Le discours émouvant (et anti-Trump) de Meryl Streep aux Golden Globes

"Quand une personne qui a du pouvoir rabaisse les autres, nous perdons tous."

Publicité

Le dimanche 8 janvier, Meryl Streep s'est vivement attaquée à Donald Trump (à partir de 2 minutes 45).

Dans la nuit du dimanche 8 au lundi 9 janvier, Donald Trump en a pris pour son grade. À dix jours de son investiture officielle, qui aura lieu le 20 janvier prochain, le 45e président des États-Unis a en effet été la cible de nombreuses moqueries, dont celles d'un Jimmy Fallon déchaîné, de Hugh Laurie ou encore de notre Isabelle Huppert nationale, qui s'est enquise d'un piquant : "N'attendez pas du cinéma qu'il dresse des murs et des frontières."

Au milieu de ce torrent de sarcasme dirigé à l'égard du milliardaire, Meryl Streep a quant à elle adopté un ton plus émouvant (mais pas moins percutant). Alors qu'elle recevait le prix Cecil B. DeMille, qui récompense les artistes pour l'ensemble de leur carrière dans l'industrie cinématographique, l'actrice a prononcé un discours poignant dans lequel elle a exprimé toute son hostilité à l'égard de Donald Trump (sans d'ailleurs jamais prononcer le nom de ce dernier).

Publicité

"Je n'arrive toujours pas à y croire, parce que ce n'était pas du cinéma"

Après avoir rendu hommage aux acteurs "étrangers et outsiders" qui à ses yeux font la beauté et la force d'Hollywood (elle cite notamment Natalie Portman, Dev Patel, Ruth Negga et Ryan Gosling), Meryl Streep a en effet dénoncé l’intimidation à laquelle l'homme de 70 ans s'est plus d'une fois livré, en évoquant plus particulièrement l'épisode où il a publiquement tourné en ridicule Serge Kovaleski, un journaliste handicapé du New York Times, né avec de l’arthrogrypose :

 "Il y a eu de nombreuses prestations cette année qui étaient à couper le souffle. Mais il y a eu une performance en particulier qui m'a laissée bouche bée, qui m'a désemparée. Non pas parce qu'elle était bonne – il n'y avait en vérité rien de bon là-dedans. Mais parce qu'elle a été efficace. Elle a fait rire tout l'auditoire.

Je parle de ce moment où cette personne, qui a eu le privilège de siéger dans la chaise la plus convoitée de notre pays, a imité un journaliste handicapé. Il avait plus de pouvoir, d'argent et de poids que cette personne. Ça m’a brisé le cœur. Et je n'arrive toujours pas à y croire, parce que ce n'était pas du cinéma. Mais de la vraie vie.

Cet instinct d'humilier qui est mis en avant en public, par quelqu'un de puissant, a une incidence sur la vie de tous parce que cela devient comme une autorisation à faire de même. Le manque de respect engendre le manque de respect. La violence engendre la violence. Et quand une personne qui a du pouvoir rabaisse les autres, nous perdons tous."

En conclusion, Meryl Streep a invité les médias à faire leur travail en traitant de tous les dérapages du futur président du pays, et invité chacun à défendre la liberté de la presse.

Publicité

"Je ne me suis jamais moqué de personne", répond Donald Trump

Ce matin, Donald Trump a répondu aux propos de l'actrice. Dans un court entretien téléphonique avec le New York Times, il a expliqué qu'il n'était "pas surpris" des attaques de ces "gens libéraux du cinéma", dont Meryl Streep, qu'il a qualifiée de "Hillary lover".

Le nouveau chef d'État américain en a tout de même profité pour se défendre, affirmant qu'il ne s'était jamais moqué de Serge Kovaleski. "Je ne me suis jamais moqué de personne. Je remettais en question un journaliste qui est devenu nerveux parce qu'il a changé l'histoire", a-t-il affirmé, faisant référence à un article écrit par le journaliste en 2001, au sujet des attentats du 11 Septembre. "Les gens continuent de dire que j'ai voulu me moquer de son handicap, comme si Meryl Streep et les autres pouvaient lire dans mes pensées, mais ce n'est pas le cas."

Et de conclure, avec une énième justification :

Publicité

"Et puis, il faut se souvenir que Meryl Streep a ouvert le discours d'Hillary Clinton lors de la convention démocrate, et beaucoup de ces gens-là soutiennent Hillary."

Par Naomi Clément, publié le 09/01/2017

Pour vous :