Laura Jane Grace, de musicien(ne) punk tatoué(e) à icône transgenre

Laura Jane Grace, ex-leader masculin d'Against Me!, a eu le cran à 31 ans de révéler au jour sa personnalité transgenre. Le nom du sixième album du groupe en est plus qu'inspiré : Transgender Dysphoria Blues. Pour elle, chansons comme tatouages sont des moyens de s'exprimer. De passage le 24 juin dernier à la Maroquinerie à Paris, on a voulu en savoir plus.

Laura Jane Grace, née Tomas James Gabel (Crédits image : Alexandra Bay)

Laura Jane Grace, née Tomas James Gabel (Crédits image : Alexandra Bay)

"Si j'avais pu choisir, je serais né femme". Cette phrase, extraite de la chanson "The Ocean", jetée comme une bouteille à la mer, prend d'autant plus son sens alors que Laura Jane Grace surmonte le plus difficile : "s'accepter soi-même". Chanteuse du groupe de punk rock Against Me!, elle a commencé à arpenter le chemin de la transexualité à partir de 2012.

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L'encre des tatouages qui orne sa peau semble exorciser ce que les mots ont encore du mal à expliquer. "C'est moi ! C'est ce que je veux être !" est une des premières phrases à marquer le jeune Tommy Gabel à 5 ans alors qu'il voit Madonna à la télévision. Mia Farrow faisait alors partie de ses héros.

Finalement, dans ses souvenirs, il y a peu de repères pour l'aider. Après avoir écumé le placard de sa mère, elle reconnaît : "Nous avions le Silence des Agneaux et Ace Ventura [deux films avec des portraits de travestis peu subtils, ndlr]. La société ne faisait pas de portraits très positifs des transexuels à l'époque. Chaque exemple que je pouvais voir était pour la plupart travesti – je ne connaissais d'ailleurs pas la différence – et renforçait simplement la honte que je ressentais", raconte-elle à Cosmopolitain US en 2013.

De Thomas à Laura

Thomas James Gabel a choisi de devenir Laura, ce prénom qui aurait été le sien si elle était née femme. La chanteuse exhibe des tatouages dont le noir représente sa propre vision de la joie de vivre. Son amour pour cette couleur se révèle dans son cou, où l'on décrypte une appétence pour un grain fin et raffiné.

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Sur cette nuque se déploie un oiseau noir, dédoublé, comme vu dans un miroir. Une pièce massive et plutôt récente, réalisée par Gakkin (freehand tattoo artist, Kyoto), maître tatoueur japonais. Laura s'intéresse tout particulièrement à son style en noir et gris, modernisé :

Il m'a fait cette pièce et bientôt je vais me faire encrer le dos par cet artiste. Dès que j'aurai un peu de temps. On est en tournée en ce moment, donc c'est un peu compliqué.

La nuque de Laura et cet oiseau miroir (Crédits image : Alexandra Bay)

La nuque de Laura et cet oiseau miroir (Crédits image : Alexandra Bay)

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Des projets plein la tête et des oiseaux noirs plein les bras, Laura s'avoue une sorte d'obsession pour cet animal qui apparaît sur elle comme une hallucination hitchcockienne. Son dernier bijou, sur son poignet, tranche avec ses habitudes :

J'ai fait inscrire sur mon bras le numéro de série de ma guitare, à Berlin, il y a quelques semaines. J'aime ma guitare par dessus tout ! D'ailleurs j'ai aussi fait encrer le numéro de série de la première (rires). Je l'ai fait car au final c'est tout de même aussi la première guitare acoustique « décente » que j'ai eu ! Juste avant ce tatouage, j'ai fait ce squelette avec les petits oiseaux.

Laura sourit avant de nous montrer son avant-bras gauche, où trône le nom de sa petite fille de quatre ans, Evelyn, à qui elle a aussi dédié la chanson "Two coffins".

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Laura Jane Grace ne risque pas d'oublier le numéro de série de sa guitare (Crédits image : Alexandra Bay)

Laura Jane Grace ne risque pas d'oublier le numéro de série de sa guitare (Crédits image : Alexandra Bay)

Ce serait un euphémisme d'écrire que le tatouage, Laura Jane Grace connaît bien. Tatouée des pieds à la tête, elle partage sa façon de voir cet art corporel qu'elle a embrassé très jeune :

Quand j'étais jeune, j'ai toujours su que je voulais me faire tatouer. Mais quand tu commences, tu ne peux plus t'arrêter ! Je pense que cela à a voir avec le fait d'être un peu rebelle. J'aime surtout voyager et avoir des tatouages pour me souvenir des endroits que j'ai traversés. Avoir un tatouage à Saint-Louis, au Japon ou à New-York, c'est comme un mémento de ces endroits.

Visuel et sonore

Anti-conformiste, la musique comme le tatouage marquent pour elle une rébellion qui lui coule depuis l'adolescence dans les veines. Avec un lien intense entre image et musique qui l'a toujours influencée : "J'ai toujours été fan des groupes qui ont vraiment un visuel fort comme Crass (punk-crust anglais des années 80, ndlr). C'est tellement cohérent : simple mais efficace ! Dès que tu vois leur pochette : tu reconnais le groupe", explique-t-elle avec passion. La chanteuse d'Against Me! rapproche visuel et sonore comme un tout : cathartique.

lauraevelyne

Evelyn, prénom de la fille de Laura Jane Grace (Crédits image : Alexandra Bay)

Héroïne de real-TV trans'

Devenue une icône trans' pour les 700 000 transgenres estimés aux Etats-Unis, Laura a écumé les plateaux de télévision suite à son changement d'apparence.

Elle est désormais la star d'une mini-série documentaire intitulée True Trans et lancée le 10 octobre dernier, pour le National Coming Out Day. Dans ce programme produit par Aoloriginals.com, Laura se livre et rencontre lors de ses tournées d'autres hommes et femmes pour leur laisser la parole.

Une initiative avancée comme un besoin de s'identifier et de partager son expérience avec les transgenres. Le premier épisode est à regarder ci-dessous :


Après tout, Laura, même quand elle était un ado comme les autres, se sentait déjà si différente qu'elle ne pouvait s'empêcher d'agir par esprit de contradiction : "Je crois que le nom d'Against Me! m'est venu quand j'avais 16 ou 17 ans, et je ne me souviens pas vraiment du moment exact ou pourquoi j'ai eu ce mot à la bouche mais en prenant du recul aujourd'hui, il est clair que je me disais que le monde entier était contre moi", témoigne-t-elle.

"S'accepter soi-même est le plus bel amour"

Si son regard est timide, ses joues sont pimpantes et ses yeux entourés de khôl rappellent sa peau encrée. En concert ou chez eux, avec elle, des milliers de transgenres et transsexuels ont la force de chanter à gorge déployée un hymne comme "Unconditionnal Love", sa chanson préférée, rappelant le soutien de sa femme Heather et de ses proches. Signe que sa signification est tout sauf anodine, le titre fut aussi l'un des plus difficiles à boucler pour cet album :

Cette chanson parle d'amour dans un sens particulier. Quand les gens t'acceptent, tu te sens aimé. Mais quand tu es en accord avec toi-même, tu n'accordes plus vraiment d'importance à ton entourage. Car s'accepter soi-même est le plus bel amour. Et la chose la plus importante... au fond.

Article écrit par Tiphaine Deraison

Par Théo Chapuis, publié le 04/11/2014

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