Novelist : l'enfant chéri du grime

Novelist, jeune MC du sud de Londres, représente le renouveau brillant d'un genre dont on fait depuis trop longtemps l'éloge funèbre. 

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(Crédit Image : Redbull Music Academy)

Il y a longtemps que les amateurs du genre y sont habitués. Pour certains, le grime – ce mouvement musical né outre-Manche au début des années 2000 – est mort et enterré. Dépassée artistiquement, il est pour d'autres une relique du passé, attaché à un moment précis de l'histoire de la Grande-Bretagne, enferré et contraint par son image scandaleuse de bande-son de la jeunesse désœuvrée des faubourgs londoniens.

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Sauf que derrière ce constat – pas erroné jusqu'au bout – se cache un renouveau.

Le grime 2.0 se cherche un MC de référence

Ce qu'il y a de vrai, c'est qu'une fois l'effervescence du début des années 2000 et le succès dans les charts passés, le grime est un peu tombé dans l'oubli. La faute à un acharnement politique (comme le signale un documentaire signé Noisey), à des choix artistiques douteux mais aussi à une incertitude radicale dans le cœur même de sa définition.

Allergique à l'establishment, le grime s'est en effet toujours pensé dans un espace artistique bien plus large que celui dans lequel on l'a confiné. Ce qui autorisait les plus belles expérimentations mais aussi sa mutation, une fois son passage à la pop music entériné. C'est cette dualité qu'évoque Joe Muggs dans le quotidien The Guardian. Elle est, pour lui, le principal moteur de sa renaissance.

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Ruff Sqwad, les glorieux aînés d'un genre en perpétuelle évolution - Crédit Image Simon Wheatley

Ruff Sqwad, les glorieux aînés d'un genre en perpétuelle évolution – Crédit Image : Simon Wheatley

Car si Dizzee Rascal, Wiley ou d'autres ont fini par céder aux sirènes de la pop music, si le genre semblait éclipsé par la dubstep, propulsée nouvelle curiosité de la scène britannique, c'est en coulisses que son renouveau se prépare. Aux États-Unis, en Grande-Bretagne et même en Australie ou au Japon, des compositeurs ressortent leurs vieux synthés et en renouvellent les standards.

C'était tout l'idée de la compilation Grime 2.0 sortie il y a près d'un an sur Big Dada. C'est le constat que faisaient des magazines comme Pigeons And Planes, Dummy, Fact ou même Noisey. La renaissance du grime est en marche et elle est avant avant tout instrumentale avec Visionist et Mumdance comme hérauts. En attendant qu'un MC finisse par porter haut ses couleurs.

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Et c'est ici que l'histoire de Novelist commence.

De Lewisham à "Take Time"

Lewisham, banlieue sud de Londres, non loin de Croydon - le berceau de la dubstep.

Novelist y a grandi. À 6 ans, c'est ici qu'il commence à produire ses premières instrus sur Fruity Loops et Reason. Les mêmes outils que louaient les membres de Ruff Sqwad, les pionniers du genre. Les mêmes qui ont donné au grime cette sonorité grinçante si particulière.

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À 13 ans, membre du groupe The Square (avec lequel il vient de sortir le mini-album The Formula), Novelist commence à faire parler de lui et court les battles du sud-est londonien. Il y acquiert une solide réputation ainsi qu'un talent indéniable pour la rime et l'improvisation. C'est autour de ses 14 ans qu'il monte pour la première fois sur scène. Et à 17 que que ce phénomène de l'underground se montre pour la première fois au grand jour.

Après de nombreuses apparitions aux côtés de jeunes turcs du milieu, on peut à raison considérer que la sortie du titre "Take Time" (avec  Mumdance) marque l'entrée en grande pompe de Novelist dans le jeu.

D'abord parce que c'est la première fois que le jeune Britannique diffuse sa musique via un des mastodontes de la musique alternative comme Rinse FM (un jolie papier de Libération détaille d'ailleurs l'histoire de cette radio pirate devenue label). Ensuite car c'est sur ce titre que son flow s'affiche pour la première fois dans toute sa pureté, comme lavé des imperfections de sa jeunesse, et boosté par l'énergie de l'instrumentation abstraite du producteur britannique.

L'homme providentiel du grime

Pourtant, on est en droit de se poser une question : parmi la horde de MCs qui déversent leurs titres sur Internet chaque jour que Dieu fait, comment Novelist tire-t-il son épingle du jeu ?

D'abord, contrairement à certains qui ont délaissé les clashs pour les home studios, c'est dans la rue que le MC a forgé son style et aiguisé ses rimes. Il est tentant d'ailleurs de voir en lui tout ce qu'on a aimé dans le Grime 1.0 : la spontanéité, une attitude agressive qu'on ne peut s'empêcher d'aimer, une diction rapide et précise, un flow effréné et rude, et cet accent "so british" qui détonne alors que le monde croule sous les hits du hip-hop américain.

Novelist passe quand même du temps en studio - Photo trouvée sur le Facebook de l'artiste

Novelist passe quand même du temps en studio - Photo trouvée sur le Facebook de l'artiste

Beatmaker et MC, la natif de Lewisham sait tout faire. On lui doit d'ailleurs la production d'une grande partie du mini-album de son groupe The Square.

Enfin il semblerait, à lire les commentaires à son égard, que Novelist ait pigé le truc. Il représente la quintessence d'un genre que l'on pensait moribond et se place à la tête d'une génération d'artistes qui, contrairement aux pionniers, ont grandi avec le grime.

Après le succès de "Take Time" (quand même 30 000 vues sur YouTube et des papiers d'estime d'un certain nombre de médias outre-Manche), le futur de l'enfant de le grime semble tout tracé. Il annonce d'ores et déjà la sortie imminente d'un album ainsi que la publication d'un EP instrumental. Probablement pour guider le genre vers de nouveaux sommets.

Par Tomas Statius, publié le 05/09/2014