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Poliça : "C'est facile de tuer l'âme de la musique avec l'auto-tune"

Publié le

par Solenn Cordroc'h

Channy Leaneagh, chanteuse pas très polissée (Crédits image : Cameron Wittig)

Rencontre avec Channy Leaneagh, douce voix de Poliça, lors de son dernier passage à Londres. Où l'on apprend que Justin Vernon a partagé les bancs de l'école avec elle et que la jeune femme tient le féminisme à coeur. Poliça en cinq questions.

Channy Leaneagh, chanteuse très policée (Crédits image : Cameron Wittig)

Comment a été décidé d'enregistrer la chanson Tiff avec Justin Vernon (Bon Iver) sur le second album ?

Il y a eu cette citation de Justin clamant que Poliça était le meilleur groupe qu'il ait jamais entendu. Le fait est qu'on était amis bien avant ce propos. On vient de la même ville, Minneapolis. On a grandi ensemble, fréquenté les mêmes écoles, donc l'enregistrement s'est fait chez lui, dans son studio, dans une atmosphère très relaxante.

Quelle influence Minneapolis a eu sur votre processus créatif ?

Minneapolis est une petite ville avec une communauté musicale très présente. Il y a également une forte communion entre nous tous, et une grande liberté. On se supporte, on va se voir en concerts, on s'intéresse au travail des autres etc... De plus, la météo est un facteur influent pour la création, parce que les températures y sont très extrêmes, d'où ce côté un peu noir, ou gris, dans notre musique. La météo affecte également l'humeur et la musique.

Peux-tu nous en dire plus sur le choix du nom du second album Shulamith, intitulé selon la féministe canadienne Shulamith Firestone ?

Après la fin de l'enregistrement du premier album, mon petit frère m'a donné un livre de Shulamith Firestone. Quand j'ai commencé à le lire, je me suis rendu compte que tout ce que j'avais essayé de dire sur mon premier album, quelqu'un d'autre l'avait résumé 50 années auparavant. Ensuite, c'est tout naturellement que ce nom s'est imposé pour le second album, parce que la femme correspond bien à la tournure que je voulais donner à cet album.

Elle abordait les mêmes choses dont je voulais parler dans le disque, elle avait répondu à toutes mes interrogations. Elle est morte seule et oubliée, c'est donc une sorte d'hommage que je souhaitais lui rendre, pour qu'on s'intéresse à ses travaux.

Visuel de l'album Shulamith

As-tu souffert de critiques sur ta musique, notamment pour l'usage de l’auto-tune pour ta voix ?

Non ça va, je n'ai pas eu trop de remarques désobligeantes par rapport à ça. Je n'ai seulement eu qu'une personne en live qui a hurlé "plus d'auto-tune maintenant". Mais je pense que l'on peut entendre encore qui je suis avec ma voix "auto-tunée", même si c'est très facile de tuer l'âme de la musique avec. C'est important d'utiliser des textures et sons différents.

Quel est ton pire souvenir de musicienne ? Et ton meilleur ? 

Il y a fort heureusement plus de bons que de mauvais souvenirs. Bien sûr, il y a des moments difficiles mais pas horribles. Je dirais que le pire arriva quand on roulait à travers une terrible tempête de neige dans les montagnes du Colorado. On est tombé dans un fossé, c'était le blizzard, on était coincé dans cette tempête et avec aucun réseau. Au final, on a réussi à sortir le van du fossé, et on a survécu mais c'était assez extrême et effrayant. Donc les pires souvenirs restent ceux pendant qu'on roule, non pas pendant les concerts.

Quant au meilleur moment, c'est quand on a joué en Irlande du nord, dans une église devant 100 personnes. L'acoustique était incroyable, le moment était spécialement beau, très intimiste. Une expérience que les groupes devraient tous vivre au moins une fois.

Pour finir, si Poliça était une oeuvre d'art, ce serait laquelle ?

20:50 de Richard Wilson. C'est une pièce à la Saatchi Gallery de Londres emplie de pétrole, et cela donne un jeu de miroirs très intéressant. Avec différentes facettes.

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