Le trio The Soft Moon, au son typé eighties et pourtant bien à sa place dans la programmation du Paris Psych Fest (Crédits image : Julie Bonato)

Vers un revival de la musique psychédélique ?

Tame Impala, Temples, MGMT, plus de cinquante ans après son apogée, la musique dite psychédélique opère son retour. C'est d'ailleurs dans cette dynamique que Paris accueillera dans quelques jours la première édition du Paris Psych Fest. Alors, véritable renaissance ou simple phénomène de mode ? 

Le trio The Soft Moon, au son typé eighties et pourtant bien à sa place dans la programmation du Paris Psych Fest (Crédits image : Julie Bonato)

Le trio The Soft Moon, au son typé eighties et pourtant bien à sa place dans la programmation du Paris Psych Fest (Crédits image : Julie Bonato)

C'est au milieu des années 60 que le mouvement psychédélique apparaît avec la parution concomitante de plusieurs disques emblématiques tels Fifth Dimension des Byrds (1966), Takes Off de Jefferson Airplane (1966), Are You Experienced de Jimi Hendrix (1967) et surtout The Psychedelic Sounds Of The 13th Floor Elevators des Texans du même nom (1966). Ce dernier est non seulement est un des premiers disques à clairement identifier le mot "psychedelic" dans son titre-même, mais en plus, il n'hésite pas à faire ouvertement l’apologie du LSD et des substances hallucinogènes, véritable carburant de la vague psychédélique.

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Non, les drogues ne sont pas anodines dans le processus créatif ambiant. Comme l'explique Philippe Thieyre, journaliste musical auteur de plusieurs livres sur le sujet, tous ces albums susmentionnés ont en commun "leurs références à l’expérimentation des psychotropes qui modifient les perceptions sensorielles, la volonté de s’ouvrir à d’autres cultures musicales, d’utiliser sans limite des techniques de modification des sons pour élaborer des sonorités innovantes, de proposer des textes plus littéraires ou plus politiques, de faire éclater les structures des morceaux sans tenir compte des contraintes de temps imposées par les passages radio, bref, de rejeter le système dominant et de proclamer une liberté de création absolue".

À la fin des années 60, c'est avec l'émergence des "acid tests" que la prise de LSD se popularise. "Acid tests" ? C'est ainsi que s'intitulent ces réunions organisées par le romancier Ken Kesey et les Merry Pranksters au cours desquelles le public est invité à découvrir les effets du LSD, aux côtés de figures de la contre-culture comme Neal Cassady ou Hunter Thompson.

Et si la musique psyché et la prise de psychotropes sont si étroitement liées, c'est parce que cette musique et le seul moyen pour de nombreux artistes de reproduire les sons, les images, les couleurs et les sensations qu'ils expérimentent dans leur trip. Pour s'en convaincre, il n'y qu'à écouter les paroles de"Lucy in the Sky with Diamonds" des Beatles, qui proposent de s'imaginer dans un bateau avec des mandariniers et un ciel en marmelade, ou bien celles de "Flaming" des Pink Floyd, qui parlent d'un homme se prélassant dans une rosée brumeuse, assis sur une licorne. 

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Tame Impala, le nouveau psyché ?

Tame Impala, le nouveau psyché ?

Un retour aux sources ?

Comment expliquer alors que la musique psychédélique a le vent en poupe plus de 50 ans après son apogée ? Comment expliquer le succès de Tame Impala, Jagwar Ma, Temples ou Black Angels, pour ne citer qu'eux ? Philippe Thieyre nous a apporté un élément de réponse :

Contrairement à d’autres mouvements, le psychédélisme, dans son ensemble, n’exprime pas seulement une puissante révolte contre l’ordre établi et la guerre, mais propose également une alternative. Dans une époque particulièrement faste pour la créativité artistique, il insuffle la possibilité de produire et de vivre autrement.

Une vision optimiste, en quelque sorte, et même si les illusions ont été, en grande partie balayées, elles fascinent encore. [...] A noter aussi que l’émergence d’une nouvelle musique psychédélique coïncide avec la résurgence des productions en vinyle, remettant au goût du jour le travail sur le son analogique et sur le graphisme.

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C'est d'ailleurs dans cette dynamique que de nombreux festivals de musique psychédélique ont fait leur apparition de plusieurs villes du monde, à l'image de Berlin, d'Austin, Angers... et de Paris ! En effet, du 4 au 6 juillet prochain, la Machine du Moulin Rouge et la plage du Batofar auront la chance d'accueillir la première édition du Paris Psych Fest.

"Il n'y avait pas encore de grand festival psyché à Paris"

À l'origine de la création du Paris Psych Fest, deux garçons de même pas 25 ans, Michael Mateescu et Tom Le Bourhi. Tous deux organisaient déjà des soirées techno et psyché à Londres et Paris avec leur projet Refraktion. L'idée de monter le Paris Psych Fest leur est venue naturellement : "Ça s'est présenté à nous comme une évidence. D'une part parce qu'on est fans de ce style de musique, et d'autre part parce qu'il n'y avait pas encore de grand festival psyché à Paris", explique Tom, en charge de la communication de l'événement.

"L'année dernière, il y a eu un vrai engouement pour le festival Levitation France à Angers à l'occasion du jumelage avec le Austin Psych Fest. C'est à cette occasion qu'on a senti que Paris avait besoin d'avoir son propre Psych Fest".

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Eh oui. Quelle n'était pas la surprise des amateurs de ce genre musical de découvrir l'année dernière ce festival, qui a eu lieu le 20 septembre 2013 et a convoqué les célèbres Black Angels, Dead Meadow, Dead Skeletons, Wall Of Death, Beak> et bien d'autres. Même si la grande fête hallucinée a eu lieu dans la ville moyenne d'Angers (150 000 habitants), le Levitation s'est joué à guichets fermés. Comme quoi, Michael et Tom avaient de quoi sentir le vent tourner en leur faveur.

Vit-on alors un revival psyché en France ? Pour Tom, il y a "un phénomène de mode qui est en train de se passer. On l'a vu avec Tame Impala qui a atteint le statut de groupe phare, et Temples qui connaissent une ascension fulgurante". Une phénomène qui s'explique aussi selon lui par le fait que c'est un milieu un peu "sexy et glamour" qui possède une "esthétique qui plaît". 

Mais à propos de la programmation de leur festival, Tom et Michael tiennent à souligner qu'ils n'ont justement pas voulu monter une resucée de summer of love, mais plutôt de faire découvrir les variantes colorées de la nébuleuse psyché. Comme l'explique Michael, programmateur :

On n'a pas voulu représenter une seule branche de la musique psychédélique, mais plusieurs. D'où le choix de mettre The Soft Moon en tête d'affiche, un groupe qui s'apparente plus à de la new wave, et de programmer plusieurs DJs électroniques comme Mondkopf ou Low Jack.

Une scène française psychédélique ?

Mais quid de la scène française ? "Wall Of Death est sans aucun doute le groupe le plus connu de la scène psyché française. Il y aussi Zombie Zombie, même si c'est beaucoup plus hybride. Mais il faut savoir qu'il y a de plus en plus de petits groupes qui se dirigent vers un retour aux sources", précise Michaël.

C'est d'ailleurs dans une volonté de mettre en avant la scène française que Michael a programmé Wall Eyed Illusion et The Blondie's Salvation en plus des deux autres groupes français susmentionnés. "Ce qui est sûr, et au vu des nombreuses demandes qu'on a reçues, il y a des centaines de groupes psychédéliques partout en France qui ne demandent qu'à se faire entendre".

Le Paris Psych Fest : du 4 au 6 juillet à la Machine du Moulin Rouge et la plage du Batofar. Plus d'informations ici.

Par Sarah Barbier, publié le 04/07/2014

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