FAUVE, de dos.

Interview : Mise au point avec Fauve

Lors du festival "This is Not A Love Song", on a rencontré une pléthore d'artistes talentueux. Forcément on les a interviewés. Aujourd'hui on commence par FAUVE.

Fauve

Question : pourquoi Fauve fait tant le buzz ces temps-ci ? Peut-être parce que Fauve est une peinture de vie. Ses membres ont eu le courage de contrer la routine, d'abandonner leur vie banale et fade et de se libérer du carcan des responsabilités. Hors des sentiers battus, leurs paroles scandées touchent par leur sincérité, comme si Fauve crachait la rancœur d'une vie étouffante et tordue pour effleurer le sentiment de liberté. Échange lors du This is not a love song festival.

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Tout droits réservés : Romain Lefevre Roland

Quelle signification a le mot Fauve ?

C'est devenu un qualificatif pour nous. On a injecté notre propre sens dans ce terme-là au fil du temps. À la base c'est polysémique. C'est une couleur, un mouvement pictural. Pour nous, c'est plus un truc instinctif, une rage, une frénésie positive, quelque chose d'hyper coloré, dense, un peu brûlant et lumineux en même temps.

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C'est pas très précis mais c'est un mot qu'on utilise souvent entre nous pour décrire n'importe quoi. Quand on a commencé le projet, on n'avait pas de nom. On en cherchait un qui pouvait définir ce que l'on voulait faire. Et on est retombé sur le mot fauve du film Les nuits fauves. Pour tous les sens qu'il portait, on l'a tout de suite adopté.

Pour rebondir sur le cinéma, est-ce une source d'inspiration ?

Dans Fauve, le texte est un peu le carburant, le fil rouge du projet. C'est une sorte de journal intime, de monologue à toi-même. Il n'y a pas de recherche de styles ni de rimes. Les influences peuvent être de plusieurs niveaux. Après on n'est pas des grands cinéphiles, des grands littéraires mais certaines références nous ont vraiment marqué. Les trucs de Blier, des mecs comme Dupontel, tous les Scorsese, Coppola.

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Tous les films où il y a des aspérités, des gens en prise avec eux-mêmes avec un vaste spectre d'émotion et de personnalité. Et dans les bouquins, c'est un peu pareil. On n'est vraiment pas des mecs lettrés. Balzac ou Baudelaire, je ne sais pas si quelqu'un a déjà lu ça parmi nous. Ou alors au lycée. Je crois qu'on aime tous bien les poètes de la Beat Generation parce qu'il y a cette espèce d'écriture un peu brûlante, automatique et spontanée sans fioritures. À la fois réaliste et un peu mystique.

 Fauve, est-ce une initiative personnelle ou un consensus de groupe ?

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Dès le départ, il y avait cette volonté de collectif. On se connait déjà depuis super longtemps. C'est quand même avant tout une histoire d'amitié.

Pour ce qui est des textes, il n'y a pas de fiction, on parle de ce qu'on vit nous personnellement ou dans notre périmètre proche. On va agréger nos expériences personnelles. Sur un thème donné, on va pas mal discuter des intentions pour ensuite alimenter la réflexion sur le sujet. On n'est pas tous derrière une feuille en train d'écrire. C'est une personne dans le groupe qui va vraiment avoir ce rôle de concrétisation des idées.

FAUVE

Ça marche comme les monologues que tu as sous la douche ou les discussions que tu as avec tes potes. C'est juste un journal intime, ça ne va pas plus loin que ça. Il n'y a pas de volonté littéraire.

Fauve est-il une manière de vaincre l'ennui et la routine que l'on connait tous ?

C'est complètement ça. Fauve est notre soupape. Pour une fois, on fait quelque chose pour nous, pas pour un stage ou un boulot où tu es dépendant d'exigences non choisies. C'est comme des partiels. Tu te rends compte que tu fais ça pour tout sauf pour ton enrichissement personnel. Tu te gaves de trucs totalement stériles et au final tu n'en retires rien parce que ça ressort aussitôt.

Avec Fauve, il y a une idée de vider le trop plein, de créer son chemin, de se construire son outil pour voyager. Fauve est arrivé au moment où on commençait tous à bosser et qu'on s'est rendu compte que c'était parti pour 40 ans. On n'avait pas envie de se flinguer tous les matins. On avait besoin de quelque chose de plus exaltant, qui nous fasse vibrer.

Des projets pour la suite ?

 Déjà il y a l'été à passer avec toutes les dates de concerts et de festivals. Après, dans l'idéal, on a dans nos têtes le projet Fauve accompli. Et on aimerait s'en approcher. Donc faire plus de vidéos, textes, musiques et concerts. Tout ce que l'on fait maintenant mais puissance 30.

C'est pour ça qu'on a arrêté les jobs, parce qu'on fonctionne par palier et qu'il fallait sauter ce stade. Et après l'été, il faudra passer à l'autre stade. C'est vrai que l'on a envie de faire des choses qui sortent un peu du format classique. On est un projet de 2012, on est tous de la même génération et on sait très bien que sortir un album même pour toi ce n'est pas très touchant. On est comme tout le monde, on bouillonne d'idées, mais on essaye de concrétiser ce que l'on a envie de faire.

Vous pensez quoi du buzz que vous suscitez ?

Je pense que tu sais un peu ce qu'on en pense. Il y a deux facettes. Arriver dans une salle qui n'est pas vide, toucher le public, ça c'est bien. Par contre, que les médias parlent autant de nous, c'est fatiguant. On n'a pas l'habitude et on ne fait pas Fauve pour ça. On a cinq chansons sur Youtube et on vient de sortir l'EP, c'est complètement dément par rapport à des groupes plus avancés que nous.

FAUVE, de dos.

Il y a un vrai décalage avec la maturité du projet. On a l'impression d'être pris pour ce que l'on n'est pas du tout et que la perception du projet n'est pas lucide. Cet emballement est un peu ridicule. Après, on ne crache pas du tout dans la soupe, ça nous donne une liberté à plein de niveaux. Ça va nous permettre de faire plus de choses que ce que l'on pensait, de buter la routine justement. Pour l'instant, c'est fini le métro boulot dodo.

Par Solenn Cordroc'h, publié le 17/06/2013

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