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Au Japon, un manga déclenche une polémique autour de Fukushima

Publié le

par François Oulac

Une page du dernier épisode du manga Oishinbo, publié lundi dans le magazine Big Comic Spirits. (Crédit image : Yoshiaki Miura)

Les derniers chapitres du manga japonais Oishinbo, qui évoquent la catastrophe de Fukushima et ses conséquences sur la santé des habitants, ont déclenché un tollé. Amenant même le Premier Ministre, Shinzo Abe, à réagir publiquement ce week-end.

Une page du manga <em>Oishinbo</em>, publié dans le magazine <em>Big Comic Spirits</em>. (Crédit image : Yoshiaki Miura)

Une tornade emportant tout sur son passage, jusqu'au Premier Ministre. Ainsi pourrait-on résumer la polémique autour d'Oishinbo ("gourmet"), série gastronomique écrite par Tetsu Kariya, dessinée par Akira Hanasaki et publiée depuis plus de 30 ans dans le magazine Big Comic Spirits.

Depuis plusieurs épisodes, les auteurs abordent les problèmes de santé des victimes de la catastrophe de la centrale Fukushima Daiichi, survenue en 2011. Dans un chapitre paru fin avril, un personnage affirme que de nombreux habitants de Fukushima saignent du nez de façon inexpliquée, comme dans l'image ci-dessous :

Une page du manga Oishinbo, publiée dans le magazine Big Comic Spirits. (Crédit image : Yoshiaki Miura)

Déclenchant un débat sur Internet, dans la région et jusqu'aux autorités de la préfecture, qui lancent des protestations contre le manga.

Tetsu Kariya écrit alors dans son blog :

J'imaginais bien qu'évoquer ces saignements de nez allait entraîner des protestations, mais je ne pensais pas que cela allait provoquer une tourmente pareille. Je ne comprends pas pourquoi, lorsque l'on écrit la vérité telle qu'elle est, les gens critiquent cela.

Et le mangaka d'ajouter que ses affirmations se basent sur deux années d'étude de terrain. La polémique atteint son point d'orgue quand Oishinbo accuse "la compagnie Tepco et le gouvernement de traiter la situation de façon irresponsable" et réclame de l'aide pour les habitants de la région sinistrée.

Des "rumeurs sans fondement", selon Abe

De passage le week-end dernier dans la ville de Fukushima, le Premier Ministre japonais, Shinzo Abe, a tenu à contrer ce qu'il estime être de fausses allégations :

Il est nécessaire que le pays combatte de toutes ses forces ces rumeurs sans fondement. Il n'a été confirmé aucun cas d'atteinte directe à la santé de qui que ce soit à cause des substances radioactives.

Face à la polémique, Hiroshi Murayama, l'éditeur d'Oishinbo, a pris la défense de son auteur lundi 19 mai. Dans les colonnes de Big Comic Spirit, il désigne les propos de Kariya comme une tentative “sérieuse” d'attirer l'attention sur les conditions de vie, largement ignorées, des habitants de la préfecture de Fukushima :

En tant qu'éditeur en chef, j'ai décidé que le point de vue de Kariya valait le coup d'être exposé aux lecteurs pour qu'ils se fassent leur opinion.

Le gouvernement japonais "presque criminel"

Le Big Comic Spirit de lundi comportait également dix pages de droit de réponse, exposant l'opinion de 13 experts et municipalités. L'un d'eux, Hiroaki Koide, professeur assistant dans une université de Kyoto, défend la corrélation entre les saignements de nez et la radioactivité, ajoutant :

Non seulement le gouvernement n'a pas envie d'assumer sa responsabilité dans la catastrophe, mais il est déterminé à l'effacer de la mémoire des gens. Une telle irresponsabilité, c'est presque criminel.

La parution d'Oishinbo a été suspendue pour une durée indéfinie. Plusieurs collectivités locales ont porté plainte contre son éditeur.

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