Konbini Computer Club – Disclosure

Konbini Computer Club : Disclosure (Ep. 1)

Rendez-vous des petits génies de la composition, des passionnés de grosses machines ou des amoureux de plug-in, le Konbini Computer Club est là pour meubler vos nuits blanches et dévoiler les secrets de composition des artistes d'aujourd'hui. #1, on commence avec les anglais de Disclosure. 

Konbini Computer Club - Disclosure

À l'heure numérique, les pratiques changent. Et cela ne concerne pas uniquement nos habitudes de communication ou la manière que nous avons de nous rencarder sur un sujet X ou Y par un simple clic. La musique elle aussi, et plus particulièrement sa composition, a connu une transformation profonde, conséquence directe de l'émergence et du perfectionnement de la M.A.O (Musique assistée par Ordinateur), mais aussi de la démocratisation des outils nécessaires à sa production.

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Pour cela, pour faire un état des lieux, mais aussi pour orienter dans la foison d'informations disponibles, nous avons décidé de lancer une nouvelle rubrique dédiée à ces nouvelles manières de faire de la musique : le Konbini Computer Club.

Advient alors la question de savoir comment commencer pareille série. Probablement par un artiste dont la production, l'histoire et les habitudes de composition correspondent parfaitement à la ligne envisagée. Et ici le nom Disclosure est arrivée comme une évidence.

Disclosure : une explosion soudaine sur internet

Disclosure c'est Howard et Guy, 19 et 21 ans, deux frères natifs de Surrey dans le Nord de Londres. Leur parcours c'est un peu un accident, ou pour ceux qui verraient les choses avec optimisme, l'alignement propice des astres de la musique électronique selon Howard :

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On a vraiment commencé accidentellement, je faisais des beat sur mon ordinateur et Guy les a mixés. On les a ensuite mis sur Myspace et c'est devenu notre premier single. 

Le Label Greco-Roman

2010. À partir de là les deux frères ont tissé leur toile doucement mais sûrement. Deux EPs parus sur des labels de l'underground londonien puis une sortie sur Greco-Roman, chapelle du son Hot Chip. C'était en 2012, la dubstep commençait à sortir des bas-fonds des faubourgs pour envahir les ondes. Eux s'en foutaient. Ils ont toujours préféré  la house qui danse et les chansons pop qui sonnent.

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Howard : La scène House aujourd'hui est vraiment bourgeonnante en Angleterre. Il y a beaucoup de choses qui se passent à la fois dans le milieu underground mais aussi des titres qui parviennent au top des charts. Je pense tout simplement que les gens en ont eu marre de la dubstep qui avait plus un intérêt en terme de "production" et pas forcément d'un point de vue mélodique.

Et à l'heure de leur premier album, c'est cette volonté de "composer" de vraies chansons qui transparaît. Parce qu'ils en sont capables. Mais aussi parce qu'un album entier de house peut ne pas être des plus plaisants à écouter.

Toujours selon Howard :

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C'est vrai que cela peut être vraiment ennuyeux d'avoir un album avec seulement de la house. Mais notre musique n'est pas à voir uniquement sous cet aspect. Nous faisons des chansons house avec des samples, mais aussi des titres plus pop avec des refrains et des couplets. Nous aimons ce mélange des deux. C'est ce que nous avons voulu mettre en oeuvre sur l'album. 

La composition : le "presque" tout numérique

Settle, le premier album de Disclosure est sorti aujourd'hui

L'album ça fait déjà quelques temps qu'ils sont dessus.

Howard : Cela fait peut être deux ans que l'on travaille dessus sans vraiment savoir quelle forme cela aurait... 

Guy : On a juste commencé à composer sans savoir si cela serait un EP, deux EPs, ou un album. 

Howard : C'est seulement il y a six mois que les choses se sont précisés. 

Et comment. Settle, premier album solo des deux prodiges de la house made in UK (on peut le commander par ici) est un des opus les plus attendus de l'année en ce qui concerne la musique électronique. White Noise (feat AlunaFrancis), véritable hymne qui a atteint la seconde place des charts anglaise.

Une réussite à laquelle les deux ne s'attendaient pas mais qui les rend terriblement fiers.

Guy : On est très content de l'album. En fait on est juste fier d'avoir fait un album alors que nous ne sommes âgés que de 18 en 21 ans. On est très chanceux.

Malgré leur passé d'instrumentistes (de la batterie pour Guy et de la basse pour Howard), les deux de Disclosure ont finalement utilisé peu de "vrais" instruments pour composer Settle, mis à part peut être quelques claviers ou des percussions. "Tout est enregistré à la maison" précise Guy, avec Logic comme outil principal.

Une seule exception : les voix qui ont toute leur attention même si les choses se font rarement en "direct".

Guy : C'est assez rare au final que nous organisions une session d'enregistrement avec un chanteur. Tout simplement parce que lorsque tu travailles avec des artistes aussi talentueux et doués pour l'écriture qu'Aluna Francis, Ed MacFarlane ou Jimmy Rune, cela est inutile. Après c'est vrai que pour Aluna les choses se sont déroulées autrement. On a finalement composé la chanson alors qu'elle était là. 

Le live : lieu du mélange entre numérique et analogique

Loin d'être des "petits rats" de studio, Guy et Howard n'en oublient pas la performance scénique lors de leur processus créatif. S'ils font de la musique c'est pour la scène. Et cette volonté se ressent dans leur manière de composer. Production et live sont liés pour eux, inextricablement.

Seuls les outils changent avance Howard :

En fait on compose nos chansons numériquement, puis on fait en sorte de pouvoir les jouer en live avec des instruments. C'est comme une traduction. 

Pour le live, Disclosure use beaucoup de machines.

Et quand on leur demande la raison de ce parti pris, la réponse ne se fait pas attendre :

Howard : Je pense que l'on a commencé en se disant que cela serait plus intéressant pour le public. Par contre on ne fait pas comme James Blake qui change profondément ses compositions en live. Nous, on conserve en général la base rythmique comme elle est pour ne s'occuper que de la partie mélodique en concert... 

G : Et puis pour être honnête c'est aussi parce qu'on en a la possibilité. On a la chance de savoir jouer d'un instrument. Dès lors, pourquoi ne pas en faire en profiter le public ?

À la production correspond le tout numérique, les machines, les plug-ins et les soft. Au live, les caisses de résonance, le toucher d'un clavier, et le son grave d'une corde de basse. Et pour la scène, ils ont de beaux joujoux.

Batterie Electronique Roland

Howard : J'ai trois synthétiseurs, Guy en a un. Je joue de la basse et je chante. Guy lui s'occupe plus de la partie rythmique et des samples. 

Guy : J'utilise un pad Roland PDX sur lequel on peut brancher pas mal de trucs mais aussi lancer des samples. Pour le live, on utilise également Mainstage et Ableton. 

Et parfois ils ont droit à de jolis invités :

G : Il arrive aussi que des chanteurs viennent nous accompagner, notamment pour les grands évènements. Sinon on préfère jouer que tous les deux, ne pas diluer Disclosure dans les guests et les collaborations. 

Le visage de Disclosure chante.

Pour le show Disclosure, les éléments visuels ne sont pas en reste. Dernière innovation ? La projection sur un écran des deux visages "crayonnés" que l'on retrouve sur presque toutes leurs sorties. Pour faire joli certes, mais surtout pour pallier l'absence de chanteurs à leur côté.

La Fin

Fin de l'interview. Après avoir tourné le son Disclosure dans tous les sens, c'est avec plaisir que les frères Lawrence se sont prêtés à un petit jeu de questions-réponses. Extraits.

Disclosure

  • Meilleur / Pire album écouté récemment :

Guy : Jai Paul, même si ce n'est pas vraiment un album. C'est génial.  Pour le pire album, je ne sais pas vraiment on écoute pas vraiment de mauvais CDs... Allez, le dernier Will.I.Am

Howard : Kendrick Lamar, meilleur album de hip-hop que j'ai écouté depuis bien longtemps [à noter que ces deux-là portent le hip-hop dans leur coeur et vouent un culte à Jay Dilla, ndlr]. Pour le pire... J'ai écouté un album acoustique de Genesis récemment et c'était horrible. Et pourtant je suis un grand fan.

  • Meilleur / Pire aspect de former un groupe avec son frère

Guy : La meilleure chose est probablement de pouvoir dire les choses avec honnêteté comme "cette partie de la chanson c'est de la merde" sans prendre de pincettes. Pour le pire, je ne sais pas. On a pas vraiment une relation de frères, on est plus comme des amis. Mais si l'on avait une relation "fraternelle", je pense que le pire serait les disputes constantes. 

Howard : Les gens voudraient que l'on se dispute parce que l'on est frère. Tout le monde nous demande si l'on se dispute et en fait on s'entend très bien.

  • Chanson dont vous êtes le plus fier.

Guy : "Latch", je pense. Parce que c'était notre première chanson qui a marché dans les charts alors qu'on l'a composé juste pour rire. Et "White Noise" aussi pour le succès qu'elle a rencontré récemment. 

Howard : Sûrement une vieille chanson qui s'appelle "I love that you know". Elle est sortie sur un label qui s'appelle Transparent mais elle n'a pas eu beaucoup de succès... 

Guy : Qu'est ce que tu racontes ? Elle a du succès dans le milieu alternatif...

Howard : Oui c'est vrai...

Guy : Les gens continuent à nous demander pourquoi elle n'est pas sur l'album. Et pour répondre succinctement : elle n'est pas sur l'album car elle est sortie il y a trois ans. 

Par Tomas Statius, publié le 03/06/2013

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