MØ : rencontre avec une jeune fille en place

En un an et un EP, la danoise MØ se pose comme l’une des figures du néo-R’N’B. Rencontre à l’occasion de son passage à Paris pour le festival des Inrocks.

MØ

MØ - Crédit Image Helena Lundquist pour Roskilde Festival

La première fois qu'on la vu c'est dans le clip de "Glass". Elle sur un ferry les yeux perdus on ne sait où. Ciel bleu, bord de mer ; fondu enchainé sur une veste déchirée sur laquelle on découvre l’inscription "Boss Of The Boys". Visage oscillant entre douceur et dureté des traits. Allure fière et tresse (bientôt) dressée sur la tête.

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Oh ! Why do everyone have to grow old ?

Martelait-elle sur le refrain comme un aveu de la difficulté poisseuse à se trouver dans un entre-deux âges.

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MØ en danois, ça veut dire vierge. Ou plutôt d’après Karen Marie Ørstred : « une très jeune fille peu expérimentée ». MØ fait partie de ces jeunes chanteuses R'N'B qui privilégie l'honnêteté aux phares et aux grimaces. Pour cette raison et parce que son avènement est assez récent, on a parlé de ses premières fois musicales.

MØ : "À 7 ans je voulais être une pop-star"

Si MØ est arrivé comme un ouragan sur le devant de la scène (en août 2012 avec le titre "Pilgrim" déniché en premier par les fantasques new-yorkais de MS MR), ses premiers souvenirs musicaux remontent à bien plus loin. L'enfance, les références pop, les clips chopés à la télé, les bouts de chansons entendus à la radio :

J’ai écrit ma première chanson quand j’avais sept ans.  Elle s’appelait « Because I Love You ». J’étais fan des Spice Girls à cette époque. Je voulais être une « pop star ». À l’adolescence j’ai découvert le punk, mais aussi le milieu activiste, des trucs comme Black Flag par exemple. J'ai toujours eu cet amour pour les bonnes chansons entêtantes mais j'ai aussi un attachement pour le punk.

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Et si elle convoque deux références dans son parcours c'est bien ces deux là. Le projet MØ relève de la volonté de concilier la douceur de titres pop et une attitude volontairement "nonchalante" pour ne pas dire provocatrice. Le difficile mélange entre ces deux lexiques explique pour beaucoup la sortie tardive de son premier EP Bikini Daze. Près d'un an et une demi-douzaine de chansons plus tard :

Le projet a commencé en 2009 mais à l’époque c’était plutôt electro-r’n’b-trash, assez différent de ce que c’est maintenant (...)  En fait ça a pris pas mal de temps pour creuser dans ce que je voulais vraiment. Et plus encore de savoir comment être honnête avec ma musique.

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Mais le délai se dilue également dans l'importance des rencontres. Entre son premier titre et la parution de Bikini Daze son premier EP, MØ a trouvé son producteur attitré. Il est danois, s'appelle Ronni Vindahl, et la collaboration semble bien huilée. Extrait de la conversation et détail de la méthode de composition de MØ :

Ronni Vindahl est mon producteur principal. C'était véritablement un grand pas de le rencontrer pour la direction du projet. (...) En général, j'écris et joue la chanson en entier au piano puis j’enregistre les voix car j’aime enregistrer moi-même ma voix. Ensuite j’envoie le tout à Ronni, il commence à travailler dessus, à produire puis nous nous rencontrons et finissons le titre. C’est comme ça que presque toutes les chansons sont faites.

Et après l'EP, il semblerait que le temps soit à la parution d'un album longtemps attendu par ceux qui la suivent. "Promis ce sera début 2014", confie-t-elle. Et on a envie de la croire.

"Liberté de pouvoir croire en soi"

Jupe plissée, tronçonneuse à la maison, MØ héraut du "girl power" ? - Capture d'écran du clip "Waste Of Time"

Mais outre la qualité indéniable de ses chansons, il y a un charme dans la musique de MØ qui ne se réduit pas aux compositions de Ronni Vindahl. Comme un mélange, qu'on présentait de manière liminaire, entre une extrême sensibilité, des blessures saillantes (on pense particulièrement ici au titre "Waste Of Time" évoquant un échec amoureux) et la dureté. Entre la "femme forte" et la difficulté à trouver sa place. La musique de MØ fait la part belle à une thématique foutrement moderne : la difficile nécessité de se "trouver".

Elle s'explique :

La plupart des chansons parle du fait d’être jeune, sans repère, ni repos et troublé à propos de tout. Mais elles partent également sur une quête : celle d’avoir la liberté de pouvoir croire en toi. D'un certaine manière,  je pense qu’on peut appeler ça Girl Power, oui (rires).

Les textes de MØ transpire l'honnêteté crasse, sans crainte de se montrer tel qu'on est. Quitte à ce que cela ne soit pas toujours reluisant. Vraie meuf en vrai.

"SXSW : le meilleur festival auquel je suis allé"

Et sur scène, il est difficile de duper le spectateur. En live on ne ment pas. Sa première fois ?

C’est un petit concert dans une salle de Copenhague, à Christiania [le quartier autogéré de la capitale danoise]

Et le moins que l'on puisse dire c'est que MØ ne se moque pas de son auditoire. En "première-première partie" du festival des Inrocks le 10 novembre dernier, la danoise a fait passer Christine And The Queens, et même AlunaGeorges pour des enfants timides. Une fille sur ressorts qui sera bientôt en première partie de Diplo pour 8 dates en Europe. Une nouvelle qu'elle accueille avec joie et qui fait suite à leur collaboration sur le titre "XXX 88" :

J’étais interviewé pour le magazine DIY en Grande Bretagne et ils m’ont demandé quelle était ma collaboration rêvée et j’ai répondu Diplo. Tout ça est arrivé à ses oreilles, et Diplo a répondu qu’il aimait mon travail. On s’est rencontré à Amsterdam, on a fait une session là-bas et on a commencé à travailler ensemble. On part en tour avec eux pour 8 dates d’ailleurs. Je suis contente qu’ils me veuillent avec eux (rires).


Ces derniers temps, le tour ne s'arrête pas et la danoise enchaîne les dates au quatre coins du globe. SXSW ?

Meilleur festival auquel je suis allée pour la musique et l’ambiance générale. C’était incroyable.

Elle garde un souvenir ému de sa performance à Paris au Silencio, et plus particulièrement des cocktails ainsi que de l'impression "d'être dans Twin Peaks". Nous de son bref passage à La Cigale. Comme un ouragan qui s'est jeté sur moi, MØ a tout emporté.

Par Tomas Statius, publié le 15/11/2013

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