Un clip de rap utilisé lors d'un procès pour un assassinat

Bien loin, des charts et de l'establishment musical, c'est en justice que le dernier clip du rappeur BillBoard Biggs The Joy a été visionné. Comme preuve dans une instruction pour vol à main armée et assassinat. 

clip de rap

Des lieux communs. Des standards mal dégrossis passée la période sombre des années 90 où entre tueries et vidéos agressives, le hip-hop avait mauvaise presse. Le clip The Joy du rappeur new yorkais Billboard Biggs montre en prélude une scène où des individus armés braquent un homme au détour d'une ruelle.

Publicité

Publicité

Mis à part son faible écho dans la scène rap, la vidéo produite par une entreprise du nom de "Crime Scene Entertainment" est devenue élément à charge d'une instruction pour meurtre et cambriolage. Ironie du sort.

Billboard Biggs : La connexion Mercedes

Capture d'écran du clip "The Joy"

Publicité

Les faits d'abord. En 2011 une série de cambriolages ont été effectués dans la région de New York. Et l'un d'eux fut meurtrier. Parmi un groupe de cinq prévenus, deux ont été reconnus coupables mardi dernier par la cour fédérale de Manhattan d'avoir commis cet acte. Dwayne Barrett 35 ans et Jermaine Dore 26 ans. La peine maximale d'emprisonnement serait en passe d'être retenue.

L'originalité de l'affaire réside dans le dénouement. Outre le travail sur le terrain des enquêteurs pour prouver la culpabilité des intéressés, le clip The Joy aurait permis de faire le lien entre différents aspects de l'instruction. Des éléments matériels jusqu'au ton et au scénario.

Tangible d'abord : la voiture conduite dans le clip serait la même que celle utilisée pour les méfaits. Pire, le conducteur dans la vidéo illustrant le titre The Joy, inspiré de la chanson du même nom de Jay-Z et Kanye West, est celui qui était au volant lors des différents cambriolages (c'est ce que l'instruction a conclu). Enfin l'un des "homme de main", Taijay Todd, réalisateur et à l'écran dans le court format a plaidé coupable dans la même affaire.

Publicité

Un clip de rap comme preuve

Capture d'écran du clip "The Joy"

Des coïncidences frappantes mais là où l'affaire étonne c'est que l'intrigue même de la vidéo a été utilisée à charge contre les accusés pour établir la possession d'armes, les liens entre les différents individus et le modus operandi des cambrioleurs. Traitée comme une véritable preuve à l'initiative de la défense qui désirait également interroger les jurés sur le caractère violent des clips de rap en général, le clip a été visionné séance tenante.

Le juge Sullivan, en charge de l'affaire a reconnu l'intérêt de ces éléments pour l'instruction en tant que "signes" des connections entre les suspects mais limite la portée de l'intrusion d'élément fictionnel dans une instruction judiciaire.

Une nouveauté que Paul Butler, spécialiste de hip-hop (il a notamment écrit l'essai Let's get free : a hip-hop theory of justice) et avocat commente :

En tant qu'avocat je suis consterné, en tant qu'historien de l'art je suis ému.

La question de la recevabilité de pareils éléments dans le cadre d'une instruction judiciaire reste en débat. Car comme le rappelle, Steven Brill, avocat de M. Todd :

Mon client ne fait que jouer un rôle dans une fiction.

Et Alice Frontier, avocat d'un tiers prévenu de conclure :

Je ne pense pas que cela ajoute quoi que ce soit à l'affaire.

La question reste entière.

On vous conseille également : 

Source : New York Times

Par Tomas Statius, publié le 25/03/2013

Copié

Pour vous :