Leonardo DiCaprio plays Jordan Belfort in THE WOLF OF WALL STREET, from Paramount Pictures and Red Granite Pictures.

Le Loup de Wall-Street ou la mort sous coke du rêve américain

Critique du Loup de Wall-Street, film de Martin Scorsese avec Leonardo DiCaprio, Jonah Hill, Margot Robbie et Matthew McConaughey.

Loup de Wall-Street

Leonardo DiCaprio, un verre de vin à la main, dans Le Loup de Wall-Street (Crédit Image : Metropolitan FilmExport)

Le Loup de Wall-Street ? Un nom terrible, dominateur, sauvage. Pour illustrer une certaine Amérique, thème qu'il affectionne depuis toujours, Martin Scorsese n'a pas repris la naissance d'une ville (celle de la grosse pomme dans Gangs of New York), sa violence schizo (Taxi Driver) ou sa réussite industrielle mâtinée de tocs (Howard Hughes dans Aviator avec encore et toujours DiCaprio) : il a préféré s'accaparer un petit monstre de la finance qui a évolué, tel un loup dans un bergerie nommée États-Unis, au cours des années 90. Avant qu'une crise financière et morale, vingt ans plus tard, ne bouscule les affaires du monde.

Publicité

On est à l'époque des golden boys post-Gordon Gekko. Pas de romance ou de prise de conscience des dérives économiques façon années oughties (Inside Job, Margin Call), mais une ascension à la fois féroce, comique, pathétique et violente d'un homme bien réel, Jordan Belfort. Elle est incarnée à l'écran par un Leonardo DiCaprio maîtrisant parfaitement son vocabulaire de mec ambitieux, à la fois charmeur et impitoyable homme d'affaires obsédé par les femmes, la drogue et le fric.

Pas étonnant que la communication autour du film ait débuté par une bande-annonce bien huilée : deux minutes de pure folie, aucun plan subversif, le tout accompagné par un indice qui expose l'esprit du sujet : le choix de Kanye West pour la bande son ("Black Skinhead", cette pépite), rappeur à l'égo bien connu.

Publicité

Le rêve américain aux dents longues...

Au-delà du triptyque drogue-argent-sexe, Le Loup de Wall-Street se veut en phase avec la question de l'existence du rêve américain. Hunter S. Thompson, qui a toute sa vie repoussé l'idée d'écrire un livre sur le sujet, aurait hoché la tête, d'un air approbateur. Pour dire oui à cette tentative cinématographique d'un miroir crasseux de l'Amérique, 40 ans tout juste après la crise politique opérée par Nixon et son Watergate.

Le film terminé, on ressort comme foudroyé. On était comme face à un pavé d'humour dans un océan de coke. Leonardo DiCaprio signe la performance la plus folle de sa carrière, bien aidé par un Jonah Hill jouant le rôle du partenaire comme de l'ami un peu (beaucoup) timbré. On ne pourra oublier cette prise inconsciente de drogue qui finit sur une scène surréaliste dans une cuisine, à mi-chemin entre Uma Thurman en overdose dans Pulp Fiction et George Bush qui s'étouffe avec un bretzel.

La première partie se veut enlevée, rythmée, dynamique, en phase avec la jeunesse de son personnage, ce Jordan Belfort aux dents acérées : il ne se rend pas compte de sa hargne, de l'odorat qui l'aide à repérer autant les billets que la belle chair. On s'amuse, on picole avec lui, on prend des rails sans se soucier des lendemains. Les trajets se font sous alcool, les prises de décision sont poudrées, révélant que dans l'enfer du pouvoir, les responsables sont des animaux.

Publicité

... pour une conclusion pessimiste

Oui les voitures, le yacht comme la demeure en jettent. C'est là qu'intervient Martin Scorsese. Se référant aux grands qui ont fait parler l'inconscient américain au cinéma (Sergio Leone et Il était une fois en Amérique, Brian de Palma et ses Incorruptibles, Francis Ford Coppola et son Parrain), il dresse le portrait d'une Amérique dépendant de ses démons, de son Eldorado sans fondement, sans lien avec la réalité alors que celle des années 90 ressemble à une ruée vers l'or malsaine.

Les fondements s'effritent et s'annonce une fuite en avant agressive dans laquelle la femme, dommage collatéral flagrant, métaphore de tous laissés-pour-compte de la finance, n'a pas sa place. Résutat ? Le Loup de Wall-Street est un film maîtrisé de bout en bout, mis en scène avec brio, qui a parfois ses longueurs mais qui en dit long sur la santé du featuring DiCaprio - Scorsese : au meilleur de sa forme. L'acteur américain se retrouve dans l'une des productions les plus ambitieuses de ces 20 dernières années avec pour sujet l'Amérique. Un vrai grand film.

La conclusion n'est pas aussi belle que la devanture (cf. la bande-annonce) : au regard du constat, la fuite en avant s'est transformée en une flopée d'erreurs qui n'ont jamais reçu de leçons. Pas d'happy end, au sens où on l'entendait : les méchants en prison.

Publicité

Par Louis Lepron, publié le 25/12/2013

Copié

Pour vous :