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Shark Week, la semaine de docus (pas si scientifiques) sur les requins

Publié le

par Thibault Prévost

Depuis 1988, Discovery Channel consacre une semaine par an à la célébration du requin et de sa légende. Et la rigueur scientifique cède parfois la place au sensationnalisme.

Chompie prend le métro avant d'aller casser la croûte. (© Discovery)

Une des "semaines saintes" de l'année médiatique, selon Stephen Colbert, vient de s'ouvrir aux États-Unis. Depuis dimanche, Discovery Channel a lancé sa 28e "Shark Week", une semaine de programmes documentaires et fictionnels entièrement dédiés au terrible et fascinant requin, mâle alpha des océans et masticateur occasionnel de chair humaine a la plancha (de surf). Lancée en 1988, la Shark Week s'est doucement mais surement insérée dans le calendrier rituel de la pop culture américaine, quelque part entre les finales NBA et le Super Bowl, et est devenue un tête-à-tête annuel avec l'une de nos peurs les plus irrationnelles.

Depuis dimanche, donc, après un grandiloquent compte à rebours en ligne et le gonflage solennel d'un requin de plastique géant – "Chompie Jr."– devant ses locaux de Silver Spring (Maryland), Discovery a démarré les festivités. Comme chaque année, les audiences devraient un peu plus sanctifier le programme dans le panthéon pop-culturel – mine de rien, précise The Atlantic, le show détient le record de longévité de la télé câblée américaine. Signes de cette digestion par la culture populaire ? Le show a son compte Twitter, son jeu à boire officiel, une gastronomie à thème ou encore un Tumblr "Fuck Yeah Shark Week", et les chaînes concurrentes proposent évidemment leurs ersatz de la sainte semaine pour récupérer une part d'audience (Nat Geo, par exemple, l'assume avec une honnêteté irréelle).

Du grand n'importe quoi

En 2016, les amateurs de squales pourront donc se délecter de docus-fictions savoureux et sanguinolents tels qu'Isle of Jaws, Shark After Dark (une émission présentée par le réalisateur Eli Roth), Nuclear Sharks (dans lequel on retrouvera le fils du commandant Cousteau) ou le bien nommé Sharksanity. À cheval entre l'émission documentaire et le gros délire potache à mater en pyjama en vidant négligemment un saladier d'ailes de poulet, la Shark Week est donc un drôle d'objet télévisuel, à double tranchant pour la vulgarisation scientifique, qui joue sur le mythe d'un animal à la dangerosité en grande partie fantasmée. Problème : ces dernières années, au nom du divertissement, Discovery a poussé le sensationnalisme un peu loin, oubliant de plus en plus sa mission documentaire. Jusqu'à franchir le Rubicon de la fiction, à dos de requin.

En 2013 et 2014, Discovery pondait Megalodon: The Monster Shark Lives et sa suite, Megalodon: the New Evidence, deux documentaires accrocheurs qui relataient la quête d'un groupe de scientifiques pour retrouver un spécimen de requin préhistorique disparu il y a un million d'années, et évidemment gigantesque (ses dents feraient "la taille d'une main d'adulte"). Fascinant... et totalement faux. "Scientifiques" acteurs, événements scriptés, absence totale de preuves et de méthode... Discovery, chaîne réputée pour ses documentaires, avait simplement tourné un téléfilm pour l'occasion et oublié de prévenir son public (d'autant que Megalodon a évidemment réalisé la meilleure audience de l'histoire du programme).

Face à la controverse, Discovery a finalement fait acte de contrition et promis plus de rigueur scientifique pour les années à venir. Et selon le webzine Vox, qui a interrogé un biologiste marin pour lui demander de classer les différents documentaires par intérêt scientifique, la chaîne a plutôt tenu ses promesses depuis. Plus de biologie, plus de travail de recherche, bref, plus de science... ce qui n'empêche pas d'offrir des sujets à faire pâlir les squalophobes. Alors même que la surpêche est doucement mais sûrement en train de décimer la population de requins dans les eaux du globe.

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