Back to the Future : le retour de la pop psyché

Jacco Gardner, Tame Impala ou les retours de Bill Fay dans les bacs et de Sixto Rodriguez au cinéma : en 2013, la pop psyché aux fortes influences seventies n'a pas dit son dernier mot. FOXYGEN

Il est de bon ton de considérer que la pop musique n’a plus rien à proposer depuis des décennies, sinon de bons artisans et quelques bonnes chansons. Que la majorité des plans entendus aujourd’hui ont tous été inventés entre les années 50 et la fin des années 70 et que tout n’est plus que recyclage plus ou moins intéressant, produit avec plus ou moins de talent.

Il n’empêche que l’on préférera toujours un album passéiste sincère et solide à quelques phénomènes de mode en quête du nouveau son qui excitera 15 jours le NME et la blogosphère anthropophage. Il s’avère que les derniers artistes à avoir éveillé notre curiosité revendiquent haut et fort leurs influences sixties ou seventies sans se soucier des critiques bien pensantes.

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Crédit Image : Sash Rainbow

Ainsi, d’un Willy Moon rockabilly en diable à un Jake Bugg qui cite Bob Dylan ou Simon & Garfunkel, d’une Laura Marling perdue au cœur du folk pastoral anglais de Bert Jansch à un Miles Kane encore tout ébouriffé par les riffs des Who et des Jam, la nouvelle génération semble s’affranchir de toutes ces influences et les recracher avec une fraîcheur et une sincérité qui ne déplairait pas au parrain crooner Richard Hawley.

De Tame Impala à Foxygen : la relève

Rajoutons à ça une bonne dose de talent au-dessus de la normale et nous voici avec une nouvelle scène plus qu’excitante. Et ce, dans le monde entier. Après la belle fin d’année  2012 qui voyait les australiens de Tame Impala et leur protégée française Melody’s Echo Chamber nous livrer deux albums au psychédélisme toxique, voici que 2013 commence sous les meilleures auspices.

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Melody’s Echo Chamber - I Follow You

Aux States, les californiens de Foxygen ont décidé, dans leur grande tambouille d’influences, de ne pas y aller avec le dos de la cuillère. Mais leur deuxième album,  We are the 21st century ambassadors of Peace & Magic (beau titre qui pourrait appartenir au répertoire d’autres figures locales comme Brian Jonestown Massacre) est sûrement ce que l’on a écouté de plus vivifiant ces dernières semaines !

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Alors oui, on entend les Stones partout (On Blue Mountain, No Destruction), oui le chanteur se permet des vocalises à la Ray Davies des Kinks (San Francisco), oui Into the Darkness aurait pu se retrouver sur l’album Revolver des Beatles. Et oui, le refrain de On Blue Mountain est pompé sur le Suspicious Mind repris par Presley !

Elvis Presley - Suspicious Mind

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Mais le tout est emballé avec goût, avec une telle énergie communicative et un sens de la mélodie qui les rapproche souvent des productions du premier MGMT ou des albums de Girls. Difficile de le décoller de la platine depuis sa sortie.

Jacco Gardner, enfant de Nirvana et des Beach Boys

Plus près de chez nous, aux Pays-Bas, un jeune chanteur de 24 ans se replonge dans la pop symphonique et orchestrale qui fit la renommée des Beach Boys ou des moins côtés Nirvana (le groupe UK), Montage ou Sagittarius, le temps de quelques disques étincelants à la fin des sixties.

A cet amour pour le son et les arrangements ciselés, Jacco Gardner rajoute le côté folk et le doux psychédélisme d’un Syd Barrett , alors génie officiel de la première période du Floyd. Cabinet of Curiosities s’impose comme une visite passionnante au cœur de petites vignettes pop à la beauté miraculeuse, comme le premier titre Clear the air, plus beau moment de grâce de l’année.

Jacco Gardner - Clear The Air

Plus porté sur la production que sur la composition, on se dit que notre ami batave a de belles heures devant lui. Et qu’on le suivra, quoi qu’il fasse !

40 ans après, le retour de Bill Fay en 2012

Tout ça au moment où deux personnages importants des années 70 reviennent dans l’actualité musicale pour remettre les pendules de l’injustice à l’heure : Bill Fay, l’Anglais qui sortit deux albums fantastiques en 70 et 71 pour disparaître pendant 40 ans et revenir dans la lumière avec son troisième album officiel Life is people en 2012.

Et Sixto Rodriguez, le "Mexican de Detroit", qui sortit lui aussi ses deux albums dans une indifférence généralisée à la même époque avant que le label Light In The Attic ne les réédite en 2009, puis qu’un documentaire génial Sugar Man, sorti en décembre dernier dans les salles françaises, ne l’impose partout dans le monde comme la superstar qu’il aurait toujours dû être. Quelque part entre Leonard Cohen et Bob Dylan.

Alors voilà, pour éviter que Foxygen, Jacco Gardner et les dizaines de groupes actuels qui essaient de proposer une brillante musique n’attendent plus leurs 70 ans pour recevoir des éloges mérités, continuons d’acheter de la musique, par n’importe quel biais que ce soit et de faire vivre cet héritage. Même si tout a déjà été dit !

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Article écrit par Fabrice Bonnet. Vous pouvez le retrouver sur Twitter

Par Konbini Staff, publié le 06/03/2013

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