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Silent Hill, Power Rangers et fresque sociale : notre sélection BD et comics d’octobre

Publié le

par Florian Ques

De The Wicked + The Divine à Overwatch, voici un panorama éclectique des sorties de ce mois d’octobre.

Chaque mois, c’est la même rengaine. Les maisons d’édition proposent tout un lot de nouvelles bandes dessinées - et autres comics made in USA - afin de régaler les amateurs d’histoires graphiques. Comme leurs publications sont nombreuses (voire innombrables), on a pris l’initiative de dresser une petite sélection des ouvrages qui nous ont le plus marqués en ce mois d’octobre. Entre des dieux qui tentent de s’entre-tuer et d’anciens super-héros coincés dans une dimension parallèle, il y en aura pour tous les goûts.

The Wicked + The Divine (tome 3)

© Glénat Comics.

Plus que jamais, le Panthéon est en péril. Tandis que l’empathique Inanna a trépassé dans d’étranges circonstances, faisant suite à la disparition de Luci dont la boîte crânienne avait explosé, les autres dieux sont en totale ébullition. Chacun y va de sa propre théorie, des alliances se forment et des suspects de choix se placent dans leur viseur. En charge de leur destinée sur Terre, la troublante Ananke continue de semer le trouble et mettre en œuvre ses desseins funestes.

Définitivement l’un des comics indépendants les plus bluffants de cette décennie, The Wicked + The Divine fait son come-back avec un troisième opus saisissant. Si plusieurs zones d’ombre persistent, l’intrigue avance chaudement et les divinités du Panthéon gagnent en profondeur. Pour ce nouveau tour de piste, l’indéfectible Jamie McKelvie pose son crayon et cède sa place de dessinateur à toute une flopée d’artistes. Consacré à un dieu différent, chacun des cinq chapitres est effectivement illustré par un talent invité, de la française Stéphanie Hans à Leila Del Duca (à qui l’on doit Shutter, également dans notre sélection mensuelle).

The Wicked + The Divine, tome 3, de Kieron Gillen, Jamie McKelvie et Matthew Wilson, est paru le 4 octobre aux éditions Glénat Comics (17,50 euros).

Silent Hill (tome I)

© Mana Books.

Jack Stanton a merdé, et il va avoir une prise de conscience amère. Surnommé le Chiot pour une raison absolument tordue, ce tueur à gages est un fidèle homme de main du menaçant Finn Conway, auquel il est supposé être complètement loyal. On dit bien "supposé", puisque notre héros s’est amouraché de Jill, l’épouse de son boss, et les deux amants maudits entreprennent de fuir. Dans leur cavale, alors que les sbires de Conway sont à leurs trousses, ils atterrissent à Silent Hill. Ce ne sera que leur première erreur.

D’abord une franchise de jeux vidéo nippone débarquée en 1999, le monde glauque et oppressant de Silent Hill fait depuis les beaux jours du box-office américain. Conçue comme un one-shot, l’histoire de notre antihéros Jack Stanton est prenante. Publié en 2008 aux States, ce tome intitulé Rédemption est le bébé de Tom Waltz et de l’illustrateur Steph Stamb. Une fois n’est pas coutume, ce dernier a opté pour un style sombre, comme balayé, qui accentue encore davantage l’atmosphère anxiogène de la bourgade peu rassurante de Silent Hill.

Silent Hill, tome I, de Tom Waltz et Steph Stamb, est paru le 5 octobre aux éditions Mana Books (14 euros).

Power Rangers Pink

© Glénat Comics

Après avoir passé des années à protéger la planète des menaces extraterrestres, Kimberly Hart a troqué son costume rose pétard de Power Ranger pour une tenue réglementaire de gymnaste. Alors qu’elle s’inquiète de ne pas avoir de nouvelles de sa mère, l’ex-justicière se rend à Saint Moineau, petit village français où sa famille réside. Sur place, elle se rend vite compte que les habitants sont asservis par une créature reptilienne, et ce n’est que la pointe immergée de l’iceberg. Livrée à elle-même, Kimberly devra se battre pour protéger les siens, coûte que coûte.

Rebootée en comics depuis 2016 de l’autre côté de l’Atlantique, Power Rangers est avant tout une série jeunesse cultissime qui brave les délimitations des générations. Cette fois-ci, BOOM ! Studios braque ses projecteurs sur le Ranger rose, souvent sous-estimée et catégorisée comme trop "girly". Ici, Kimberly Hart nous prouve qu’elle est tout le contraire d’une écervelée superficielle, alliant une bravoure respectable et une intelligence profondément humaine, étant souvent taraudée par des questionnements existentiels. Power Rangers Pink est un one-shot efficace, fluide et suffisamment abordable pour ne pas nécessiter une expertise de l’univers avant la lecture.

Power Rangers Pink, de Kelly Thompson, Brenden Fletcher, Daniele Di Nicuolo et Sarah Stern, est paru le 11 octobre aux éditions Glénat Comics (9,99 euros).

L’air de rien

© Dargaud.

Un couple qui se prend la tête, des copines qui jacassent en terrasse d’un café, un vieillard qui ronchonne dans les transports en commun… Tous ces personnages (et non uniquement personnes tant on effleure le stéréotype) de la vie de tous les jours, on les connaît. On les a déjà croisés, au moins une fois, parfois plus, dans ces moments anodins du quotidien.

Dans un album diablement efficace, l’auteure française Aude Picault s’attaque avec distance et légèreté à ces archétypes ambulants. Chaque page est pour elle l’occasion de dépeindre une nouvelle situation, une nouvelle interaction sociale à laquelle nous avons probablement assisté, voire participé. Sans décrier, ni critiquer, L’air de rien passe au crible la société urbaine de notre époque, mettant en lumière des thématiques comme le genre, l’amour, la sexualité. Une illustration simpliste mais ciblée, en association avec des dialogues hypercrédibles, fait de cet ouvrage une lecture brillante, et surtout éclairée.

L’air de rien, d’Aude Picault, est paru le 13 octobre aux éditions Dargaud (16,45 euros).

Shutter (tome I)

© Glénat Comics

Dans un monde alternatif, voire futuriste, Kate Kristopher est une légende. Fille d’un explorateur de grande renommée, elle a longtemps marché dans les pas de ses aînés, voyageant de contrée en contrée, cumulant les batailles face à des créatures menaçantes. Depuis quelques temps, la jeune femme a pourtant tourné la page pour s’enfoncer dans un train de vie plus routinier, et surtout plus reposant. L’accalmie n’est que passagère lorsque des secrets de famille font surface, venant chambouler tout ce qu’elle prenait pour argent comptant. Il est alors temps de serrer les poings et de ressortir les armes.

À première vue, Shutter est un étrange cocktail d’influences diverses, empruntant les codes de l’épopée fantastique et les mélangeant avec des personnages qu’on jurerait à la fois tirés de la franchise Tomb Raider et des contes de Lewis Carroll. Aussi déroutant que ça puisse être, le résultat fonctionne. Rythmée, l’intrigue de ce premier volume se laisse facilement dévorer, notamment grâce à une héroïne badass attachante et des interactions ingénieusement rapportées. On tient là les prémices d’un univers étendu et prometteur.

Shutter, tome I, de Joe Keatinge et Leila del Duca, paraîtra le 18 octobre aux éditions Glénat Comics (15,95 euros).

Black Hammer (tome I)

© Urban Comics.

Barbalien, l’extraterrestre au cynisme piquant. Gail, la femme fatale coincée dans un corps de gamine. Ou encore Abraham, le héros taciturne. Leur point commun ? Tous sont des super-héros à la retraite, ayant fait une croix sur leur âge de gloire durant lequel ils sauvaient les habitants de Spiral City. Désormais, ils habitent dans une bourgade américaine isolée et s’efforcent de mener des vies humaines lambda. La vérité, c’est qu’ils sont cloisonnés dans une sorte de dimension parallèle dont il est vraisemblablement impossible de s’échapper. À moins que…

Déjà bien rodé à l’exercice des comics de super-héros (Green Arrow, Teen Titans), le scénariste Jeff Lemire signe là une histoire plus maîtrisée, plus intimiste et, forcément, plus humaine. Chaque protagoniste est creusé avec suffisamment de minutie qu’il n’est pas difficile de ressentir de l’empathie à son égard. Cet opus inaugural est sublimé par la patte délicieusement rétro de Dean Ormston, lequel a opté pour des couleurs volontairement ternes qui donnent à ce volume une esthétique vintage, comme un hommage réfléchi aux anciens comics de l’époque.

Black Hammer, tome I, de Jeff Lemire et Dean Ormston, paraîtra le 20 octobre aux éditions Urban Comics (10 euros).

21st Century Tank Girl

© Ankama

Tank Girl est une Riot Grrrl sans équivoque, avec son crâne quasi rasé et ses énormes bottes militaires. Avec son allure massive malgré son gabarit peu imposant, elle erre sur ce qui semble être une Australie alternative, presque postapocalyptique. Son fidèle acolyte ? Un kangourou qui parle, avec un penchant tout particulier pour les bolides qui en jettent. À chaque nouvelle mésaventure, une chose est sûre : mieux vaut ne pas trop chercher Tank Girl.

Pépite des 90’s, l’héroïne de 21st Century Tank Girl est profondément ancrée dans une culture punk et destroy, sublimée grâce à un humour typiquement british. Avec des intrigues souvent insensées et absurdes, ce comics rétro fait penser au plus récent I Hate Fairyland. Des références pop astucieusement parsemées (de Roger Moore à Ferris Bueller’s Day Off), un phrasé punchy et des jeux de mots à la pelle font de 21st Century Tank Girl un OVNI graphique unique en son genre.

21st Century Tank Girl, de Jamie Hewlett et Alan Martin, paraîtra le 20 octobre aux éditions Ankama (13,90 euros).

Ils sont (aussi) dans notre radar

The Walking Dead, tome 28, de Robert Kirkman et Charlie Adlard, est paru le 4 octobre aux éditions Delcourt (14,95 euros).

• Qu’adviendrait-il si le Cloud était détruit et les moindres secrets de l’Humanité étaient accessibles par tout un chacun ? Voilà le pitch glaçant de The Private Eye, digne d’un épisode de Black Mirror.

The Private Eye, de Brian K. Vaughan et Marcos Martin, est paru le 6 octobre aux éditions Urban Comics (28 euros).

• Sid, un jeune homme désœuvré, se fait alpaguer par un gang violent dont les membres ont des pouvoirs grâce à une araignée surnaturelle qui sommeille en eux. En gros, Spiderman en plus perché.

Weavers, de Simon Spurrier et Dylan Burnett, est paru le 13 octobre aux éditions Ankama (13,90 euros).

• Grâce à ses yeux vairons, la jeune Ashley peut saisir la nature profonde des gens qu’elle croise, quitte à entrevoir des êtres terrifiants. Avec des amis rencontrés en ligne, elle va tenter de comprendre l’origine de son don à travers un road-trip puissant.

Juste un peu de cendres, de Thomas Day, paraîtra le 25 octobre aux éditions Glénat Comics (17,95 euros).

• Jeu vidéo à succès qu’on ne présente plus, Overwatch décline son univers et ses protagonistes dans un préquel aussi bavard que prenant.

Overwatch Origines, ouvrage collectif, paraîtra le 26 octobre aux éditions Mana Books (15 euros).

• Malgré la précarité et les mauvaises influences, les Chicanos de Los Angeles forment une famille soudée et décadente dont les mésaventures savent redonner le sourire.

Homies, de David Gonzales, Elliott R. Serrano et Andrew Huerta, paraîtra le 27 octobre aux éditions Ankama (15,90 euros).

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