Oculus Rift : vers le cinéma en réalité augmentée ?

Après l'application du casque Oculus Rift dans les jeux vidéo, son œil numérique s'immiscera-t-il dans le cinéma? Arte projetait la semaine dernière un documentaire agrémenté d'une partie en réalité augmentée. Qu'en est-il ailleurs ?

Oui, tout comme Eric, quand on teste l'Oculus Rift, ona irrémédiablement l'air con (Crédits image : Comedy Central)

Oui, tout comme Eric, quand on teste l'Oculus Rift, on a irrémédiablement l'air con (Crédits image : Comedy Central)

En l'espace de deux petites années, entre 2012 et fin 2014, le chemin parcouru par l'Oculus Rift aura été fulgurant. Racheté par Facebook en mars 2014 pour 2 milliards de dollars, ce qui le place aux côtés des autres acquisitions "deluxe" du réseau social, soit WhatsApp (19 milliards) et Instagram (1 milliard), le casque dit de "réalité augmentée" nourrit les rêves les plus fous des gamers. Pour rappel, son angle stéréoscopique permet à celui qui le porte de balader son regard à 360° autour de lui. Ça change de l'écran d'ordinateur.

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Alors que les capacités immersives du casque sont connues dans leur application vidéoludique, le casque de réalité virtuelle pourrait bien s'immiscer peu à peu dans l'univers du cinéma. Ce 29 novembre, Arte diffusait sur son antenne Polar Sea : le passage du nord-ouest, un documentaire de sensibilisation au changement climatique profond que subissent les paysages de l'Arctique – à voir ou revoir ici en replay.

Pour accompagner le film télévisé, la chaîne franco-allemande proposait pour la toute première fois un second documentaire d'une demi-heure tout spécialement fait pour la technologie des casques connectés. Un aperçu de cette immersion exceptionnelle sur fond de paysages à couper le souffle se trouve sur le site Internet de Polar Sea.

Sans le fameux Oculus Rift, la plongée consiste à déplacer l'angle de la caméra à l'envi, simplement grâce à la souris ou aux touches directionnelles de l'ordinateur. Imaginez maintenant la même expérience avec un simple mouvement de tête détecté par le casque de réalité augmentée pour regarder à droite, à gauche, en haut, en bas...

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Inspiré par la forme de la rotation de l'axe de vue, qui permet d'observer tout autour de soi "comme au centre d’un écran sphérique virtuel", le journaliste du Monde Olivier Dumons a trouvé un nom de baptême légitime pour cette application du casque au septième art : le "cinémasphère".

Cette immersion est rendue possible par les idées des équipes de Deep 360° Inc., dirigées par Thomas Wallner, producteur et surtout concepteur du dispositif. Pour permettre cette plongée sur les terres arctiques sans quitter la température moins désagréable de votre salon, ce procédé nécessite six GoPro simultanées qui fixent les quatre points cardinaux, mais aussi vers le bas et vers le haut. L'image est ensuite réassemblée afin de donner l'impression de vue sur un axe rotatif.

Au cœur de la tempête The Storm

En vérité, Polar Sea n'est pas l'unique projet mêlant la liberté d'angle de vue infinie de l'Oculus Rift et la fiction. En août 2014, Konbini était invité à tester les lunettes lors d'un événement promotionnel autour de la sortie du film The Storm. Grâce au Rift, on se tenait alors à la place d'un des personnages du film, coincé dans un conduit d'aération géant pendant que la tornade fait rage au dehors.

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Malgré la débauche d'effets, comme le vent produit par des ventilateurs face à nous ou les vibrations des fauteuils, c'est vraiment l'angle de vue à 360° qui nous avait tapé dans l'œil. On imaginait alors sans problème un film entièrement conçu pour cela. Imaginez. Un blockbuster qui permettrait à chacune des personnes de la salle de cinéma (appellera-t-on encore cela comme ça ?) de regarder dans la direction de son choix et de vivre l'action sous un autre jour. L'expérience d'interaction entre le spectateur et le film ne serait encore jamais allée aussi loin.

Évidemment, même s'ils n'ont pas été développés pour ça, on peut déjà regarder des films ou d'autres contenus vidéo sur Oculus Rift. Or le casque de réalité virtuelle a ses désagréments – et ils ne sont pas virtuels, eux. Dans un article à ce propos, un journaliste de Kotaku écrit que les films ne sont pas faits pour être vus avec Oculus Rift, à cause de l'incapacité de l'œil humain à se fixer sur une image en 600x400 projetée à une poignée de centimètres de lui. Plus embêtant encore, après usage intensif, le reporter se plaint de nombreuses douleurs :

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Après avoir regardé les deux premiers films, j'ai dû faire une pause et retourner vers le "vrai monde". Ce n'était pas handicapant, mais j'étais en souffrance. Même si le Rift pèse moins d'un demi kilo, je ressentais une douleur au niveau de mes sinus, là où il reposait. Plus inquiétant encore, j'avais mal à la tête et aux yeux.

Un premier film dédié à l'Oculus Rift

L'année dernière, la start-up Condition One annonçait en novembre 2013 le développement du premier film tourné tout spécialement pour un casque de réalité augmentée. En plus d'être doté des capacités immersives de la vue à 360°, le film Zero Point se veut un documentaire sur le fameux casque acquis par Facebook et ses fonctionnalités, sources de fantasme pour tant de geeks.

De ses débuts jusqu'à aujourd'hui, que ce soit dans la rue, en pilotant un drone ou bien encore sur un champ de bataille, Zero Point revient en 22 minutes sur les étapes de cette aventure. Ci-dessous, sa bande-annonce.

Gizmodo relevait toutefois à sa sortie fin octobre 2014 que passé le plaisir du libre mouvement de caméra, le film n'est qu'une vaste publicité pour l'Oculus Rift. Certaines scènes semblent avoir été assemblées à la va-vite, et ce bricolage a tout simplement empêché le journaliste de Gizmodo de se sentir une seule fois "comme s'il y était" dans une des scènes de ce film. Dommage.

Paul McCartney, Beck ou les Who

Finalement, si l'industrie du cinéma semble frileuse à se jeter tête la première dans des films mêlant expérience de la réalité augmentée et fiction à la hauteur, divers usages commerciaux de l'Oculus Rift sous forme de "happening" apparaissent ça et là. Pour son récent concert à Candlestick Park, Paul McCartney s'est lui aussi emparé de cette technologie de réalité augmentée en proposant à son public une appli permettant d'assister à la performance de la chanson "Live & Let Die" avec une vision 360° stéréoscopique.

Mais il n'y a pas que l'ex-Beatle pour se lancer dans le bain parmi les stars de la pop. Beck proposait également sa propre expérience de concert option réalité augmentée lors d'une reprise de "Sound And Vision" de David Bowie, et les Who ont annoncé travailler sur un projet similaire. En attendant celle des auteurs de "Baba O'Riley", on peut vivre l'expérience proposée par Beck sur le site Hello Again.

Des films, des documentaires, des rockeurs... Évidemment, la publicité n'a pas attendu plus longtemps pour s'engouffrer dans la brèche de la réalité augmentée. Volvo a également lancé une nouvelle campagne publicitaire se basant fortement sur les capacités de cette technologie. Comme on le voit dans la vidéo ci-dessous, la marque de voitures s'est contentée de lancer une application pour smartphone à installer dans un carton face à vos yeux afin de vivre l'expérience de l'automobile. Mais c'est déjà ça.

Timidement, pas-à-pas, la réalité augmentée s'immisce dans nos vies, transformant les usages que nous avons de nos écrans. À l'aune de toutes ses applications, avec ou sans Oculus Rift, elle pourrait très bien débarquer dans l'univers du cinéma, telle une valeur ajoutée pour des films tournés tout spécialement pour cela.

Selon Le Monde, des pourparlers entre les représentants des studios et Facebook ont été entrepris en août dernier, mais ni l'une, ni l'autre partie n'a pour l'instant communiqué sur un projet commun. Pourtant, il y a fort à parier que la réalité augmentée au cinéma ne reste pas virtuelle très longtemps.

Par Théo Chapuis, publié le 01/12/2014

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