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À nouveau critiqué pour son sketch "Les Chinois", Gad Elmaleh persiste et signe

Publié le

par Marie Jaso

Le sketch "Les Chinois" ? Dix minutes de néant humoristique sur la communauté asiatique.

(© M6)

Si Gad Elmaleh a bien compris les ficelles du business, pas sûr qu’il maîtrise celles de la bienséance (même si, on vous l’accorde, les deux sont bien souvent antinomiques).

En décembre 2016, la diffusion du spectacle Tout est possible – écrit à quatre mains avec son confrère Kev Adams – a créé la polémique. La raison ? Le sketch "Les Chinois" : dix minutes de néant humoristique sur la communauté asiatique.

Les deux "artistes" y campent des personnages caricaturaux et récitent des blagues racistes sur fond de choix scéniques tendancieux (entre autres, la banalisation affligeante de la yellowface à travers la lumière de couleur jaune projetée sur le visage de Kev Adams). Confirmation que si Gad Elmaleh provoquait le rire en 2006, dix ans plus tard, c’est plutôt l’indignation.

Jugé raciste, à juste titre, envers les personnes asiatiques, profondément touchées par cette déferlante de préjugés, l’exercice "comique" est rapidement pris à partie. La DJ Louise Chen signe dès le mois suivant la tribune "Pourquoi je n’ai toujours pas digéré le sketch de Gad Elmaleh et Kev Adams sur les Asiatiques" dans Les Inrocks, où elle dénonce – en plus d’exprimer son indignation – les grossières erreurs culturelles que contient le numéro :

"Lorsque j’ai vu les quelques premières secondes du sketch de Kev Adams et Gad Elmaleh je suis tombée en violent désamour avec ma moitié française. […] montrer ça à 4,1 millions de Français c’est valider des propos racistes, les normaliser et les banaliser. […] Je suis en réalité très très en colère parce qu’on a essayé de me faire croire l’espace d’un sketch que c’est ça la France de 2017"

Une initiative rapidement suivie d’un coup de gueule d’Anthony Cheylan (rédacteur en chef de Clique.TV), qui partageait dans son billet "Moi, Asiatique, j’ai mal devant le spectacle de Kev Adams et Gad Elmaleh" sa "honte que des sketches pareils soient encore possibles à notre époque, dans notre pays, […] de voir des spectateurs en rire".

Et d’ajouter :

"Je suis d’origine vietnamienne. Pendant toute mon enfance, comme tous les gamins d’origine asiatique (et plus généralement, ceux d’origine étrangère, racisés ou pas), j’ai eu droit aux remarques et aux blagues plus ou moins racistes, plus ou moins de mauvais goût. Les mêmes que celles que Kev Adams sort sur scène.

C’était il y a presque trente ans. Je pensais que la mondialisation des cultures, l’évolution des mentalités et les discours d’acceptation des minorités rendraient inconcevables des scènes pareilles en France, en 2016. J’étais sûrement naïf."

En dénonçant également une sous-représentation des Asiatiques à l’écran, communauté en marge et silencieuse, ils marquaient tous deux le début comme la fin d’un soulèvement furtif et malheureusement sans grande conséquence, du moins sur la conscience des auteurs.

"Ne pas apprendre de ses erreurs", définition :

Apprenant que le numéro allait être rediffusé sur W9 le 17 avril dernier – et perdant au passage une bonne occasion de faire profil bas – Gad Elmaleh décide de partir en croisade contre ses anciens détracteurs sur les réseaux sociaux. Une provocation gratuite, voire une incitation à la haine et au harcèlement, aussi immature qu’irresponsable lorsqu’on connaît l’influence de l’humoriste, suivi par huit millions de personnes sur Twitter.

En faisant le choix facile de l’humiliation d’autrui pour sa propre promotion, l’artiste persiste et signe : il se trouve hilarant et ceux qui pensent le contraire seraient visiblement dénués d’humour. Parce que, quand même, véhiculer des clichés ancestraux, c’est subtil et désopilant, non ? Non, définitivement, non. C’est même plutôt désolant.

À la suite de la rediffusion du numéro en question, des centaines d’internautes ont interpellé Netflix, afin que la plateforme mette un terme à sa collaboration avec Gad Elmaleh, avant de saisir le CSA. Preuve qu’il est grand temps de mettre un terme à un racisme (pas si latent) qui insulte et blesse les communautés diverses qui font la France, mais jugé acceptable parce que drapé dans l’étendard de l’humour.

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