Les pop stars ont une espérance de vie plus courte de 25 ans que la moyenne

Immortelles, les stars ? Dans l'inconscient collectif, peut-être. Mais dans la vie, la réalité est tout autre. Une étude menée par une chercheuse australienne montre à quel point il est dangereux d'être une pop star.

"Il vaut mieux s'embraser d'un coup que s'éteindre peu à peu". Voilà ce que griffonnait un jeune homme le 5 avril 1994 peu avant de répandre son crâne sur les murs de sa piaule à l'aide d'un Remington. Ce jeune mec désespéré, c'était Kurt Cobain. Et s'il ne l'a sans doute pas fait exprès, cette phrase, devenue célèbre, synthétise à merveille les résultats de l'étude menée par l'universitaire Diana Kenny.

Professeur de psychologie et de musique à l'université de Sidney, Kenny a planché sur les cas de 12 665 pop stars décédées entre 1950 et juin 2014 (dont 90,6% d'entre elles sont des hommes) afin de vérifier s'il était exact qu'elles mouraient plus jeunes que la norme. Si la réponse ("oui") ne vous surprendra pas, les chiffres de ce rapport sont effarants : les pop stars vivraient 25 ans de moins que la moyenne américaine.

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Dur dur d'être une star

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Vous avez entendu dire que le milieu de la musique était un monde dangereux ? Vous n'imaginez pas à quel point l'euphémisme est en-dessous de la réalité. Selon le travail de Diana Kenny, les pop stars ont cinq à dix fois plus de chance que la moyenne d'y rester par mort accidentelle. Le pic de morts par accidents est atteint dans les années 60.

(Crédits image : Diana Kelly)

Les musiciens à succès, cette espèce qui vit moins longtemps que la race humaine – même si cela tend à s'améliorer (Crédits image : Diana Kelly)

Pire encore : ils sont deux à sept fois plus susceptibles de céder à l'appel du suicide, une pratique très à la mode chez nos amies les stars autour de 1990 et dès le début des années 80 (l'effet Wham! sans doute). Tant qu'à compléter le tableau, rappelons que l'homicide va jusqu'à être huit fois plus fréquent chez les stars de la musique que chez le pékin moyen, comme on le constate surtout dans les décennies 1970 et 1990.

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Atterrée par ses conclusions, Diana Kelly écrit :

La scène rock est un mélange explosif de glamour, de richesse instantanée, de prise de risque, de rébellion et de détresse psychologique. Elle s'accompagne des hypothèses prises pour acquises que les musiciens pop se doivent de vivre dangereusement, d'abuser de substances et de mourir jeunes.

(Crédits image : Diana Kenny)

(Crédits image : Diana Kenny)

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Bigre. La scène de la musique pop depuis les années 50 ne serait-elle remplie que de personnes psychologiquement instables, pressées de claquer leurs thunes en mauvaise drogue et de cramer la vie par les deux bouts ? C'est ce que le professeur Kelly semble nous dire dans un dernier paragraphe à charge intitulé : "La scène de la pop music est toxique et a besoin d'une désintoxication".

La scène de la musique pop a échoué à établir des limites et à dresser un modèle qui aurait pour conséquence un comportement acceptable. En fait, elle fait l'inverse : elle valorise le comportement scandaleux et ce jeu de pulsions agressives, sexuelles et destructrices que la plupart d'entre nous n'osent vivre que dans leurs fantasmes.

Alain Z. Kan, notre David Bowie à la française, disparu sans laisser de trace le 14 avril 1990

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Live fast, die young

Une conclusion bien moralisatrice, voire même un peu détachée de la réalité de ce que furent désormais près de 70 années de l'histoire de la musique pop et de ses enfants contemporains : le rock, le hip-hop et l'electro. Car quoi qu'on pense du style de vie excessif des idoles de radio, il faudrait être un grand naïf pour ne pas croire qu'ils ne l'ont pas cherché. Laissons les derniers mots à Lemmy Kilmister, le bassiste de Motörhead, 68 ans en 2014. Toujours furieux buveur et baiseur aujourd'hui, il chantait dès le titre "Ace Of Spaces" en 1980 :

You know I'm born to lose, and gambling's for fools,
But that's the way I like it baby,
I don't wanna live forever [...]

-> À lire également : Quelques morts insolites de l'histoire du rock

Par Théo Chapuis, publié le 30/10/2014

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