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Fabriquée par des ouvrières sri-lankaises, la ligne Ivy Park fait déteindre l'image de Beyoncé

La chanteuse explique que ses vêtements sont destinés à aider les femmes à s'affirmer. Cependant, la presse a relevé que les habits de sa ligne Ivy Park sont fabriqués par une main-d'œuvre sri-lankaise. 

Depuis la sortie de son Lemonade, Beyoncé est sous le feu des critiques. Il y a eu de nombreux débats pour savoir si le dernier album de la reine de la musique était un bienfait pour les femmes : l’auteure féministe bell hooks a même affirmé que l’album de Beyoncé renforçait une construction stéréotypique de l’identité des femmes noires.

À présent, le message de Beyoncé semble davantage se brouiller et prêter le flanc à la critique. En effet, Ivy Park, la ligne de fringues sportives de la chanteuse en partenariat avec Topshop est sous le feu des journalistes, soulignant un cas flagrant de "deux poids, deux mesures".

Même si la chanteuse assure que la collection a pour but de "soutenir et d’inspirer" les femmes et de les aider à "s'affirmer par la pratique du sport", les habits ont été fabriqués dans des usines sri-lankaises où les ouvrières sont payées environ 5,5 euros par journée de travail. Soit environ 55 centimes de l’heure pour créer une collection de 228 pièces, alors qu'un legging peut vous coûter 140 euros.

(Photo: Ivy Park)

(© Ivy Park)

Ces salaires sont supérieurs au salaire minimum sri-lankais. N’empêche, pour une gamme qui veut aider les femmes à s’affirmer, c’est un peu l’inverse qui se produit. Jakub Sobik, de l’association Anti-Slavery International a même déclaré au journal australien The Age qu’il pense que cela représente une forme d’esclavagisme moderne.

D’après une enquête de The Sun on Sunday, cela prendrait plus d’un mois à un ouvrier, qui travaille jusqu’à 60 heures par semaine, pour acheter une fringue de la collection Ivy Park. Si les ouvriers ont peur de s’exprimer, le Sun explique que les militants locaux insistent sur le fait que les travailleuses sont traitées "comme des esclaves".

La chanteuse ne s’est toujours pas exprimée à ce sujet. En revanche, un porte-parole d’Ivy Park a déclaré :

"Nous sommes fiers des efforts durables accomplis dans l’inspection des usines et dans l’audit. Nos équipes à l’international travaillent de très près avec nos fournisseurs et leurs usines, pour s’assurer de leur conformité.

Nous attendons de nos fournisseurs qu’ils respectent notre charte de déontologie et nous les soutenons dans leurs efforts."

Un des ouvriers de l’usine a confié au Sun on Sunday que d’après lui, "quand ils parlent d’aider les femmes à s’affirmer, c’est pour les étrangers. Ils veulent que les étrangers se disent que tout va bien".

(Photo: Ivy Park)

(© Ivy Park)

Bien sûr, l’exploitation de l’humain dans l’industrie textile est un sujet qui dépasse le simple cas d’Ivy Park. De fait, de nombreuses marques vendues dans nos magasins se fournissent auprès d’usines forçant leurs employés à vivre dans des conditions inhumaines.

Tandis que les inspections entreprises par de nombreux commanditaires semblent échouer, on estime à 21 millions le nombre de victimes du travail forcé dans le monde. Plus de la moitié sont des femmes et des filles.

À la décharge de ces marques énormes, qui n’arrivent qu’en bout d’une très longue chaîne d’approvisionnement, même les marques éthiques ont des difficultés à s’assurer des bonnes conditions de leurs employés.

Peut-être Beyoncé ne se doutait-elle pas que les habits qu’elle concevait étaient fabriqués par des travailleurs exploités. Mais cette affaire doit nous ouvrir les yeux sur ce que nous payons vraiment quand nous achetons nos habits. Certains les payent de leur vie. Et parfois ce sont les mêmes qu’on dit aider à s'affirmer dans la vie.

Traduit de l'anglais par Dario

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Par Lydia Morrish, publié le 16/05/2016

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