Plongée aux sources musicales du mouvement skinhead

Le mouvement skinhead ne s'aborde pas sans parler musique. Entre le RAC de Skrewdriver, le rocksteady de Desmond Dekker et le punk des Clash, retour sur une culture éclectique par essence.

skinhead

Image tirée du film This Is England de Shane Meadows (2006)

Mercredi 5 juin, un militant de gauche prenait un coup fatal lors d'une altercation avec des skinheads d'extrême droite dans le quartier Saint-Lazare à Paris. Clément Méric, 18 ans, étudiant à Sciences-Po, est décédé hier. Depuis, on n'entend parler que de ça. Politiques et médias glosent chacun de leur côté sur "la mouvance skinhead", cette entité qu'ils ne connaissent pas ; dont ils ne comprennent ni le sens, ni l'essence, se permettant les amalgames les plus honteux et les commentaires les plus ignorants.

Publicité

Tout d'abord il s'agit de rappeler que les skinheads existent depuis la fin des années 60 et que le mouvement, alors uni, n'était en aucun cas politisé. Fondamentalement britannique, le mouvement est issu des mods, eux-mêmes opposés aux rockers.

Ska, reggae et rocksteady

Avec le hooliganisme naissant et leurs racines populaires, certains mods se radicalisent. À la rencontre des jeunes immigrés antillais et jamaïcains, les rude boys, ils partagent leur passion pour une musique commune : le rocksteady. Soit l'ancêtre du reggae.

Nous sommes à l'aube des années 1970 et le label de Chris Blackwell, Trojan Records, est la maison de disques par excellence de la jeune mouvance skinhead.

Publicité


The Upsetters - "Return Of Django" 

De cette mixité ethnique, le skinhead puise sa profonde identité musicale. Blancs comme noirs, les skinheads écoutent alors massivement les labels Stax, Motown ou encore Chess records. Mais aussi du mod beat, du ska et plus encore, le son qui cartonne à ce moment-là : le reggae.


Desmond Dekker - "Sabotage" 

Publicité

Glam, punk et oi !

C'est pendant les années 70 que le mouvement se transforme et génère l'apparition des bootboys. Ces jeunes skinheads se tournent alors vers des styles plus électriques comme le glam rock de T-Rex, celui des New York Dolls, le pub rock d'Elvis Costello, le punk rock américain des Ramones ainsi que celui des tout-puissants Stooges. The Clash, formé en 1976 sur les cendres de l'ancien groupe London SS, est composé de quatre bootboys fans de punk américain, mais aussi de reggae.


The Clash - "London's Burning" 

L'histoire du punk et celle du mouvement skinhead sont imbriquées. Mais très vite récupéré par la culture mainstream, le punk fait fuir ses premiers adeptes. Ils épousent alors le style skinhead, à la recherche d'un retour aux sources qui passe aussi par une radicalisation de leur mouvement.

Publicité

Le skinhead d'antan a grandi et s'affirme enfin clairement sur des questions sociales. On parle alors de reality punk qui donnera lui-même la Oi ! Music. Petit exemple avec les Cockney Rejects et la chanson fondatrice, "Oi Oi Oi".


Cockney Rejects - "Oi Oi Oi" 

En France, il faut attendre 1979 pour que la première compilation de musiques skin-punk fasse son apparition. Des groupes comme La Souris Déglinguée, qui sort son premier disque la même année, marquent l'émergence de cette mouvance dans l'Hexagone. D'ailleurs, bien qu'ils ne soient pas à proprement parler des skinheads, les LSD sont très suivis par les premiers skins français.


La Souris Déglinguée - "Haine Haine Haine" 

RAC

En Angleterre, le groupe Skrewdriver (soit "tournevis", du nom d'une de leurs armes favorites pour passer à l'action lors des combats de rue) se reforme à la toute fin des années 70. Après avoir été pendant plusieurs années un groupe apolitique, Ian Stuart Donaldson, son frontman, fait de sa formation une tribune néo-nazie.

Chantre du White Power, il apporte son soutien musical, personnel et politique aux mouvements néo-nazis britannique et allemand. Suivi par des hooligans à l'attitude violente qu'on nommera les Boneheads, le mouvement déclenche une vive réaction. Il créait sans le vouloir son pendant d'extrême-gauche, celui des Redskins, avec lesquels il s'affronte dans les rues.

Le style musical générique pour désigner cette mouvance raciste porte le nom de Rock Against Communism, ou RAC, en réaction au Rock Against Racism initié par des groupes tel les Clash. Même si elle est difficile à dater, on peut estimer que la profonde scission politique qui a partagé les skinheads date de ce début des années 80. Comme on l'a vu, la baston n'a jamais vraiment cessé.


Skrewdriver - "Hail The New Dawn" 

On vous conseille également : 

Par Théo Chapuis, publié le 07/06/2013

Copié

Pour vous :