Rencontre et session acoustique sur la planète Mac DeMarco

Votre vie est nulle si vous n'avez jamais entendu parler de Mac DeMarco. Le blase ferait presque penser à celui d'un acteur de films érotiques période VHS... Il est facile de s'imaginer beaucoup de choses sur le bonhomme, et même une fois ses sons écoutés, il peut paraitre difficile à cerner. Un ovni à taille humaine, un dur dans le corps et doux dans le coeur, qui sait faire rire et veut faire jouir. La vanne est facile, la musique l'est beaucoup moins, la verve, quant à elle, relève du génie. Session acoustique et passage en revue d'un baisé surdoué.

From Montreal with so much love

Cela fait plus ou moins trois ans que Mac DeMarco est parti de Vancouver, qu'il avait rejoint à la fin du lycée, pour arriver à Montreal. Dans la première ville, il opérait en duo sous le nom de Makeout Videotapes, et livrait - avec son pote Alex Calder - un rock lo-fi et bruyant. Déjà, dans les méandres de saturation de leur EP Ying Yang, on sentait le squelette bien ficelé. Le duo devient un trio, et font une petite tournée à échelle urbaine, intra-Vancouver, avec les Japandroids.

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Montreal sera la ville de la prise en main, c'est là que Mac DeMarco décide de faire valoir son nom. Pour financer son premier projet, il se fait cobaye et subit des expériences médicales saugrenues contre de l'argent. Il y a du y laisser une ou deux cases. Il fabrique lui même son premier EP en solo dans son "Jizz Jazz Studio", en touchant aux machines rétro et à tous les instruments qu'il a pu trouver. Mac réussi à vendre son EP chez Captured Tracks, un label de Brooklyn qui vise toujours juste. Ça donne Rock and Roll Night ClubC'est en fin 2012, en écoutant le très catchy "She's Really All I Need" - issu de l'EP en question - que mon histoire d'amour pour DeMarco a commencé.

A la découverte d'un artiste, mon premier réflexe est d'aller creuser sa chaîne youtube, habitude inévitable pour le meilleur ou le pire. Arrivé sur celle de Mac DeMarco, j'ai limite cru que avoir affaire avec un "mec du lol", du genre de ceux qui font des faux tutoriels pour apprendre à tchiper. Entre les vidéos où il serre les muscles sur fond de Ramones, les covers hallucinées, les blagues vaseuses et les interviews subliminales ou codéinées, le WTF est total. Allez y faire un tour, ça fera votre soirée.

Je croyais à un clown doué mais un peu flemmard, qui fait du rock posé, bien pensé et volontairement mal-enregistré. Erreur, car quand on écoute 2, son premier album, on se rend vite compte que Mac DeMarco n'est pas un des ces petits branleurs qui fait tristement bouger. Le clownesque est un masque qui fait office de porte d'accès à son univers génial. Les brooklynites peuvent l'appeller "patron".

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Premier morceau de la session acoustique que Mac Demarco a accordé à Konbini, celui qui ouvre l'album (Captured Tracks).

Mac DeMarco - Cooking Up Something Good

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Cigarette aux lèvres, rythme dans le sang, regards caméras à la coule, Mac fait la différence. La force de ce mec sympa réside dans la simplicité Pop de ses morceaux. Entendue telle quelle, sa musique parait si facile à faire pour lui, alors qu'en réalité, il est le seul à pouvoir le faire de cette manière.

En studio, c'est tout autre chose. Sur "Freaking Out The Neighborhood" (2), on découvre un mix pointu et une guitare lead à tomber par terre, soutenus par les vocales touchantes de Mac, qui adresse ces mots doucement ironiques à sa mère, inquiète. Un poème.

Really, I'm fine / never been better, got no job on the line sincerely, don't worry /same old boy that you owe to you in front

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L'équation DeMarco

La valeur ajoutée du canadien tient dans sa capacité à transcender son interlocuteur, son entourage ou son public, dans son univers. Un univers qui ne ressemble pas à grand chose, un monde simple, sincère et très  peu prétentieux, à base d'un paquet de Viceroy par jour, d'icônes presque à la retraite comme le fabuleux Johnathan Richman, Michael McDonald, chanteur des Doobie Brothers ou encore Chuck Mangione, un patron du Jazz. Des références pointues et surprenantes, comme Mac, qui a le don de chanter ses chansons comme des histoires.

Deuxième morceau de la session acoustique : "Dreaming", une balade chargée en émotion.

Mac DeMarco - Dreaming

Il est, avec son groupe (quatre autres décoincés du slop), l'unique détenteur du secret de sa sonorité. Le premier album de DeMarco sonne comme gouterait du miel au piment, et il a une confiance telle en sa création que tout le reste coule tout seul, spontanément.

Un performer de choix

Le soir-même de cette rencontre à la Maroquinerie, Mac donnait un concert dans la même salle, comble. C'était son deuxième passage dans la capitale. Un son qui flirte avec la perfection, des rythmes accélérés qui font inconsciemment bouger les bassins, des blagues débiles aromatisées à la cool et à l'alcool, des reprises pourries de Metallica ou des Beatles enchainées au beau milieu d'un morceau, peu importe où il se trouve, Mac DeMarco est chez lui.

Chauffés par la reverb de Sean Nicholas Savage, le public était entrainé, transporté dès l'entrée de Mac DeMarco, et quand l'idée de me retourner m'a traversée l'esprit, tout ce que j'ai vu étaient des sourires fixés et des yeux qui brillaient. Quand la musique vient du coeur, la performance vient des couilles. On sent que le groupe vit ce début de gloire de manière attachée, ils la vivent, et c'est tout. Eux aussi avaient les yeux mouillés.

Ce n'est que le début.

Bonus

En petit plus, une "interview" complétée - parfois dessinée - de la main du premier concerné. Un concept inspiré du journal gratuit New Yorkais Sneeze. Certaines de ses réponses méritent des explications.

Television : http://www.youtube.com/watch?v=jlbunmCbTBA / California : là, il dit juste bonjour à un ami californien / France : Mac DeMarco et sa bande ont tourné avec Phoenix, une visibilité méritée / Your kind of woman : ça c'est le nom de sa copine / Vote for : Marc Emery est l'icône politique cannabis du Canada. Il purge actuellement une peine de 5 ans de prison pour vente de graines http://en.wikipedia.org/wiki/Marc_Emery / Tanning Bed : à la base, il y avait marqué "Satan", ça ne l'a pas inspiré / Haircut : il parle d'un type de personne over-swaggée que l'on trouve à Seattle, du genre Sea Punk en pire (ce sont ses mots), d'où la coupe de cheveux.

Crédits session acoustique

Son : Vincent Hiver 

Image : Louis Lepron

Montage : Sylvain Di Cristo

Réalisation : Thomazi

Merci à

Mac DeMarco / La Maroquinerie / Marion Seury / Captured Tracks / Differ-ant

 

Par Thomas De Ambrogi, publié le 25/05/2013

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