« Consultation parentale / Contenu explicite ». Un message qui laisse perplexe.

Les origines du sticker "Parental Advisory"

"Parental Advisory Explicit Lyrics", ou le sceau de l'infamie appliquée aux artistes qui dérangent. Voilà l'histoire du petit sticker, aujourd'hui décliné à toutes les sauces par la pop culture.

Parental Advisory

"Consultation parentale / Contenu explicite". Un message qui laisse perplexe.

Il était sur tous les disques de votre grand-frère. A tel point, d'ailleurs, que vous avez grandi en imaginant que c'était un gage de qualité musicale. Le sticker "Parental Advisory Explicit Lyrics" était le dénominateur commun entre toutes les pochettes d'album de hip hop, de rock, de punk et de heavy metal de nombreux artistes.

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La faute à Prince

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Tout est parti à cause de l'album Purple Rain, sorti en 1984. "Darling Nikki", l'une des chansons présentes sur ce classique de Prince, comporte les paroles suivantes :

I knew a girl named Nikki / I guess you could say she was a sex friend / I met her in a hotel lobby / Masturbating with a magazine.

Ce type a un jour été la bête noire du PMRC.

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Lorsque Tipper Gore entend cette chanson résonner dans la chaîne hi-fi de sa prude fille de 11 ans, la femme du futur vice-président Al Gore est très contrariée. Pour le faire savoir, elle fonde le Parents Music Ressource Center (PMRC), un réseau de femmes de politiciens des deux bords guidées par leur devoir parental - et leur puissante pudibonderie.

Dès lors, le PMRC fait de la purge culturelle son cheval de bataille. Usant du réseau de leurs époux politiciens, ces femmes font pression sur les labels, les radios et les diffuseurs, établissant en parallèle une liste noire de 15 chansons d'artistes nommée chastement "Filthy Fifteen" (ou "les Quinze Crados").

Il y avait les "Magnificent Seven", voici les "Filthy Fifteen". (Capture d'écran Wikipédia)

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19 majors collabos

Dès août 1985, le PMRC obtient de 19 majors qu'elles apposent le message "Parental Advisory/Explicit Lyrics" sur chacun des albums qui choquent leur propre vision de la morale.

A l'époque, le "Tipper Sticker" est apposé sur de nombreux disques de heavy metal. Rien que dans la liste des "Filthy Fifteen", on peut dénombrer 9 artistes de cette obédience musicale sur les 15 fustigés. C'est le milieu des années 1980, ère bénie pour les artistes de la fraternité métallique avec Los Angeles comme Eldorado et MTV comme Valhalla.

Mais très vite, tout ça, c'est fini. MTV n'a bientôt plus d'yeux que pour les artistes hip hop qui captent de plus en plus l'attention du public... et du PMRC. Ainsi, nombreux sont les disques de rap séminaux à être obligés d'arborer le fameux sticker. Effet pervers : ce statut d'artiste dangereux fait du "Parental Advisory", petit à petit, un gage de qualité, véritable certificat d'authenticité de la rue, comme s'il était écrit directement sur la pochette "en direct du ter-ter".

Privés de Walmart

2 Live Crew, Ice-T, NWA... ils y passent tous. De telle sorte que finalement, ce sont les artistes les plus bandants de la fin des eighties et du début des nineties signés sur des majors qui portent le sticker. Pourtant, le lobby du PMRC n'est pas sans poser de réels problèmes aux musiciens. Ainsi, il parvient à interdire ces artistes aux moeurs déviantes d'être diffusés chez de nombreux points de vente. Dont les grandes surfaces Walmart qui, aujourd'hui encore, ne vendent pas d'albums estampillés du "Tipper Sticker".

Les funk métalleux de Rage Against The Machine, excédés, posent nus avec le logo PMRC peint sur le torse sous un quart d'heure de larsens distordus au festival de Lollapalooza en 1993. Mais ils ne sont pas les seuls à se moquer de l'association puritaine.

RATM en tenue de boulot.

En 1987, NOFX sort un EP sobrement intitulé The PMRC Can Suck On This (que Konbini ne vous traduira pas). Metallica, dans sa première version de la sortie du cultissime Master Of Puppets, avait apposé son propre sticker potache, indiquant que "le seul titre que vous refuserez sans doute de passer est "Damage, Inc.", qui fait plusieurs fois usage de l'infâme mot en quatre lettres. Autrement, il n'y a pas le moindre "merde", "baiser", "pisser", "chatte", "salope", "nique ta mère" ou "suceur de bites" dans cet album." C'est malin, tiens.

En attendant, Sonic Youth, Ice-T, Aerosmith, Body Count, KMFDM, Frank Zappa et des tas d'autres artistes de rock, de hip hop, de noise, de grunge, de metal et de tout le reste critiquent l'attitude réactionnaire du PMRC.

Et en France ?

En fait, le sticker "Parental Advisory" a tellement de succès qu'il en est fait usage dans de nombreux autres pays que celui de l'Oncle Sam. Ou plutôt que les albums qui viennent des Etats-Unis restent marqués de ce sceau de l'infâmie et ce, même s'ils franchissent leurs propres frontières. Certains pays comme la Chine et l'Arabie Saoudite ne permettent pas à ces disques d'être vendus sur leur sol.

Aujourd'hui, ce label de dissuasion a été complètement phagocyté par la pop culture. Casquettes, t-shirts, coques d'iPhone et cocktails (en tout cas j'imagine que c'est possible) portent fièrement le "Parental Advisory". La preuve que l'être humain oublie vite, diraient certains. Celle que les artistes qui subissaient le sticker avaient tous quelque chose en commun, selon d'autres. La subversion.

Et la subversion appartient à tout le monde.

"... Explicit Content". Tu m'étonnes.

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Par Théo Chapuis, publié le 22/05/2013

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