Shea Serrano, l'hilarant infographiste du rap game

Il paraît qu'"un bon croquis vaut mieux qu'un long discours". Le journaliste Shea Serrano a pris la maxime à coeur et distille ses analyses sur le hip-hop ou le basket par des schémas informatifs et humoristiques. 

(Crédit Image)

Shea Serrano - (Crédit Image)

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Il est Mexicain, vit aux États-Unis. Il a 33 ans "comme Jésus quand il est mort", nous écrit-il, avant d'ajouter : "c'est ce qui fait que je suis assez nerveux en ce moment".

Shea Serrano est journaliste. Il officie pour le magazine Grantland, webzine généraliste basé à Los Angeles, mais aussi pour LA Weekly où il  tient notamment la rubrique "Why This Song Sucks" ("Pourquoi cette chanson pue"). On croise ses articles sur XXL, Complex et Village Voice entre autres choses. Il écrit en grande majorité sur le rap et le basket : "Ce sont mes deux choses favorites au monde et je n'ai jamais compris pourquoi les gens font des choses qu'ils n'ont pas envie de faire", précise-t-il.

Mais contrairement aux autres, Shea Serrano a un truc en plus qui accroche la rétine. Et ce n'est pas sa prose pourtant si déliée ou ses impressionnantes références qui feraient, pourtant, pâlir n'importe quel spécialiste.

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Data et Bullshit

Après un apprentissage long et douloureux du métier de journaliste –  "t'as déjà vu le film Kickboxer ? [avec Jean-Claude Van Damme, ndlr] En gros, ça s'est passé comme ça mon apprentissage du journalisme. Seulement, à la place d'apprendre à se battre, j'ai appris à écrire" –, Shea se met à écrire.

"J'écris simplement tout ce qui me passe par la tête. Parfois c'est drôle et d'autres fois c'est juste stupide"

D'abord sur le sport, le jeune homme exerce son imagination en mettant sur pied des interviews par texto des stars de la NBA. Gregg Popovich, l'entraîneur des Spurs en tête :

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Tu sais j'aime juste essayer des choses. Je ne sais pas bien pourquoi ce concept a pris [celui des interviews textos, ndlr]. Ça m'a surpris. Puis je dois dire que je n'ai pas été le premier à le faire. Je pense que c'est le simple fait que Gregg Popovich [l'entraîneur des San Antonio Spurs, ndlr] y réponde qui a rendu le format populaire. Gregg Popovich est le meilleur.

Ayant dans l'idée par la suite de faire dans l'image plutôt que dans le texte, Shea Serrano chope ses crayons, ses pastels et se met à croquer le milieu au centre de toutes ses attentions : le rap. Quelques caricatures plus loin naît l'idée des matrices, sortes de graphiques à (fausse) allure de scientificité où Shea mélange allègrement érudition, "bullshit" et même parfois data (voir le graphique consacrée à Illmatic de Nas) pour donner naissance à un truc hybride qu'on n'avait jamais vu jusqu'alors.

La matrice du rap West Coast selon Shea Serrano - Crédit Image Grantland

La matrice du rap West Coast selon Shea Serrano - Crédit Image Grantland

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L'intéressé explique : 

J'ai inventé les "matrix". J'ai également inventé les "bar graphs" (mais pas les graphiques circulaires). C'est moi qui ait eu l'idée, personne d'autre. Tout est de moi.

Ce goût pour la blague et les représentations graphiques lui valent le respect de ses pairs. À commencer par Jeff Weiss, sorte d'éminence grise du journalisme rap outre-Atlantique :

Tu sais, il y a pas mal de super journalistes musicaux par ici, je ne suis pas le seul. Cela dit je suis content de pouvoir dire que je suis très lié avec une bonne partie d'entre eux.

"Si je me bats contre ce rappeur, est-ce que je gagnerai ?", un graphique par Shea Serrano - Crédit Image Grantland

"Si je me bats contre ce rappeur, est-ce que je gagnerai ?", un graphique par Shea Serrano - Crédit Image Grantland

Amuseur anonyme

Shea n'a pas que des bonnes idées. C'est aussi un mec plutôt marrant qui n'hésite pas à mêler ses analyses justes et fines (son papier sur YG est un exemple en la matière) à la blague et à un soupçon de subjectivité. Exemple  :

Actuellement je travaille sur une matrice sur les meilleurs basketteurs de l'histoire et les quatre variables sont : Incroyable, Incroyable, Incroyable, Incroyable. Et le seul à être présent est Tim Duncan : il est dans les quatre coins.

Doué et habile, Shea Serrano a également à son actif quelques coups de buzz dont on lui a trop peu attribué la paternité.

Drake / Walter White / Draking Bad - (Crédit Image)

Drake / Walter White / Draking Bad - Crédit Image Shea Serrano

Les pastels de Drake dans Breaking Bad ? Lui. La représentation presque exhaustive de l'influence d'Illmatic sur le rap, statistiques à l'appui ? Lui encore.

À ce jour, son méfait le plus grandiose reste probablement ce cahier de dessin et d'activités "hip-hop" co-signé avec Bun B, dont le Washington Post fit un jour l'éloge : "ce livre est probablement ce que n'importe quel fan de hip-hop aimerait offrir à ses enfants". 

Les schémas de Shea se promènent même sur Twitter. 

Pas prétentieux pour un sou, Shea confie parfois que ses bonnes idées se retournent parfois contre lui. Quand un internaute zélé lui reproche un bon mot ou quand certaines de ses blagues tombent à plat. Lui reste alors l'enthousiasme du prochain projet à mener et le plaisir de faire ce qui lui plaît. Il ne nous a rien dit d'autre :

J'écris simplement tout ce qui me passe par la tête. Parfois c'est drôle et d'autres fois c'est juste stupide.

Pour le reste Shea avoue adorer dessiner et redouter un peu plus le moment où tout le monde commente ses prises de position sur Twitter. Il est sûr de pouvoir battre Rick Ross à la bagarre (voir le diagramme ci-dessus). Et un jour il pondra une matrice bleu-blanc-rouge. On y retrouvera trois éléments imposés : Tony Parker, Boris Diaw et les frites.

L'imagination fera le reste.

Publié le 15 septembre 2014 à 16h02.

Par Tomas Statius, publié le 15/09/2014

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