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Riad Sattouf, Fauve d'or d'un Angoulême pas comme les autres

Pour sa 42è édition, le Festival international de la bande dessinée d'Angoulême a distingué de son Fauve d'or l'auteur Riad Sattouf. Cette année, Angoulême résonnait également de la grogne des auteurs de BD et de commémorations en l'hommage de Charlie Hebdo.

Détail de la couverture de L'Arabe du Futur, l'histoire de l'enfance de Riad Sattouf (Crédits image : Riad Sattouf)

Détail de la couverture de L'Arabe du Futur, l'histoire de l'enfance de Riad Sattouf (Crédits image : Riad Sattouf)

À 36 ans, Riad Sattouf a reçu le Fauve d’or du meilleur album de bande dessinée, dimanche 1er février, pour le premier tome de L’Arabe du futur. En 2009, l'auteur le décrochait une première fois pour le tome 3 de Pascal Brutal, Pascal Brutal cube, Plus fort que les plus forts, publié chez Fluide Glacial.

L’Arabe du futur tome 1 est l'entame d'un récit autobiographique qui raconte l'enfance de l'auteur dans la Libye de Kadhafi et la Syrie de Hafez Al-Assad. Né à Paris, Riad Sattouf a passé une bonne partie de son enfance en Algérie, en Libye et en Syrie. Aussi réalisateur des Beaux Gosses en 2009 et Jacky au Royaume des Filles en 2014, l'auteur de bande dessinée a commencé ce roman graphique avec le début de la guerre civile syrienne, dont son père est originaire, et compte publier le troisième et ultime tome en 2016.

Outre le Grand prix 2015 décerné à Katsuhiro Otomo pour l'ensemble de son œuvre (et surtout la série séminale Akira), le jury a remis son prix spécial à Chris Ware pour son livre Building Stories paru chez Delcourt. Quant à la meilleure série, c'est Lastman qui en reçoit les lauriers : un manga, certes, mais français ! Puisque signé par le trio Bastien Vivès, Mickaël Sanlaville et Balak, et édité chez Casterman.

Autres prix principaux décernés à Angoulême pour cette 42è édition :

  •  Prix révélation : Yekini le roi des arènes (FLBLB), par Lisa Lugrin et Clément Xavier
  •  Prix du patrimoine : San Mao (Fei Editions), par Zhang Leping
  •  Prix du public : Les Vieux fourneaux (Dargaud), par Wilfrid Lupano et Paul Cauuet
  •  Prix du polar : Petites coupures à Shioguni (Philippe Picquier), par Florent Chavouet
  •  Prix jeunesse : Les Royaumes du Nord, tome 1 (Gallimard), par Clément Oubrerie et Stéphane Melchior.

L'ombre des attentats de Charlie Hebdo

Même si la traditionnelle ambiance potache qui règne à la préfecture de la Charente lors de cet événement était au rendez-vous, moins d'un mois après les attentats meurtriers qui ont décimé la rédaction de Charlie Hebdo, l'édition 2015 du festival vibrait inévitablement du ton des hommages.

Tout d'abord, le journal satirique s'est vu récompenser par un Grand Prix spécial pour s'ensemble de son œuvre et dimanche, le premier prix de la liberté d'expression a été décerné aux dessinateurs assassinés. Selon Libération, le dessinateur Blutch, venu récupérer le prix pour ses camarades sur scène, a rappelé que malgré le soutien national aux auteurs de Charlie Hebdo, le consensus, c'était pas trop leur truc :

Nous, la bourgeoisie éclairée, on a beau marcher en chœur, il s’est passé quelque chose de grave. Le mal est fait. Je m’excuse mes chers collègues, mais il n’y a pas de paradis. Vous êtes tous seuls. Il n’y a que ce que vous faites, que ce que vous dites.

Hommage tout autre, dimanche matin, lorsqu'Angoulême a célébré l'inauguration de sa nouvelle "place Charlie", en présence d'Alain Juppé et de Patrick Ausou, président de l'association du Festival d'Angoulême. Selon Sud Ouest, lors d'un petit discours, il a exprimé le souhait "Que cette place devienne un lieu de parole et d'échanges d'idées, un lieu de liberté d'expression pour tous les citoyens".

"Trouvez-nous un slogan !"

Or il y avait d'autres combats à mener ce weekend du 42è festival de la bande dessinée. Samedi, environ 500 personnes ont manifesté à la "marche des auteurs pour la création", regroupés derrière une banderole sur laquelle était écrit "Sans les auteurs, plus de BD. Les auteurs plus qu’à poil".

Les auteurs, scénaristes, dessinateurs, coloristes, manifestent contre le projet d’augmentation de cotisation de retraite complémentaire qui mènerait à une précarisation grandissante de leur métier. Selon Le Monde, cette réforme ponctionnerait les auteurs de l’équivalent d’un mois de salaire, alors que la grande majorité d’entre eux ne gagne pas le smic – elle sera obligatoire à partir de l'an prochain.

L'envoyé spécial du quotidien explique que monde du neuvième art oblige, la manifestation est bon enfant et les harangues davantage des caricatures de slogans que de véritables revendications : il entendra des "Trouvez-nous un slogan !" lancés par le célèbre auteur Lewis Trondheim avant que suivent "Ils sont méchants, pas nous""Le soleil est avec nous" ou encore "CRS = Tendresse".

Une fois parvenu à son point d'arrivée, l'Hôtel de Ville d'Angoulême, le scénariste Fabien Velhmann prenait la parole et dressait un parallèle avec l'audace que l'opinion prête aux dessinateurs depuis la tuerie de la rédac' de Charlie :

À l’heure où, dans notre profession, certains se prennent à douter, se demandent si ce qu’ils font a un sens, s’il y a encore le moindre intérêt à faire nos petites cases à la con, nos petites BD tout seul dans notre coin, ces meurtres constituent une violente et aberrante piqûre de rappel : il faut croire que dessiner peut parfois avoir du poids, puisqu’on peut se faire tuer pour ça, déclare-t-il.

Le paradoxe absolu de cette situation, c’est qu’alors même que l’on voit fleurir partout les preuves d’un puissant attachement au dessin, à la liberté d’expression et à la culture, notre profession se porte mal, nous obligeant aujourd’hui à manifester notre colère.

Par Théo Chapuis, publié le 02/02/2015

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