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Rencontre avec l'artiste visuel Romain Tardy, créateur d'émotions

En s'associant à The Absolut Company Creation, le Français Romain Tardy a créé la première machine intelligente qui perçoit la musique comme une émotion : OX. Rencontre.

Romain Tardy aux commandes de sa machine à la Gaîté Lyrique (© AKU – AMARIC ).

Romain Tardy aux commandes de sa machine à la Gaîté Lyrique (© AKU – AMARIC ).

Cette installation lumineuse matérialise sous forme graphique, numérique et cinétique la musique qu’elle analyse comme une émotion. Pilotée par un logiciel spécialement développé par l'occasion par le duo français Uncoded, l'OX intègre entre autres un algorithme d'analyse audio et de détection des émotions dans la musique.

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Nous avons discuté avec Romain Tardy pour en savoir plus sur cette machine d'un nouveau genre.

© AKU – AMARIC

"L'OX me fait revenir à mes premières amours"

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Konbini | Dans un premier temps, peux-tu nous en dire plus sur toi ?

Romain Tardy | Je suis artiste visuel spécialisé dans les outils numériques. J'ai commencé aux alentours de 2008, pendant que j'étais aux Beaux Arts, par le biais du VJing [qui consiste à créer ou à manipuler une image en temps réel, via la médiation technologique et en direction d'un public, en synchronisation avec la musique, ndlr] qui était un peu mon premier contact avec le monde de la musique électronique.

Après quelques années passées dans cet environnement, j'ai eu envie de sortir du monde du club pour développer des installations dans d'autres contextes. Aujourd'hui, je travaille principalement avec des musées, des centres d'art, des festivals d'arts numériques etc. L'OX me fait revenir à mes premières amours, en quelque sorte.

Comment est né ce projet ?

Il est né à l'initiative de The Absolut Company Creation, il y a un an. The Absolut Company Creation était à la recherche d'un dispositif scénographique pour faire une tournée de clubs, orientée musique électronique en France.

(© AKU – AMARIC)

© AKU – AMARIC

"Jusqu'à quel moment tu reconnais encore ta création ?"

Ça t'arrive de ne pas reconnaître certains de tes éléments graphiques dans les combinaisons que l'OX opère ?

Oui, c'était toute l'idée de ce projet. Et ça rejoint la problématique plus globale de l'intelligence artificielle : quelle est ta part de décision, ta part de soumission à l'outil ? Et jusqu'à quel moment tu reconnais encore ta création, quand ce n'est plus toi qui l'actives au moment où elle a lieu ?

Même dans un contexte festif comme le club, on peut soulever ce genre de questions. On a un peu trop tendance à considérer le club comme une expérience purement divertissante, ce que c'est sur le moment bien sûr, mais on peut aussi s'y poser d'autres questions. Ce n'est pas pour rien qu'il y a eu des études sociologiques dessus, qui s'interrogeaient sur des questions comme "qu'est-ce que ça veut dire de se rejoindre pour faire à l'époque une rave party, qu'est-ce que ça dit de la société, du monde dans lequel on vit ?"

Le rapport de l'homme à la machine, à l'intelligence artificielle est une des choses qui est en jeu dans ce projet.

Justement, n'as-tu pas peur que l'OX déshumanise un petit peu la performance du VJ et du DJ ?

Le défi du projet est aussi là : tout en reconnaissant une forme d'intelligence et de sensibilité à l'installation, on peut aussi mesurer l'écart qui nous sépare d'elle en tant qu'humain.

Dans tous les cas, je ne pense pas que ça déshumanise la soirée, car l'entité qui reste aux commandes de cette machine, c'est le DJ. Le stimuli de base est avant tout humain.

Le DJ Ben Vedren en pleine démonstration, le 2 juillet dernier à la Gaîté Lyrique (© AKU – AMARIC).

Le DJ Ben Vedren en pleine démonstration, le 2 juillet dernier à la Gaîté Lyrique (© AKU – AMARIC).

"L'influence de ce qu'on écoute par rapport à ce qu'on voit est immense"

Tu as déjà vu ta machine en action, dans un club, avec un public ?

Je ne l'ai vue qu'une seule fois en club, à l'UBU de Rennes. C'était la première date de la tournée OX, il y avait deux DJs qui en plus se connaissaient bien, La Mverte et Alejandro Paz [le 30 janvier 2016, ndlr].

Ce qui était assez beau à voir, c'est que c'était leur énergie qui était transmise à la fois au public et à l'installation. Même si c'est la même installation et le même algorithme qui la gère, on en a une perception très, très différente en fonction du contexte. Si on en train de vivre cette expérience avec l'OX en club, on n'en percevra pas du tout la même chose que si on est simplement en train de la regarder comme une sculpture – ce qui n'est d'ailleurs pas le but initial.

Jusqu'ici, OX est destinée aux clubs, mais pourrait-on à termes l'imaginer évoluer dans d'autres environnements ? Dans un orchestre par exemple, ou un ballet...

Ça pourrait être hyper intéressant de la confronter à d'autres types de musique. Jusqu'ici, comme on est resté dans le cadre du club, l'OX n'a eu affaire qu'a un certain type de musiques dansantes – de la techno principalement, avec des métriques régulières.

Mais pendant les tests de développement, on l'a fait réagir à des musiques qui n'avaient rien à voir, et on a été surpris. Il m'est arrivé (notamment parce que j'en avais marre d'écouter de la techno à certains moments) de mettre Les Nocturnes de Chopin, ou un morceau de Jacques Brel, ou de la grosse trap... Et là, ça devient tout autre chose, tant dans la réaction de la machine que dans notre lecture. L'influence de ce qu'on écoute par rapport à ce qu'on voit est immense, de toute façon.

© AKU – AMARIC

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Les deux prochaines dates pour découvrir OX :

Suivez l'évolution de OX sur la page Facebook de The Absolut Company Creation, et découvrez les autres travaux de Romain Tardy sur son site.

Par The Absolut Company Creation, publié le 19/07/2016

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