Après The Lobster, Colin Farrell procède à la Mise à mort du cerf sacré

Après avoir remporté en 2009 le prix Un certain regard pour Canine et en 2015 le Prix du jury pour The Lobster, le cinéaste grec Yorgos Lanthimos truste la compète cannoise avec l’étrange Mise à mort du cerf sacré.

© Haut et court

© Haut et court

Un cœur en très gros plan. Des battements stables. Un chirurgien qui s’apprête à recoudre le patient. C’est avec cette image frappante que Yorgos Lanthimos souhaite la bienvenue à ses spectateurs. L’air d’imposer, sans préavis, le ton clinique sur lequel s’épanouira son cinquième long-métrage : Mise à mort du cerf sacré. Dans le costume du praticien, spécialisé dans les opérations cardiaques, Colin Farrell crève immédiatement l’écran, deux ans après avoir fait la joie du cinéaste grec dans The Lobster. Son personnage, Steven, a la mine défaite. Quant à ses émotions, elles nous paraissent d’emblée stériles, à l’image des outils qu’il manipule ou des interminables couloirs qu’il longe.

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La caméra de Yorgos Lanthimos le suit, minutieusement, à grand renfort de travellings amples. De ceux dont a fait usage Stanley Kubrick pour traquer le petit Danny dans les dédales de l’Overlook Hotel (Bonjour Shining !). Ce faisant, il confère immédiatement un caractère vivant à son décor d’ouverture, le très moderne Christ Hospital de Cincinatti. Ici, l’idée consiste à faire du lieu un personnage organique du récit, avec ces allées aseptisées qu’il projette comme autant de nerfs reliant un même myocarde. Et dès lors que le héros léthargique quitte les murs blancs de l’hosto, son imposante demeure prend elle aussi des allures vivaces. À l’intérieur : sa femme (impeccable Nicole Kidman), ophtalmologiste à la ville, et ses deux enfants, Kim, 14 ans et Bob, 12 ans.

Choisir ou mourir

Créer des atmosphères mystérieuses et comico-mortifères est l’une des activités favorites de Yorgos Lanthimos. Là encore, il parvient à vaporiser un parfum anxiogène sur son entreprise familiale. Sous le vernis du confort, un corps étranger attend en effet de faisander l’horizon. C’est sous les traits de Martin, un ado impénétrable, que déboule la nuisance. Le jeune homme, qui a perdu son père des suites d’une maladie du cœur, réussit à se faire prendre sous l’aile de Steven. Bémol : ses intentions sont aussi sibyllines que son discours. Que veut-il ? Quel est le but de ce rapprochement ? Pour répondre à ces questions, le cinéaste grec va s’engouffrer dans le genre pur, faisant de la vie de ses sujets le théâtre d’un film d’horreur.

Les enfants perdent ainsi leur repère et, bientôt, leur motricité, forcés d’errer dans la bâtisse sous le regard acéré comme un scalpel de la mère Kidman. Derrière la caméra, Yorgos Lanthimos s’amuse, non sans humour, avec les codes du film de contamination, jouant sur la lumière et la musique, déroulant des travellings à la pelle. Des plans qui lui permettent de matérialiser l’idée du mystère irrésolu, du labyrinthe imprenable et, de facto, d’une issue sacrificielle dont ni le spectateur ni le héros ne pourront se départir. Tout n’est pas convaincant, soyons-en conscients. Le cinéaste oscille constamment entre grands instants formalistes et saillies grand-guignolesques. Mais il ose, propose, échafaude et nous offre une vision atypique et radicale de son univers. Après tout, n’est-ce pas le propre du cinéphile que d’explorer de nouveaux terrains ?

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Par Mehdi Omaïs, publié le 22/05/2017

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