Presque célèbres : ces rappeurs US au passé graphique difficile

Ils sont aujourd'hui sous la lumière, se la jouent gangsta et jouissent d'une image de pontes dans le rap jeu. Mais hier, qu'étaient-ils et que faisaient-ils ? Retour sur le passé compliqué de certains MCs dont l'esthétique des premiers projets laissait foncièrement à désirer.

Tout le monde fait des erreurs. Y compris les rappeurs qui débutent. Ils ont beau évoluer, renier leur passé en essayant de brûler de vieux dossiers, les preuves de leurs premiers balbutiements dans le game restent indélébiles. Et avec l'Océan nommé Internet, tout peut remonter à la surface.

Il est intéressant - et drôle - de voir ce qu’étaient certains rappeurs avant qu’ils ne percent. L’époque où ils avaient un style plus qu’approximatif. L’époque où ils étaient leurs propres designers graphiques. L’époque où ils ne faisaient pas très attention à leur image. Heureusement, la cover ne fait pas le rappeur.

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Kendrick Lamar (2005)

On commence soft, avec cette première pochette. C’était il y a presque dix ans. L'époque où Kendrick Lamar ne s’appelait pas encore Kendrick Lamar. Mais K-Dot. C’est sous ce nom qu’il sort en 2005 sa deuxième mixtape, Training Day.

Jaquette de Training Day, la deuxième mixtape de Kendrick Lamar sortie en 2005

Jaquette de Training Day, la deuxième mixtape de Kendrick Lamar sortie en 2005

26 tracks, et déjà du lourd. Dès la première piste, "One shot kill", le MC de Compton rend hommage à sa chère West Coast. Le morceau débute par la célèbre boucle au piano de Still Dre, et se poursuit avec un sample du violent "Hit’em up" de Tupac.

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Kendrick, ou plutôt K-Dot, rappe avec un flow déjà bien aiguisé et une voix un peu moins nasillarde qu’aujourd’hui. Huit ans avant qu'il ne prenne le "Control" aux côtés de Jay Electronica sur un couplet qui fera beaucoup parler, il s’autoproclamait déjà "The best rapper alive". Certes, il lui reste un peu de chemin avant de le devenir vraiment - à l'heure où les Eminem, Jay Z et autres 50 Cent ne seront plus là pour se disputer ce statut - mais il fait déjà partie des meilleurs rappeurs d'une génération qui vient prendre le pouvoir.

Côté look, on lui pardonnera son sweat un peu louche et sa boucle d’oreille qui brille tellement qu’elle nous fait mal aux yeux. C’était en 2005, c'était acceptable. Une cover de mixtape qui n’était pas aussi scandaleuse que celle de Mac Miller.

Mac Miller (2007)

Pourquoi ? Qu'est-ce qui t'as pris Mac ? D’abord, le blaze : "Easy Mac". Le T-shirt blanc sous le maillot de basket et la casquette sur le côté, ok, c’était tendance, c'est pardonnable. Le problème, c'est que tu poses sur ton lit, dans ce qui pourrait être ta chambre d'ado attardé, du haut de tes 15 ans : là, on frise l’interdit.

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Le double signe avec les mains et la lèvre inférieure rudement pincée pour dire "Yo, je m’appelle Easy Mac et je fais du peu-ra", ça non. Vraiment pas.

Cover du tout premier projet de Mac Miller alors qu'il avait 15 ans

Cover du tout premier projet de Mac Miller alors qu'il avait 15 ans

Mais n’abusons pas et n’allons pas dans la gratuité : Mac Miller se cherchait encore. C’est avec cette première mixtape, sortie en 2007, que tout a commencé pour lui. Le MC n’avait pas encore une équipe de designers à ses côtés, mais il rappait déjà très bien.

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But My Mackin’ Aint Easy est un projet de qualité, que le rappeur de Pittsburgh avait produit seul, dans sa chambre, avant de le vendre dans la cour de son école. La mixtape passera inaperçue, et Mac continuera son parcours de lycéen. La suite, vous la connaissez, il explosera quelques années plus tard avec son premier album Blue Slide Park en 2011. Après avoir changé de nom, bien évidemment.

Sept ans après avoir posé dans une chambre, Mac Miller rappait pour Konbini dans les backstages de Bercy. Son freestyle se concluait par un :

I'm the fuckin' greatest.

Jay-Z (1989)

La jaquette est stylée, mais le son, et surtout le clip qu'elle représente laissent à désirer. C'était l’époque où Jay-Z n’avait pas encore de problèmes. Il pouvait se permettre de se la couler douce, chemise hawaïenne sur les épaules.

Du haut de ses 20 ans, il faisait sa première apparition notable sur la scène rap, invité dans le clip de son mentor Jaz-O. Bien plus fébrile que le "Niggas in Paris" qu’il est aujourd’hui, il y livrait une prestation courte et faible pour un rap qui était tout sauf gangsta.

Hawaiian Sophie, musique sur laquelle Jay-Z a fait ses débuts

Hawaiian Sophie, un single de Jaz-O featuring Jay-Z

Tupac n’avait d’ailleurs pas hésité à chambrer Hova par rapport à cette prestation, dans son morceau "Bomb first", sur lequel il s’en prenait également à Nas, Mobb Deep ou encore Notorious B.I.G. :

Nas, the alleged ring leader, is furious at 2Pac. Excuse me, Makaveli’s verbal assault on Mobb Sleep. Notorious P.I.G., and several other New-York rappers. Jay-Z, from "Hawaiian Sophie" fame, Big Little whatever.

Eminem (1997)

On continue avec un autre grand rappeur de ces deux dernières décennies : Marshall Bruce Mathers III. La cover n’est pas top. Mais ce n’est pas grave, puisqu’elle illustre l’un des meilleurs morceaux d’Eminem, "Just don't give a fuck". Un pur classique. Ce son est tiré du maxi The Slim Shady EP sorti en 1997. Il sera réutilisé deux ans plus tard sur The Slim Shady LP. Ce sera d’ailleurs le seul single de cet album.

Sorti en 1997, Just don't give a fuck est l'un des meilleurs morceaux d'Eminem

Sorti en 1997, "Just don't give a fuck" est l'un des meilleurs morceaux d'Eminem

Le clip de ce morceau est le premier de la carrière d’Eminem. On y retrouvait déjà l’univers décalé et déjanté du rappeur de Detroit.

Tyga (2003)

A 14 ans seulement, Tyga disait déjà qu’il faisait ce qu’il voulait - "Do what I like". Comme cette cover assez ratée à la typographie bancale. Heureusement que ce son, qui date de 2003, est très rare et pratiquement introuvable sur Internet. Puis niveau flow, voix, paroles : il lui restait pas mal de progrès à faire.

Tyga n'avait que 14 ans et débutait timidement dans le rap

Tyga n'avait que 14 ans (à gauche) et débutait timidement dans le rap. À droite, le Tyga de Hotel California (2013)

Aujourd’hui, The last king peut toujours se permettre de faire ce qu’il veut, comme poser aux côtés d’un tigre, avec un lapin sur la tête et un ours sur le corps. C'est en tout cas ce qu'on peut contempler sur la jaquette de Hotel California, son dernier album sorti en 2013.

YG (2008)

Le meilleur – ou plutôt le pire – pour la fin. Qui aurait parié sur YG lorsqu’il avait sorti en 2008 la mixtape 4Fingaz, avec cette affreuse, hideuse, épouvantable, abominable et horriblement intolérable cover - à gauche ? Faite sur Paint. Qui aurait prédit qu’il sortirait, six ans plus tard, un album de très grande qualité - My krazy life, dont on peut admirer la jaquette, à droite ? Personne.

YG signe "la" pochette la plus moche de cette sélection

YG signe "la" pochette la plus moche de cette sélection, à gauche. À droite, le YG d'aujourd'hui

Personne, ou presque : c’est ce qu’étaient ces rappeurs avant qu’ils ne finissent par exploser. Aujourd’hui superstars, ils ont tous eu des débuts douteux et poussifs. Mais qui ne se plante jamais n’a aucune chance de pousser.

Par Rachid Majdoub, publié le 23/05/2014

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