Un détenu d’une prison de Los Angeles (Crédits image : Reed Saxon/AP)

Un label offre des CDs gratuits aux détenus américains

Castle Face Records promet d'envoyer gratuitement des CDs de son catalogue aux détenus des prisons américaines. Un acte politique de refus du système tel qu'il est aujourd'hui.

Un détenu d'une prison de Los Angeles (Crédits image : Reed Saxon/AP)

Un détenu d'une prison de Los Angeles (Crédits image : Reed Saxon/AP)

Thee Oh Sees, Ty Segall, Damaged Bug... Castle Face Records est un label indépendant au catalogue distingué. Mais au-delà de la bonne musique, il semble être dirigé par de sacrés chics types. La structure vient de lancer un programme de charité intitulé "Castle Face for the incarcerated" ("Castle Face pour les prisonniers"). Le principe est simple : envoyer des CDs du catalogue CFR aux détenus des États-Unis. Oui, gratuitement. Non, il n'y a pas de piège.

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Toute chouette qu'elle soit, cette bonne action n'est pas dénuée d'intérêt. Et s'il n'est pas financier, c'est parce que cette promesse d'envoi de musique aux prisonniers est un acte politique contre le système américain, que la maison de disques indé qualifie de "corrompu". La manière de Castle Face Records de soutenir leurs copains du collectif Ascetic House, qui ont partagé la déclaration suivante :

Les États-Unis sont les leaders mondiaux en terme d'incarcération de leurs citoyens. Nous emprisonnons davantage notre propre peuple que n'importe quel autre pays sur Terre, Chine incluse, alors qu'elle compte quatre fois plus d'habitants. Environ deux millions de personnes sont en ce moment-même sous les verrous, quelque part dans l'immense réseau de prisons et pénitenciers américains.

L'incarcération de masse est la solution favorite des systèmes corrompus pour répondre à la vaste gamme de problèmes sociaux qui pèsent sur les pauvres, les sans-droits et les marginaux parmi nous. C'est également la meilleure méthode qu'a trouvé le système corrompu afin de s'auto-perpétuer, avec l'objectif en tant que politique nationale d'établir un contrôle social.

Ascetic House est un collectif visiblement indépendant. Distributeur, label et organisateur de concerts punk, on ne reconnaît que les maniaques punk de Destruction Unit (dont l'excellent album Deep Trip est sorti chez Sacred Bones) parmi les dizaines de références que compte leur discographie. Leur site Internet, lui, est bourré de références éminemment politiques.

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Tout ça donne envie d'écouter Destruction Unit. On fait une pause détente bien méritée avec la tornade bruitiste de "The World On Drugs".

0,73% d'Américains sous les verrous

Ascetic House a raison. Selon des chiffres datant de 2010, les États-Unis sont bel et bien le pays qui détient enfermés le plus de ses citoyens. Pour 100 000 habitants, on en compte 730 sous les verrous, soit 0,73% de sa population totale. La France, de son côté, est 100ème de ce classement mondial avec une centaine d'individus en zonzon pour 100 000 habitants, soit 0,1% des citoyens de la République.

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Les prisons américaines sont souvent critiquées par des voix dissidentes. Hébergé par Arte.tv, l'édifiant webdocumentaire Prison Valley, réalisé en 2010 par David Dufresne et Philippe Brault, donne un aperçu qui fout la chair de poule à propos du système pénitentiaire des USA et de l'industrie de ses prisons sur fond de crise. Si ce n'est pas déjà fait, jetez-vous dessus par ici.

Sinon, pour danser avec le rock de la prison, c'est juste là.

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Par Théo Chapuis, publié le 13/08/2014

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