Small is beautiful : de la relation entre labels indépendants et majors

La maison de disque EMI a annoncé il y a deux jours par voie de communiqué de presse la signature d'un accord de partenariat avec le label Bromance. L'occasion de revenir sur l'évolution des relations entre les labels indépendants et les majors.

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Fondé en 2011 par Manu Barron et Louis Rogé – aka Brodinski, le label issu de l'entreprise Savoir Faire Bromance Records grandit et signe un accord de partenariat avec EMI France. Une union qui semble en phase avec l'évolution de l'industrie musicale : entre domination économique des majors et succès d'estime des petits acteurs.

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Et au cours des derniers mois, le bruit a couru que les mastodontes du secteur s'apprêtaient à miser sur de petites entités. Le PDG de Warner Music, Stephen Cooper, qui s'est payé l'historique Parlophone en février 2013, avait fait en février dernier des déclarations qui allaient dans ce sens :

Beaucoup de labels ont eu des problèmes de capitaux récemment. C'est pourquoi je pense que les majors auront comme dessein d'acheter des indépendants plutôt que de voir les petits se renforcer entre eux.

Car acquérir un petit label est une stratégie qui vaut le coup pour les majors qui cherchent encore l'équilibre financier après les excès de la stratégie 360°, soit l'intégration de tous les métiers de la musique dans une seule structure (et le financement de la musique par les revenus du live).

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Naïve, un des acteurs les plus importants du milieu indépendant

À l'heure où les entreprises tentaculaires n'ont pas franchement le vent en poupe, reprendre un petit label, c'est acheter son catalogue, son réseau mais également son "capital sympathie".

Small is beautiful

Et si les labels indépendants ont bien souvent aiguillé les signatures des majors (dans le cas du rap en France, cette stratégie est évidente et a été mis en exergue par Karim Hammou dans son livre Une histoire du Hip-Hop en France), la nouveauté provient de l'intégration de cette fonction de découverte dans le cadre de grandes industries qui ont bien souvent privilégié les valeurs sûres.

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Fini le temps du gigantisme, place à de petits îlots d'indépendants au sein de grosses machines. Au cours de ces derniers mois, nombreux ont été les majors à créer (ou recréer) de petites structures qui ont pour but de signer des groupes à potentiels lucratifs (de prime abord) moindre. Universal a été le premier en 2005 avec Motown. Warner et Sony ont depuis emboîté le pas avec respectivement East West et Arista. Et les signatures se sont succédées : la Femme, une formation qui a longtemps clamé son indépendance ou encore Granville.

L'idée ? Face à une saturation supposée du marché, être plus léger, miser sur l'originalité pour capter une audience différente des grosses sorties mais aussi mieux percevoir l'évolution de la scène à moindre risque : faire des EPs, des pré-sorties, tâter la température, mais aussi prévoir des sorties "digitales".

Photo postée sur le compte Twitter de Pascale Nègre au moment de la signature du groupe La Femme.

Version hybride des relations tumultueuses entre grands et petits acteurs de l'industrie de la musique enregistrée, le contrat de cession de droit ou de partenariat propose un entre-deux pour les labels et les majors : pour les premiers qui ne désirent pas se défausser de leur capacité décisionnelle, pour les seconds qui ne sont pas en mesure de racheter des fleurons du milieu alternatif (qui ne se vendent pas à petits prix). On en a eu l'exemple avec Bromance dernièrement.

L'exemple de Bromance featuring EMI : changement de cap ?

Sur Bromance, on ne fera jamais d'albums.

C'était une déclaration de Manu Barron, co-fondateur de Bromance Records, au magazine Snatch. La raison ? Minimiser les coûts d'un long format pour permettre au label de dénicher de jeunes artistes et leur permettre de vivre leur première exposition médiatique sereinement dans le cocon Bromance.

Sauf qu'entre deux, la réussite d'artistes signés sur le label semblent avoir indiqué aux responsables de la structure un nouveau positionnement : commercialiser des LPs. Brodinski ? Un premier album annoncé pour 2014. Tout comme Club Cheval et Gesaffelstein. Du moins c'est le son de cloches du côté du label.

Alexandra Pilz Hayot travaille chez Savoir Faire, une entreprise à laquelle Bromance est intégré. Elle commente :

[La raison de ce partenariat provient de] la qualité grandissante des projets de nos artistes à qui nous devions offrir une équipe plus forte et plus grande pour défendre leur talent en France et à l'international. C'est cette conviction qui nous a permis de rejoindre les deux structures EMI et Savoir Faire au sein de ce partenariat.

Brodinski et Gesaffelstein (Crédit : Bromance Records)

Et à propos des frontières de cet accord des deux entités, l'intéressée poursuit :

Bromance, en tant que label indépendant, conserve sa direction artistique (Manu Barron et Brodinski) et sa propre distribution (via Idol). Notre partenariat avec EMI consiste à pouvoir  passer la main à une équipe plus expérimentée que nous sur les projets d'albums quand les artistes sont prêts. Bromance / Savoir Faire est en quelque sorte le labo de développement, qui inclut également la stratégie live des artistes.

Changement de cap ? Oui. Reste à savoir s'il sera couronné de succès. Et à ce sujet on ne peut que souhaiter succès à Bromance tant les dernières sorties du label ont soufflé un vent frais sur la scène musicale française.

Par Tomas Statius, publié le 17/05/2013

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