivait à semer le trouble sur ses origines, on aurait dit un mec de Houston avec un flow de Memphis. Troublant. Sauf qu’après, j’ai su par PureBakingSoda qu’il venait de New York ! PureBakingSoda a sorti un article qui compilait les morceaux de Rocky qu’il avait trouvé sur le net et ça m'a vraiment branché."

SOUFIEN3000

Séduit et guidé par un flair instinctif, Soufien s’empresse de fouiller la toile pour en savoir d’avantage sur ce jeune new-yorkais. Au bon endroit, au bon moment.

"Sur Google, il n’y avait presque rien sur A$AP, alors j’ai essayé de trouver une fanpage Facebook pour suivre son actualité, mais il n’y en avait pas non plus. Entre temps, je suis tombé sur son profil Facebook perso. Je l’ai ajouté, il a accepté l’invitation, et le jour où je l’ai vu en ligne sur le chat, je lui ai parlé pour lui demander quand est-ce qu’il sortait un projet. De fil en aiguille, je lui ai filé mon Soundcloud pour qu’il écoute les beats que j’avais déjà fait. C’est là qu’il m’a demandé s’il pouvait les utiliser pour sa future mixtape. J’ai juste dit oui, et ça a donné Acid Drip et Get Lit sur Live.Love.a$ap. Je crois même que ce sont les seules tracks de la tape qui ne soient pas des samples."

La chance sourit à ceux qui la cultivent. Maintenant, il existe une ligne directe entre Rocky et Soufien 3000, les relations sont à la coules, il fait “partie de la famille” comme dirait l’autre. Easy.

Rebelote pour le premier album : A$ap lui dit “Send me some beats”, et Soufien s’éxécute avec plaisir. Ca donne le morceau Pain sur LONG.LIVE.A$AP. Mais parlons un peu de son, car à l’écoute des trois instrus que Soufien a composé pour Rocky, on remarque entre-elles quelques ressemblances frappantes.

"Ouais t’as grillé, le début de ces trois productions sont dans le même style. Je mets quatres gros coups d’entrée de jeu, pour que celui qui écoute comprenne qu’il y a du lourd derrière. ça permet de lancer le truc, mais aussi de marquer ma signature. (faites le test) J’aime que mes productions soient reconnaissables, et je pense que ce petit trick les fait ressortir."

SOUFIEN3000

SOUFIEN 3000, LE FUTUR

Konbini : Des idées de projets à paraitre dans un futur plus ou moins proche ?

Soufien 3000 : Euh… coming very very very very soon.

K : Sous quel format par exemple ?

S : Je pense que ça va commencer par des DJ sets

K : Niveau sortie de support, vinyle, CD, nouvelles productions, y’a du nouveau en arrivage ?

S : Ca se précise gentiment… Mais je ne préfère pas parler des choses tant qu’elles ne sont pas faites

K : Ce sera ici ou ailleurs ?

S : Ce sera sur les terres de la francophonie.

K : Quelle serait ta collaboration idéale ?

S : Alors celle là on me l’avait déjà posée et j’avais répondu Britney Spears. J’assume toujours, mais maintenant j’ai une nouvelle réponse. Plutôt que d’avoir une collaboration de rêves, je préfère vivre le moment présent et affirmer mon identité et mon histoire. Donc en fin de compte, A$AP ROCKY est ma collab’ idéale. On a écouté les mêmes choses, on a le même âge donc c’est parfait.

K : Maintenant que l’album de Rocky a bien marché, qu’est ce qui a changé pour toi ?

S : La musique est devenu mon travail, et ça m’a donné beaucoup de crédit.

K : As-tu en vue d’autres collabs avec des membres de la A$AP Mafia ?

S : J’en ai quelques unes mais je sais pas encore sous quelle forme.

K : Avec qui ?

S : ASAP ANT principalement

K : SCOOP ! Une signature de prévue, un label qui t’attire ?

S : Pas de signature, si je sors un EP ce serait principalement avec moi même.

K : Tu as déjà travaillé quelques trucs pour cet éventuel EP ?

S : Ouais ouais.

K : Ca reste hip hop ?

S : Ca reste dans le goût.

K : En Instrumental ?

S : Pour l’instant ce ne sont que mes instrus… Pour le(s) guest(s) on verra plus tard.

Propos recueillis par Tomas Statius et Thomas De Ambrogi

Par Thomas De Ambrogi, publié le 19/04/2013

Copié

Pour vous :