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N.A.M.E Festival : Nappes de son dans écrin de béton

Publié le

par Tomas Statius

« Êtes-vous ici ? » – Crédit Photo Nina Carpentier

En neuf ans le N.A.M.E festival s'est posé comme un évènement qui compte dans le paysage techno français. En raison de la qualité de sa programmation mais aussi de son inscription dans des lieux peu communs. Visite guidée. 

"Êtes-vous ici ?" - Crédit Photo Nina Carpentier

Depuis la première édition en 2004 au Tri Postal de Lille, le N.A.M.E Festival (pour Nord Art Musique Électronique) a progressivement attiré les grands noms de la techno mondiale pour un évènement qui s'est peu à peu installé dans la paysage. Au fil des éditions on y a croisé Seth Troxler, Richie Hawtin, les 2 Many Dj's, le crew Ed Banger et j'en passe.

Cette année encore la programmation était impeccable : Ellen Alien, WhoMadeWho, Maya Janes Cole, Tale of Us, Rustie, Hudson Mohawke, Boys Noize ou encore Magnetic Man nous ont fait danser jusqu'au bout de la nuit. Mais plutôt qu'un report en bonne et due forme, on a préféré s'atteler à une présentation des lieux au contact desquels le festival a forgé son identité.

N.A.M.E : Carte d'identité

Neuf ans donc. Un chemin parcouru que la boss du festival et artiste contemporaine Fanny Bouyagui présente comme la rencontre d'une volonté politique et d'une structure, l'association Art Point M :

L'idée ne vient pas de nous mais de Renaud Tardy du Conseil Général du Nord. Nous sommes allés à Sonar [célèbre festival à Barcelone, ndlr] ensemble et à notre retour il nous a proposé d'organiser un festival dédié aux musiques électroniques dans la région. On a dit oui. Tout de suite.

Alors est né le N.A.M.E, évènement phare de la rentrée musicale dans le Nord de la France. Mais outre l'abondance de têtes d'affiches réputées pour chaque édition, c'est un autre aspect qui frappe quand on pense à la manifestation.

À côté du site, des espaces encore inutilisés - Crédit Photo <a href="http://ninacarpentier.com/" target="_blank">Nina Carpentier</a>

Loin du centre-ville de la capitale des Flandres, de ses espaces encaissés, et des restrictions bien souvent offertes aux évènements nocturnes, les membres de l'association ont d'emblée choisi une orientation toute autre.

L'idée : accueillir les basses et les VJs (ou Vidéo DJs) dans des friches industrielles, des lieux bruts pour transformer Lille, Roubaix ou Tourcoing en Berlin ou Manchester le temps de quelques nuits.

Plutôt que des salles fonctionnelles donc, l'association a pris le chemin de la réhabilitation sans pour autant dénaturer les sites investis. Garder un équilibre, entre "réinvestissement" du lieu et "conservation" de ses attributs d'origine. À commencer par l'aspect brut.

La Tossée, Salle 2 - Crédit Photo <a href="http://ninacarpentier.com/" target="_blank">Nina Carpentier</a>

La salle 1 dans l'obscurité pendant les balances - Crédit Photo <a href="http://ninacarpentier.com/" target="_blank">Nina Carpentier</a>

Et l'importance attribuée à cette valorisation du patrimoine industriel du Nord-Pas-De-Calais est inscrite dans l'ADN du N.A.M.E. À cet égard Fanny Bouyagui, souligne :

Je trouve cela plus intéressant d'organiser une manifestation comme le N.A.M.E dans des lieux qui ont un passé chargé et les faire découvrir au public. Des lieux qui sont laissés à l'abandon et qu'on fait renaître. C'est plus grunge parce que c'est un parti pris de garder les salles "brutes" avec béton, briques, et métal. C'est plus de boulot aussi mais c'est infiniment plus valorisant.

Et les trois lieux dans lesquels le festival s'est déroulé viennent confirmer ses dires.

La Tossée, vestige du passé industriel

Depuis sa création le N.A.M.E a posé ses bagages dans différents lieux inédits. Le Tri Postal, d'abord espace "nu" de plusieurs milliers de mètres carrés attenant à la gare Lille Flandres. La Condition Publique ensuite : une ancienne filature reconvertie en 2004 en lieu d'exposition et de concert polymorphe du côté de Roubaix. La Tossée enfin, une friche industrielle de plus de 5 hectares.

Vue du bâtiment principal du N.A.M.E - Crédit Photo <a href="http://ninacarpentier.com/" target="_blank">Nina Carpentier</a>

Un espace en pleine reconversion depuis la fin de l'activité industrielle en 2004, comme nous l'explique Jean Badaroux, directeur de la société d'économie mixte Ville Renouvelée en charge de la réhabilitation du site :

L'histoire de la Tossée remonte à 1871 pour les premières implantations de bâtiments industriels. À l'époque il n'y a pratiquement rien autour, c'est une implantation dans les champs. Très vite le site trouve sa configuration actuelle, tel qu'on l'a trouvé quand l'activité a cessé en 2004. La Tossée était spécialisée dans le peignage de laine et la récupération ainsi que la valorisation de sous produits avec lesquels on fabrique notamment des cosmétiques. C'est la dernière activité qui a subsisté avant que le site ne ferme en 2004.

À la Tossée on trouve donc de la brique, des salles "nues", des cheminées à perte de vue et des endroits encore inexploités par la croissance pourtant rapide du festival.

Aux alentours, les projets se multiplient - Crédit Photo <a href="http://ninacarpentier.com/" target="_blank">Nina Carpentier</a>

Dans les dernières heures avant l'ouverture des portes, on s'imprègne d'une ambiance étrange, entre la quiétude d'espaces laissés à l'abandon en marge du site et agitation dans les salles.

De la salle 2 à la salle 1 - Crédit Photo <a href="http://ninacarpentier.com/" target="_blank">Nina Carpentier</a>

À la Tossée, le N.A.M.E n'est qu'invité - Crédit Photo <a href="http://ninacarpentier.com/" target="_blank">Nina Carpentier</a>

La nouvelle vie d'un lieu

Mais dans la zone de près de 50 kilomètres carrés, on ne trouvait pas que des bâtiments industriels : pèle-mêle des habitations, des lieux de vie ou de divertissement comme le café Sala (photo ci-contre), vestige d'une époque révolue. Comme une ville en miniature.

Le café Sala, vestige de l'ère industrielle - Crédit Photo <a href="http://ninacarpentier.com/" target="_blank">Nina Carpentier</a>

Et c'est ce souhait de laisser la ville se développer dans les interstices qui préside quand on en vient à évoquer la réhabilitation du site. Pour Jean Badaroux les lieux sont voués à être reconquis :

À la Tossée nouvelle version, on va retrouver des lieux de loisir, des habitations, des lieux de détente, du minéral et de la nature. Dans ce bâtiment [celui où l'on se trouvait pour l'interview, ndlr] on retrouve par exemple la rédaction de la Voix du Nord ainsi qu'une antenne de l'institut du Monde Arabe dans le Nord Pas de Calais. On essaie de tout mélanger parce qu'une ville monofonctionnelle c'est triste quand même.

Et le N.A.M.E participe à l'essai même si l'investissement du lieu par des nappes de sons reste fugace. Et voué à disparaître.

Couloir de lumière sur le côte de la salle 2 - Crédit Photo <a href="http://ninacarpentier.com/" target="_blank">Nina Carpentier</a>

Nord oblige, une friterie a élu domicile sur le site - Crédit Photo <a href="http://ninacarpentier.com/" target="_blank">Nina Carpentier</a>

Car si le N.A.M.E grandit, il en va de même des constructions attenantes au site qui privent peu à peu le festival d'un espace nécessaire à son évolution. Cette réalité motive un changement de lieu à venir pour l'édition 2014, dixième du nom. Forcément symbolique.

Et il semblerait que les recherches aillent bon train, foi de Fanny Bouyagui :

L'an prochain, le N.A.M.E déménage parce que ce n'est plus possible d'utiliser la Tossée. On ne sait pas encore où l'on sera, on est sur plusieurs lieux, ce sera une surprise.

Et Jean Badaroux ajoute :

Le N.A.M.E au Tri Postal c'était une histoire, le N.A.M.E à la Tossée une autre et tel qu'on connait Fanny et sa bande, ils ne vont pas se répéter. Il y a d'autres contacts pour trouver un nouveau lieu. Ce sera autre chose.

Et pour cette édition 2013, ce fut une affaire de sueur, de sons et de lumière. Plutôt qu'un texte, on vous a préparé un diapo. Le N.A.M.E, c'était ça.

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