L'iPod Classic, c'est fini

Ce mardi 9 septembre n'a pas seulement vu la naissance de l'iPhone 6 lors de la keynote Apple. Il a aussi signé la mort de l'iPod Classic. Retour sur un objet qui a révolutionné l'industrie musicale telle qu'on la connait.

L'iPod Classic, c'est terminé. Si l'on en croit le site d'Apple, l'objet a disparu du catalogue. Jusque-là, il pouvait proposer jusqu'à 160 Go de stockage interne, depuis sa dernière version en septembre 2009. Et c'était finalement son unique originalité, face au déferlement des nouveaux iPhone, et notamment du tout dernier, l'iPhone 6, qui disposera d'une capacité de 128 Go.

Les nostalgiques se souviendront de sa molette cliquable et de la découverte d'un nouveau monde lors de l'achat du Graal il y a plus de dix ans. De sa création en 2001 à sa fin de vie en 2014, l'iPod Classic a aussi été le vecteur de changements importants au sein de l'industrie musicale comme de nos comportements.

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"1000 chansons sur un même support"

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23 octobre 2001 : Apple commercialise l'iPod. Disque dur de 1,8 pouce pour une capacité de 5Go. Un an plus tard, il passe à 10Go. On pouvait même, lors de sa sortie, aposer une inscription au dos de l'objet, pour 50 dollars. Progressivement, la marque à la pomme va donner à l'iPod de plus en plus de "place".

À l'époque de la sortie de l'iPod, qui pouvait prévoir le retentissement de l'objet Apple sur l'industrie musicale ? Personne. Car comment se persuader qu'une compagnie ne détenant que 7% des parts du marché des ordinateurs viendrait à détenir un monopole sur le marché des baladeurs numériques ? Les sceptiques affirmaient même que l'iPod n'était qu'un CD extrêmement cher, et rien de plus.

Quoi qu'il en soit, le premier disque dur permettait de se promener avec près de 1000 chansons. Mélanger Led Zeppelin, The Beatles, Jay Z, Nas et Daft Punk sur un même support ? Oui c'était possible, et plus seulement en passant des heures à graver des playlists de 15 chansons, bien choisies au préalable, sur CD.

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Après l'iPod, iTunes

300 dollars, c'était à peu près ce qu'il fallait débourser pour se procurer un iPod. En 2002, Apple annonce deux choses importantes : la création de la molette cliquable sur l'iPod - qui vous fera utiliser comme jamais votre pouce, et la reconnaissance des iPod via les ordinateurs Microsoft. Bien vu.

En 2003, nouvelle révolution silencieuse : iTunes est lancé. Un "music store" présenté avec un argument commercial tapageur : les internautes auront la possibilité de télécharger (légalement) près de 200.000 chansons sur leur iPod.

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Dans un article intitulé "Apple and Music Revolution", The Telegraph affirme :

Cela fait plus de dix ans que le tout premier iPod a été mis en vente, et au cours de ces dix années, le paysage de la musique et de la technologie ont été bouleversés. Grâce à l'iPod, les gens sont désormais à l'aise avec l'idée des téléchargements numériques et de la synchronisation des données et ils se sont découvert un appétit fulgurant pour les jeux et les applications, grandissant en surfant sur Internet et s'envoyant des emails.

La vente de l'iPod Classic (le terme "Classic" est apparu à partir de 2007 pour se différencier des iPod Shuffle ou Nano) est en effet un succès : il devient en 2004 le baladeur numérique le plus vendu au monde avec près de 92% de parts de marché aux USA. Un monopole qui fait des envieux : Microsoft présente même un "iPod Killer". Non Bill, ça ne marchera pas.

En chiffres, l'attrait d'Apple en lien avec le monde de la musique est impressionnant : en 2009, le marché des mp3 est phagocyté par l'entreprise de Steve Jobs avec 74% des parts du marché (Microsoft ? 1%) et le 24 février 2010 sonne le jour du téléchargement de la milliardième chanson sur iTunes.

L'iPod ou le come back du single

Ce succès étant, l'iPod a aussi donné une nouvelle identité à l'industrie musicale, alors en difficulté face à l'émergence du piratage - Napster (1999 - 2001) a traumatisé pas mal de majors.

Vous vous souvenez de l'infographie du Time à propos des artistes les plus constants depuis la création du magazine Billboard en 1958 ? Hé bien c'est en partie grâce à (ou à cause de) Steve Jobs que la diva Mariah Carey s'est retrouvée en tête devant Rihanna, Usher et... les Beatles. Il faut revenir en arrière pour comprendre cette formulation.

(Crédit Image : Time Magazine)

(Crédit Image : Time Magazine)

Dans les 90's, le CD est le produit roi. Celui que les majors usent et abusent, augmentant son prix et utilisant son support pour vendre des "best-of" par dizaine. "There's a storm coming", comme aurait pu affirmer Anne Hathaway : la commercialisation de l'iPod en 2001 puis l'ouverture d'iTunes en 2003 remettent au goût du jour un format déprécié depuis les années 60, j'ai nommé le single.

Pour moins d'un dollar, on peut désormais acheter des pistes sans prendre trop de risques financiers dans l'optique de compiler ses chansons préférées, dans des playlists soigneusement organisées.

Ce gif, sur 33 années d'industrie musicale, permet de se faire une idée de l'évolution des formats :

(L'évolution de l'industrie musicale de 1988 à 2013)

L'iPod Shuffle ne fera qu'enfoncer le clou de cette (r)évolution de la consommation musicale, confirmant notre attrait pour casser la barrière des genres via ce petit objet qui tient dans notre main. Cette tendance aura pour effet de faire de Rihanna ou de Usher les maîtres des ventes de singles au cours des années 2000.

Ainsi, on est passé de 900 millions d'albums physiques vendus en 2000 à 500 millions en 2007. Pendant ce temps, les singles numérique ont explosé : plus de 800 millions la même année. Le marché s'est complètement restructuré, aidé par le lancement de YouTube en 2005, autour de l'achat de pistes et non plus d'albums. Les 275 millions d'iPod achetés depuis 2001 ne sont pas étrangers à ce bouleversement.

Par Louis Lepron, publié le 10/09/2014

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