Nuit Blanche : Paris se met à l'heure du street-art

Pour sa treizième édition, la Nuit Blanche dédie une partie importante de sa programmation au street-art. Présentation des points chauds du cru 2014 et rencontre avec le directeur artistique de l'évènement : José-Manuel Gonçalvés. 

Pour cette Nuit Blanche 2014, on retrouvera les statues de Mark Jenkins au quatre coins de la capitale - Crédit Image Mark Jenkins

Pour cette Nuit Blanche 2014, on retrouvera les statues de Mark Jenkins aux quatre coins de la capitale - Crédit Image Mark Jenkins

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Depuis janvier – et la nomination de José-Manuel Gonçalvès à la tête de la manifestation – on se doutait bien que cette treizième édition de la Nuit Blanche ne serait pas comme les autres.

Après un cru 2013 placé sous le signe de l'éphémère (la programmation était alors assurée par Chiara Parisi et Julie Pellerin – respectivement directrice des programmes culturels de la Monnaie de Paris, et directrice du Centre d’art contemporain de la Ferme du Buisson), l'actuel directeur du Centquatre propose cette année une programmation éclectique et riche. En pointe : une forte composante street-art, la velléité d'inscrire la manifestation dans des espaces méconnus de la capitale et de la penser comme une déambulation urbaine.

Contacté par Konbini, José-Manuel Gonçalvès explique :

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 L’idée que nous avons tenté de développer cette année, c’est d’offrir un vrai point de vue sur un certain nombre de formes artistiques. On voulait permettre le dialogue, ouvrir un public large à l’art, et offrir à des artistes émergents une vraie visibilité.

On leur a proposé différents espaces et on les a invité à penser leurs propositions en lien avec ces lieux qui ont chacun leur identité. L'idée, c’était de faire de la rue un musée qui vit.

José Manuel Gonçalvès – actuel directeur du Centquatre – est le directeur artistique de cette treizième édition de la Nuit Blanche - Crédit Image Miguel Medina pour l'AFP

José-Manuel Gonçalvès – actuel directeur du Centquatre – est le directeur artistique de cette treizième édition de la Nuit Blanche - Crédit Image Miguel Medina pour l'AFP

"Grande Randonnée Artistique" des mots de son directeur artistique, la Nuit Blanche s'articule cette année autour de six points de vue de la Place du Panthéon à la Gare d'Austerlitz en passant par l'Hôtel de Ville, le Parc Montsouris, le Tour Montparnasse et le Parc André Citroën. Chacune de ses places emblématiques possède une couleur artistique propre, même si toutes ont en commun le fait de mettre en avant des initiatives artistiques en lien avec l'espace public. Pour passer de l'une à l'autre, un itinéraire conseillé sera indiqué par un ligne bleue, promenant les badauds dans le "Off" de la programmation de cette Nuit Blanche.

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Le directeur du Centquatre précise :

Ce qui a changé cette année, je pense, c'est qu'on a beaucoup plus assumé le pendant "Off" de la programmation. On a vraiment essayé de relier le "In" et le "Off", de les associer. Le "In" ce sont les points de vue [il sont au nombre de six, ndlr] alors que le "Off" c’est le lien entre ces différents points de vue que l'on rencontre en déambulant.

Et dans l'un de ces points de vue, le street-art se taille la part du lion.

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Un point de vue "street-art" dans le treizième arrondissement

Niveau street-art, c'est avant tout dans le treizième arrondissement de la capitale qu'il faudra se rendre. Ici, autour de la Cité de la Mode, on retrouve le point de vue "Open Musée - Street Art Contemporain" selon le libellé officiel.

La carte officielle de cette Nuit Blanche 2014 [Cliquez pour agrandissement]

La carte officielle de cette Nuit Blanche 2014 [Cliquez pour agrandir]

Celui-ci consacre une pratique artistique dont on parle à tort et à travers depuis quelques années, tout en maintenant le dialogue cher au directeur du Centquatre (c'est le sens de l'épithète "contemporain") :

On voulait véritablement sortir de la représentation commune du genre. Les gens imaginent que les street-artists sont des mecs avec des bombes qui ne font que de la peinture. Or ce n'est pas vrai.

Au contraire, pour cette Nuit Blanche, on a voulu mettre à l'honneur des artistes qui ont des techniques très différentes. Je pense qu'on est arrivé à une variété de propositions assez folle. Par ailleurs je trouvais assez intéressant, à l'heure où le street-art entre massivement en galerie, d'inviter plusieurs artistes qui ont été identifiés par leur intervention dans l’espace public à revenir créer dans la rue.

Sur la terrasse du Wanderlust, outre la projection de documentaires – proposés par la galerie Magda Danysz – suivant des artistes jusque dans l'intimité de leur atelier, il sera possible de voir les créations tout-de-bois de Sambre. Le parcours se prolongera aux abords de la gare d'Austerlitz où les peintures "lettrées" de Jacques Villéglé, les oeuvres monumentales de SpY et les entrelacs de L'Atlas raviront les amateurs du genre.

L'art de rue : trait d'union de cette Nuit Blanche ?

Ce qui est pourtant déroutant quand on regarde la programmation de cette treizième Nuit Blanche, c'est la présence du genre au sein de six points chauds définis par les organisateurs. La preuve que de "curiosité" parsemant les éditions précédentes, le street-art est devenu une sorte de trait d'union entre les différentes propositions artistiques. L'artiste Mark Jenkins symbolise bien cette nouvelle orientation de la manifestation. Lui qui s'est fait connaître par des sculptures grandeur nature d'être humain qu'il dépose dans l'espace public et qui est une sorte de "fil rouge" de cette programmation.

Avec sa série "Les Vraisemblables", l'américain fait en effet de Paris son terrain de jeu. Le directeur de la Nuit Blanche s'amuse d'ailleurs, entre deux coups de fils, de la présence de ces silhouettes un peu partout dans la capitale. "Je découvre moi-même certains de ces sculptures aujourd'hui. C'est assez fou", commente-il.

Et l'enthousiasme de José-Manuel Gonçalvès ne s'arrête pas là.

Les rendez-vous du directeur

Parmi les temps forts de la programmation, le directeur artistique de la Nuit Blanche s'est arrêté sur trois évènements qu'il attend tout particulièrement.

Je pense que cette année il y a trois artistes pour qui cette Nuit Blanche est un véritable pari.

Le premier c'est Jeff Mills. C'est un artiste extrêmement respecté, qui a une grande connaissance de la musique actuelle. Pour l'occasion il va se frotter à un toute autre répertoire : le bal populaire. Les gens vont avoir un carnet de bal pour danser avec lui. J'ai hâte de voir ce que cela va donner [à voir au Parc André Citroën à partir de 21h] 

La série "Dispatchwork" de Jan Vormann, un des points forts de cette Nuit Blanche - Crédit Image Jan Vormann

La série "Dispatchwork" de Jan Vormann, un des points forts de cette Nuit Blanche - Crédit Image Jan Vormann

Le deuxième c'est Jan Vormann qui est un artiste talentueux et assez méconnu. Je viens de passer devant une de ses fresques en Lego qui s'insère dans le mur. C'est sublime. [à voir du 121 au 157 rue du Chevaleret dans le 13ème arrondissement]

Le troisième c'est Pablo Valbuena qui a conçu une énorme pièce vidéo immersive pour la Gare d'Austerlitz.

Rendez-vous pris. À samedi.

Par Tomas Statius, publié le 02/10/2014

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