Mr. Flash : "Oui, la musique est devenue un produit jetable"

Alors que son premier album Sonic Crusader vient de sortir, Konbini a rencontré Mr. Flash. L'occasion de revenir sur celui-ci mais aussi sur son parcours, son rapport à la musique et sa collection de vinyles.

Mr Flash

Mr. Flash

Konbini | Cela fait dix ans que tu es signé sur Ed Banger, pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour sortir ce premier album ?

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Mr. Flash | Il y a dix ans, alors que je sortais mon premier maxi, ce n'était pas ma priorité de faire un album. Il fallait d'abord que je le réfléchisse, que je le pense. Et pour arriver à ce résultat-là, j'ai dû faire une bonne cinquantaine de versions différentes. Sonic Crusader, c'est une référence à un article de Dazed & Confused mais c'est aussi dix ans de croisades sonores à travers ma vie. J'aurais pu les filmer, j'aurais pu les écrire mais j'ai préféré les mettre en musique.

K | Du coup, c'est des morceaux que tu as écrits il y a longtemps ?

En fait, juste après la sortie de mon EP Blood, Sweat & Tears, Sébastien Tellier est venu me voir pour me demander si je voulais produire son album My God Is Blue. Au départ je ne voulais pas du tout parce j'avais envie de continuer dans la lignée de Blood, Sweat & Tears et sortir un disque rapidement – j'avais déjà quelques morceaux de côté mais pas assez pour faire un album en entier.

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Mais j'ai décidé de travailler avec Sébastien et du coup de reporter la réalisation de mon opus. Ce que je ne regrette pas du tout parce que ça m'a permis d'avoir un certain temps pour le réfléchir. Et ça, j'en ai besoin. Du coup, après avoir fait My God Is Blue, j'ai repris les maquettes que j'avais et je les ai retravaillées, et les autres morceaux je les ai faits cette année.

K | Il y a beaucoup de titres en featuring sur cet album, comment as-tu procédé pour choisir les artistes ?

J'ai fait beaucoup de nuits blanches (rires). Je voulais des artistes avec des profils vraiment différents. Sur "Number 1", j'ai réussi à réunir Cities Aviv – le mec un peu en vogue –, le rappeur Action Bronson, et Oh No, le frère de Madlib. J'ai choisi Surahn, un pote à moi que je trouve très talentueux et qui fait partie du groupe Empire of the Sun pour illustrer le morceau "Midnight Blue". Il y a aussi Lady Leshuur sur le titre "Bagheera". Le nom du morceau est dû au fait que je trouve que c'est une vraie panthère d'ailleurs. Tout ça est venu assez naturellement au final. Et je suis content d'avoir réussi à rassembler tous ces artistes.

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K | Comment as-tu commencé ?

J'ai jamais voulu faire ce métier-là. Je viens d'un milieu familial très musical mais à la base j'étais technicien dans le cinéma. Et puis un jour, je suis monté à Paris [il est originaire du Sud de la France, ndlr], m'installer dans le XVème arrondissement, et j'ai sympathisé avec mes voisins d'en face qui n'étaient autres que des amis à TTC. À cette époque, j'étais à fond dans le rap, et ça m'a permis de me rapprocher d'eux. Ils m'ont demandé de collaborer avec eux sur Game Over 99 et après ça, les choses se sont construites assez naturellement.

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Mais comme je le disais, j'avais jamais envisagé de faire carrière là-dedans. C'est après coup que je me suis rendu compte que j'avais reporté cette envie de créer des ambiances, des images dans ma musique. Je m'inspire de ça pour essayer de développer un scénario, un univers dans mes morceaux.

K | Quel est ton rapport à la musique et au rap ?

Je suis collectionneur de disques depuis que j'ai 11 ans. Cela va sans dire que j'aime beaucoup de styles différents. Par exemple, chez moi, j'écoute pas mal de jazz des 70's, alors qu'en soirée je vais mixer de la techno assez noire, et à la radio je vais passer des musiques plus actuelles ou des sons électro complètement barrés.

Et le rap, j'en écoute toujours un peu aujourd'hui, surtout parce que c'est grâce à lui que je me suis construit musicalement parlant. Avant, quand j'écoutais un album, j'arrivais pas à me dire "tu peux faire ça". Et c'est quand j'ai commencé à écouter du rap, à voir que plein de gamins arrivaient à sortir des trucs cool avec très peu de moyens et sans aller dans une école de musique, je me suis dis "pourquoi pas moi ?".

K | Que penses-tu de l'évolution de Ed Banger ? 

C'est plutôt cool qu'on soit encore là dix ans après, malgré les hauts et les bas, et qu'on fasse encore de la musique. Je suis très fier de ce que Pedro [Winter, ndlr] en a fait, et de ce que c'est devenu aujourd'hui, même si ça n'a pas toujours été évident.

K | Laurent Garnier a dit dans une interview à l'Express que "la musique est devenue un produit jetable". Qu'est-ce que t'en penses ?

Je pense qu'il a complètement raison. Quand j'étais plus jeune, écouter de la musique était une activité à part entière, aujourd'hui c'est devenu un produit jetable. Après, ça dépend pour qui. Je sais que moi je ne consomme pas la musique comme ça. J'aime posséder les choses, j'aime l'objet. C'est pour ça que j'ai une immense collection de vinyle chez moi.

Mais tout le monde ne penses pas comme moi, tout le monde n'a pas la même manière de consommer. C'est pour ça que c'est à nous de nous adapter pour faire en sorte que la musique ne soit pas jetable, de faire en sorte que les gens comprennent qu'il y a une manière d'écouter la musique. Il faut réussir à toucher les gens.

Par Sarah Barbier, publié le 18/06/2014